Développement de l’aquaculture: Des alevins de qualité à tahaddart

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L’aquaculture est une des pièces maîtresses dans le développement d’une pêche durable. Sur ce dossier, Majida Maaroufi, à la tête de l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA), apporte les éclairages nécessaires sur les projets retenus et fait le point sur la coopération internationale. Edifiant.

PERTINENCES : QUELLES SONT LES ACTIONS PRIORITAIRES ENGAGÉES PAR L’ANDA DEPUIS SON DÉMARRAGE ?

MAJIDA MAAROUF :Depuis sa création en février 2011, L’ANDA a lancé un plan d’action cohérant et entrepris des activités ciblées visant à promouvoir l’aquaculture nationale et drainer des investissements conséquents. Des actions se traduisant, d’une part, par l’élaboration d’un cadre juridique spécifique à l’aquaculture marine au Maroc. A cet égard, une étude a été lancée afin de mettre en place un « Code Marocain de l’Aquaculture », permettant de restructurer la filière aquacole, d’instaurer un cadre conforme aux normes internationales et d’assurer une transparence dans la gestion du secteur aquacole tout en donnant davantage de visibilité aux investisseurs.D’autre part, l’ANDA renforce l’ancrage de la filière aquacole sur le littoral national dans le cadre d’une planification ciblée. Elle a lancé, durant l’année 2013, trois plans d’aménagement ; plan d’aménagement et de développement de l’aquaculture dans la région d’Oued Eddahab Lagouira, plan d’aménagement et de développement de l’aquaculture dans la région de Souss Massa Draa et plan d’aménagement et de développement de l’aquaculture en Méditerranée. La fin de l’année 2014 a connu, également, le lancement de deux autres plans aquacoles pour le développement de l’aquaculture au niveau de la zone s’étendant de Tan-tan jusqu’à Boujdour y compris les sebkhas et au niveau des régions de Marrakech Tensift Al Haouz et de DoukkalaAbda. En outre, l’ANDA assure l’accompagnement pour la réalisation de trois projets de fermes aquacoles à caractère social au bénéfice de trois coopératives de la pêche artisanale actives en Méditerranée. Il s’agit bien du projet porté par la coopérative de pêcheurs de Cala Iris, projet porté par la coopérative des pêcheurs de Marchica et le projet porté par la coopérative des pêcheurs «Al Amal». Ces derniers contribuent dans la préservation des ressources halieutiques en réduisant la pression exercée par la pêche, l’amélioration des conditions socio-économiques des pêcheurs locaux et la contribution à une meilleure intégration de l’économie la région dans le tissu économique méditerranéen. L’ANDA envisage de multiplier des projets similaires dans d’autres régions du Royaume à potentialité aquacole. Toujours en vue d’encourager l’investissement, l’ANDA a initié la réalisation d’une écloserie marine nationale qui sera installée dans la zone de Tahaddart et ce dans le cadre d’un partenariat public-privé. Ce projet d’envergure vise à sécuriser l’approvisionnement des fermes aquacoles, de réduire les coûts de revient et d’améliorer la compétitivité des opérateurs privés nationaux par l’offre d’un alevin de qualité.

QUE POUVEZ-VOUS NOUS DIRE DU POTENTIEL DE L’AQUACULTURE DANS UN PAYS QUI DISPOSE D’UNE DOUBLE FAÇADE MARITIME LONGUE DE PLUS DE 3.500 KM ?

M.M : Le Maroc révèle de nombreuses potentialités et opportunités pour conforter une filière aquacole durable, particulièrement en termes d’atouts naturels avec la diversité des sites à vocation aquacole, de sa position privilégiée à titre de porte d’entrée vers les principaux marchés, notamment européens, l’un des premiers marchés mondiaux des produits aquacoles. Le Maroc dispose d’un littoral de 3500 km dont 500 km sur la Méditerranée et 3 000 km sur la façade Atlantique avec une qualité d’eau exceptionnelle et des conditions naturelles favorable à l’élevage d’une large gamme d’espèces. La diversité des sites à vocation aquacole (les lagunes, les baies, la pleine mer ou les zones basses en bordure de mer) est aussi un atout considérable permettant d’abriter différents types de projets aquacoles.De plus, le gouvernement marocain affiche sa ferme volonté de faire de l’aquaculture marine un moteur de croissance majeure pour assurer une gestion durable de la ressource halieutique.

QUELS SONT LES PRINCIPAUX ÉCUEILS RENCONTRÉS ?

M.M :L’activité aquacole au Maroc est confrontée à diverses contraintes pour confronter la forte concurrence des pays de la région qui disposent déjà de la maitrise de la technique et du marché. Elles portent particulièrement sur la rareté du foncier et le renchérissement de son prix et sur la forte dépendance vis-à-vis du marché international. Cette dernière renvoie aux politiques adoptées par certains pays dans le soutien de leurs secteurs aquacoles à même de fausser les règles de la concurrence.

LA COOPÉRATION, À L’INTERNATIONAL, EST-ELLE SOLLICITÉE POUR BOOSTER LE SECTEUR DE L’AQUACULTURE ?

M.M :Vu l’importance des opportunités à développer avec les partenaires internationaux dans le domaine de l’aquaculture, l’ANDA a fait de la coopération internationale un chantier majeur visant la concrétisation des rapprochements entamés entre le Maroc et les autres pays, notamment dans le cadre de la feuille de route du statut avancé entre le Maroc et UE ou l’aquaculture bénéficie de son renforcement par le biais du jumelage opérationnel entre l’ANDA et la Direction des Pêches Maritimes et de l’Aquaculture de la France. Il y a aussi la coopération dans le domaine de l’environnement entre le Maroc et les Etats-Unis signé, le 28 octobre 2014, un plan d’action de coopération destiné à renforcer davantage le partenariat entre les deux pays dans le domaine de l’environnement et de l’économie verte, ayant pour objectifs, le transfert de technologie pour le développement d’une mytiliculture durable en offshore et l’élaboration de modèles environnementaux et de normes de surveillance pour le développement d’une pisciculture durable dans les zones aquacoles marocaines. Enfin, il y a la coopération Sud-Sud entre l’ANDA et l’Agence Nationale de l’Aquaculture du Sénégal (ANA). Le cadre de partenariat privilégie le développement de la filière aquacole dans les deux pays à travers le transfert de technologie et de connaissances, le renforcement des capacités de la filière aquacole, la coopération technique et le développement social.

LA COLLABORATION AVEC LE SECTEUR PRIVÉ EST-ELLE PORTEUSE ?

M.M :Le développement durable de l’aquaculture marocaine est incontestablement tributaire des initiatives privées que l’ANDA soutient tant au plan de l’expertise qu’à celui de l’accompagnement. La collaboration entre l’ANDA et le privé est la clé de réussite de la stratégie de développement de l’aquaculture à l’échelle nationale. Si elle est limitée aujourd’hui au vu du nombre d’acteurs opérationnels, elle sera appelée à connaitre une recrudescence fulgurante avec la croissance du secteur.

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