Drapor drapée dans le secret: Un chapelet de rebondissements

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C’est une affaire tentaculaire aux dessous opaques qui livre, au compte-goutte, ses contours. Alors qu’on croyait que les enjeux de cette affaire étaient purement locaux et concernaient la seule et unique société de dragage des ports au Maroc, il s’avère, au fil des révélations, qu’il s’agit d’une affaire aux ramifications internationales.
Depuis son déclenchement après le procès de feu Lahcen Jakhoukh contre des membres de sa famille et des responsables de la dernière société marocaine privatisée en 2007, l’affaire Drapor n’en finit pas de livrer de nouveaux secrets.  A partir du moment où l’affaire s’est invitée sous le feu des projecteurs, l’acharnement des parties opposées (Mustapha Aziz d’un coté et les héritiers de Feu Jakhoukh Lahcen de l’autre) à  défendre leurs positions  les poussent à dévoiler de nouveaux aspects de l’imbroglio et quelques unes des armes employées pour s’assurer la victoire.  Constituant une véritable saga judiciaire, plusieurs affaires dans l’affaire défilent devant plusieurs juridictions en France, au Maroc mais aussi au Gabon. Pourtant, ce ne sont pas que les juges d’instruction, les avocats et enquêteurs de la police judiciaire qui s’y mettent. Selon des sources impliquées, l’enjeu économique et stratégique de cette affaire pour les économies respectives du Maroc et du Gabon, mais aussi le pactole que constitue l’héritage du richissime homme d’affaires secret Jakhoukh ne manquent pas d’attiser l’appétit de bien des prédateurs. Démystifier cette affaire revient à de l’absurde, l’affaire est sans cesse marquée par de nouveaux épisodes. De multiples rebondissements en prime !

AFFAIRE D’HERITAGE ?
Après que les accusations portées de part et d’autre dans ce procès aient   épuisé le registre des accusations financières et criminelles, les derniers chefs d’accusations proférés se basent sur le droit de succession (statut  personnel). Après le décès de Jakhoukh survenu le 9 juin dernier, l’enjeu est désormais centré sur le legs. Si les héritiers réclament les droits de succession naturels, Mustapha Aziz, s’y oppose en s’affirmant « héritier désigné par testament ». Et de faire grand cas du testament enregistré chez un notaire français dénommé Jean-Marie Pannetier qui fait de lui « le légataire universel ». En théorie, d’après la législation française, Mustapha Aziz, devrait recevoir la totalité de la succession ». Pour les Jakhoukhs, sortis de leur mutisme depuis juillet dernier, il s’agit de « tentatives de spoliation ». Soutenus par leurs avocats, Me Hassan Semlali et Me Mohamed Tahari, Soumya, Btissam et Badr Jakhoukh, respectivement veuve et enfants du défunt, ont accusé Aziz de se livrer à «  une course contre la montre  pour récupérer le maximum de biens avant que les différentes plaintes n’aboutissent à l’arrêt de ses basses manœuvres ».
Selon eux, l’homme qui se présente comme l’ami du défunt est présenté comme un intrus qui se cache derrière toute la tragédie vécue par la famille ces dernières années. Pas de quoi le démonter. Dans son bureau de PDG de Drapor, il clame que « ces accusations sont dénuées de tout fondement ». « Feu Lahcen Jakhoukh est mon ami et mon partenaire depuis pratiquement 27 ans, depuis le temps où j’étais conseiller du président du Gabon, Omar Bango », affirme-t-il. Et de préciser « ce qui nous lie est une amitié pas seulement dans les affaires mais une sorte de fraternité ». Si la famille a été marginalisée par Lahcen depuis longtemps, et pas seulement depuis 4 ou 5 ans, il faut se demander pourquoi. Et d’affirmer que Jakhoukh père « savait que beaucoup de choses se passaient dans son dos et cherchait à se mettre à l’écart de tout ça, avant même l’éclatement du scandale de Drapor et la plainte intentée par « Aâmi Lahcen » contre le groupe qui dirigeait la société, dont le fils Badr et un certain Marouazi, depuis deux ans objet d’un mandat d’arrêt national et international. « Je saisis cette occasion pour demander à la nouvelle direction de police de trouver cet homme qui a fait beaucoup de mal à la société », plaide-t-il. Une assertion qui intrigue Badr Jakhoukh qui affirme, lui, avoir croisé l’insaisissable Marouazi à Casablanca. Il était en train de récupérer ses enfants à la sortie de leur école !
Le fils cadet du PDG de Satram Marine affirme que tout allait bien avant l’apparition d’Aziz. Ce dernier, ami d’études du fils de M. Aziz, aurait joué les intermédiaires pour le rapprocher, à sa demande, de son père. « Je regrette vraiment d’avoir été la cause de cette liaison », laisse-t-il tomber. Me Tahari tente de démystifier cet imbroglio. « Comment un père qui n’avait pas confiance en ses fils et son épouse, leur aurait-il confié la gestion de son patrimoine » ? Plus, ajoute l’avocat, « le défunt ne se contentait pas de ça mais achetait des biens qu’il enregistrait au nom de ses fils, faisant de ces derniers ses propres associés ».

JAKHOUKH, UN PRETE-NOM?
Aziz balaie toutes ces accusations d’un revers de main. « Je n’ai rien spolié » puisque, soutient-il mordicus, « je suis partenaire avec L. Jakhoukh depuis très longtemps que ce soit au Gabon, au Maroc, au Mali, au Sénégal ou dans d’autres pays ». Et de préciser que son ami Lahcen était son représentant puisque «j’étais dans des positions où je ne pouvais pas traiter les affaires ». Autrement dit, Jakhoukh constituait pour lui un prête-nom. « Spolier » serait dès lors un terme inadéquat dans ce contexte. D’autant que Lahcen Jakhoukh disait, publiquement, qu’il comptait « déshériter sa petite famille ». Pour sa défense,  M. Aziz affirme ignorer jusque sa désignation comme légataire universel !
Quoiqu’il en soit, ce testament est complètement rejeté par les héritiers. Selon leur avocat Me Semlali, « Puisque le défunt a des enfants males et il n’a ni père ni mère, ses enfants sont ses héritiers légitimes ». Ces derniers auraient, d’après lui, fait l’acte de succession et auraient commencé à l’introduire auprès des conservations foncières au Maroc là ou il y a les biens de la famille. Pour cet avocat au Barreau de Kenitra, la prétention de Mustapha Bziouit, alias Mustapha Aziz, d’être « l’exécuteur testamentaire» de la succession de Lahcen Jakhoukh relève de « l’aberration » au regard du droit personnel marocain. « Nous avons la loi islamique (Acharaâ) et la jurisprudence islamique (Fiqh) qui précisent que le défunt est hérité par ses héritiers et que le testament ne peut excéder le tiers», rappelle-t-il. Dès lors, « toutes ces magouilles » visent le détournement de biens d’autrui. « Étant donné qu’il a accès aux sociétés de Jakhoukh il est en train de les vider en s’accaparant le matériel et en l’inscrivant d’une manière frauduleuse en son nom.  Et ce, dans le but essentiel de laisser les héritiers de Lahcen Jakhoukh sur le carreau». Me Semlali va plus loin en remettant en cause la validité dudit testament. Il serait frappé « d’illégalité » car obtenu de Lahcen Jakhoukh « alors qu’il était agonisant », nous a-t-il révélé en insistant sur le fait que « ce monsieur arrive par ses interventions et ses appuis à entraver les héritiers de jouir de leurs droits ». De sacrés mots sont ainsi lâchés, « interventions et appuis ». Mais l’avocat reste évasif à ce sujet se contentant de souligner qu’il s’agit là d’une affaire qui expire « un non droit » car «toutes les plaintes déposées contre lui sont classées»! Me Tahri appuie ces propos en confiant que
« L. Jakhoukh, qui était atteint d’un cancer du pancréas en phase terminale, avait était hospitalisé à Paris quelque semaines avant son décès ».
«Vu la gravité de sa maladie, il est clair que Si Lahcen, hospitalisé le 29 avril jusqu’à son décès le 9 juin, était inapte à signer un testament le 5 mai ! »
Campant sur ses appuis, l’autre camp soutient la validité du testament remis en cause. Pour appuyer ses dires,  M. Aziz rappelle que « l’acte de succession est doté, selon lui, d’une force d’exécution au Maroc»: « Voilà l’acte de succession. Nous, on a fait l’exequatur de ce testament au Maroc, donc c’est fini ». Aux accusations des avocats de la famille, il indique que le testament, acte établi au Maroc ou ailleurs, le désigne comme légataire universel ». Obtenu par l’un de ses avocats Mohammed El Montassir, le jugement du tribunal de première instance de Casablanca, daté du 23/07/2015, stipule « l’exécution rapide ». Selon la législation marocaine l’héritier désigné par testament peut se contenter du tiers et donner le reste aux héritiers par lien de parenté. «  J’avais l’intention de m’y conformer », lâche bon prince M. Aziz. Mais face « à ces ingrats », comme il affuble les héritiers Jakhoukh, « je vais réagir autrement ».
« Le contenu du testament ne comporte aucune inhibition ou obstacle en contradiction avec la jurisprudence musulmane et aux préceptes musulmans et ne menace en aucun cas l’ordre public au Maroc», nous a expliqué Dr Aziz. Ce qui demeure, selon lui, en parfaite adéquation avec l’article 430 du code civil marocain mais aussi avec l’article 277 du code de la famille « la Moudawana » qui stipule que « le testament est l’acte par lequel son auteur constitue, sur le tiers de ses biens, un droit qui devient exigible à son décès ». « Pour toutes ces raisons, il a été décidé l’exécution du testament », achève-t-il la lecture du jugement qu’il avait entre les mains. « Ce testament a déjà reçu l’exequatur au Maroc, donc il a été accepté et jugé au Maroc et l’acte de succession a été déjà fait. Ce qu’ils disent est complètement idiot. Ça s’était avant l’action en justice », conclut-il.
Du côté des plaignants, c’est Me Tahari qui monte au front pour les défendre. « Nous avons déposé une plainte, et il est fort probable qu’il sera arrêté très prochainement. Une enquête est diligentée actuellement et nous estimons qu’il faut laisser la police judiciaire et le parquet général faire leur travail. » Entre le clapet final signifié par l’une des partie, et la revendication des ayants droit de l’autre, l’affaire est loin d’avoir livré tous ses secrets. Sur le front judiciaire, des rebondissements sont à prévoir. Affaire non classée…

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