Elections professionnelles : Le poids des SAS …

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La nouvelle carte syndicale vient d’être dévoilée ! Bien qu’en recul, les Sans affiliation syndicale demeurent « le premier syndicat » au Maroc avec près de la moitié des voix aux élections professionnelles. UMT, CDT, UGTM et UNTM sont loin derrière. Victime des querelles « intra-socialistes», la FDT se retrouve orpheline.

Avec un taux de syndicalisation qui n’excède pas les 3% selon le HCP, il faut croire que la bataille engagée autour des élections professionnelles n’aura pas mobilisé grand monde. Pourtant, la base électorale est forte de 11 millions de travailleurs… Le décompte final aura montré que sur la base électorale mobilisée, 50% ont voté pour les 35 organisations syndicales en lice alors que reliquat des voix s’est porté sur les Sans affiliation syndicale (SAS). En d’autres termes, les élections professionnelles ont une nouvelle fois remis en question la représentativité du mouvement syndical national qui n’excède pas les 1,5% des travailleurs ! Ce qui revient à dire qu’un peu plus d’un salarié sur 100, privé et public confondus, adhère à une organisation syndicale. Si le taux de syndicalisation est insignifiant, il y a lieu de noter qu’il tourne autour de 20% en Tunisie et oscille entre 60 et 70% dans les pays scandinaves. Bien que la part des SAS aie reculé (de 55,09% en 2009 à seulement 49,79% avec 17.399 sièges en 2015), les résultats présentés courant juin par le ministère de l’Emploi montrent que le mouvement syndical paye les frais de sa balkanisation et des dissensions et querelles politiques qui le nécrosent.

L’UNIFICATION, LA POMME DE DISCORDE
Face à ce drame qui est loin d’être l’apanage du Maroc -le reflux de la syndicalisation étant universel-, « un effort d’unification demeure la seule et unique solution pour rehausser le taux de syndicalisation exceptionnellement bas », analyse Larbi Habchi, membre de l’ex-bureau central de Fédération démocratique du travail (FDT). « Malgré leur recul, les SAS restent prédominants », regrette ce membre du groupe fédéral à la Chambre des conseillers. « Il y a, certes, plus d’adhésion à l’action syndicale, mais la situation actuelle du syndicalisme est due surtout au fait que le Patronat n’a pas encore bien assimilé les rôles que doivent jouer les syndicats », explique-t-il. Selon lui, « les patrons préfèrent toujours des membres de leurs familles ou de leurs proches comme délégués du personnel ». Ce qui a « une incidence très grave sur l’action syndicale», s’insurge-t-il en déplorant « la non tenue d’élections professionnelles chez une importante partie des entreprises ». Même son de cloche chez l’ancien patron de la FDT, scindée en deux depuis juillet 2014 : FDT-Azzouzi et FDT-Fatihi. Pour Abderrahmane Azzouzi, les résultats étaient « en général attendus », du fait que les « SAS représentent presque la moitié». Ce qui veut dire, pour lui, que les syndicats doivent travailler davantage pour encadrer les travailleurs. Pour ce faire, « il va falloir enlever les entraves de l’action syndicale collective », souligne-t-il. « Nous sommes convaincus que l’action commune peut porter ses fruits à ce niveau. C’est pourquoi nous avons pris la décision de nous porter candidats avec nos frères de l’UMT et la CDT ».
L. Habchi chez qui résonne le même avis explique que «le fond du problème » au sein de la FDT et de toute la scène syndicale était l’unification. « Nous avons toujours défendu deux slogans : l’unification et l’indépendance de la décision syndicale », précisant que « Lachgar voulait faire de la FDT une annexe, autrement dit un instrument dans la politique de l’USFP, chose à laquelle nous nous sommes toujours opposés », ajoute cet ancien fonctionnaire du ministère des Finances. « Quand on a fait le choix de proposer des candidats dans les listes de l’UMT et la CDT c’était dans le cadre d’une conception claire, celle de l’unité syndicale », rappelle L. Habchi pour qui l’unification est « une inévitabilité, une fatalité historique qu’on ne peut conjurer ». Selon ce farouche défenseur de l’unité syndicale, « il y a des changements et des bouleversements à l’échelle internationale qui dictent que l’action syndicale a besoin de regroupement au sein de blocs très forts et indépendants pour pouvoir se déployer ». « Le temps des bras syndicaux des partis politiques est révolu », conclut-il.
Ce choix d’unification ne semble pas être du goût des centrales proches des partis politiques à savoir la FDT- Fatihi et l’UGTM qui rament avec le courant rapprochant Driss Lachgar et Hamid Chabat. In fine, c’est la FDT en tant qu’organisation qui a perdu de sa superbe.

LA REVANCHE DE L’UNMT
Le principal enseignement que l’on peu tirer de ces élections est le suivant : le syndicat de l’USFP a cédé sa place au syndicat proche du PJD. En effet, après les SAS qui ont raflé 17 399 sièges sur les 34 964 en jeu, l’Union Marocaine du Travail (UMT) a occupé la première marche du podium en ce qui concerne les centrales syndicales. La centrale dirigée par Miloudi Moukharik, première lors des élections de 2009, a confirmé son leadership en décrochant 6 175 sièges, soit 17,79% contre seulement 13,22% en 2009. Le plus ancien syndicat créé sous le protectorat en 1955 a, entre autres, profité du ralliement d’un nombre important d’affilié à la FDT-Azzouzi. Alors qu’on ne s’y attendait pas, la Confédération démocratique du travail (CDT) est arrivée deuxième. La centrale créée en 1978 par Noubir Amaoui a profité, elle aussi, du retour sous son égide d’une partie importante des affiliés à la FDT-Azzouzi et a su tirer son épingle du jeu. Ainsi, l’ex-bras syndical de l’USFP a obtenu 3240 sièges (soit 9,27%) grâce notamment à son poids dans le secteur public (14,71%). Contrairement à leur nouvel allié exclu du cercle fermé des syndicats représentatifs (la FDT-Fatihi), l’Union générale des travailleurs marocains (UGTM) a réussi à se maintenir dans la cour des grands. Le syndicat de Hamid Chabat a même progressé (plus 1,15%) par rapport à 2009 en remportant 7,57% des sièges (2644). Le bras syndical de l’Istiqlal est talonné par l’Union nationale du travail au Maroc (UNTM) qui a remporté 7,36% des sièges. La centrale syndicale de Mohamed Yatim a pu améliorer de 2,67% sa représentativité (4,69% en 2009) pour remplacer désormais la FDT à la table des négociations sociales. Avec 1339 sièges, la FDT qui ne représente que 3,83%, n’a désormais plus de place dans le club des syndicats représentatifs. Et pour cause : le syndicat baigne dans les querelles intestines de la grande famille Ittihadie.

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