En attendant le rendez-vous d’Astana : Le langage de la canonnière perdure en Syrie

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En Syrie, alors que régime et opposition doivent débuter les pourparlers d’Astana ce 23 janvier, les combats redoublent d’intensité. Une trêve est pourtant censée être en vigueur depuis deux semaines. Le principal front reste la région de Wadi Barada près de Damas, mais dans le nord dans les provinces d’Alep et d’Idleb les forces gouvernementales multiplient les bombardements. Des batailles qui en disent long sur les enjeux liés à la difficile reprise du dialogue inter-syrien, la multiplicité des chapelles rebelles étant symptomatique de la diversité des intérêts régionaux et internationaux en jeu.
«Les avions militaires du régime ont intensifié leurs frappes dans la province d’Alep après minuit», a rapporté mercredi l’OSDH, en précisant que plusieurs villes et localités avaient été visées, notamment Atareb et Khan al-Assal, des fiefs de la rébellion. Frappes qui interviennent après que la ville martyrisée ait essuyé pour la énième fois des tirs aveugles à l’arme lourde. L’armée arabe syrienne reste sur le qui-vive dans la région puisque nombre de ses positions ont été attaquées depuis la reprise de la deuxième ville du pays. Les experts craignent un nouvel embrasement du front aleppin, les rebelles ayant eu le temps de se regrouper. Mais il faut dire que l’aviation syrienne ne chôme pas. Dans la province voisine d’Idleb (nord-ouest), contrôlée par une alliance entre des rebelles et le Front Fateh al-Cham (ex-branche syrienne d’al-Qaïda), des avions militaires syriens ont bombardé la localité de Taftanaz, tuant trois rebelles, selon l’OSDH. Idem pour la banlieue d’Al-Bab où des raids syriens ont aussi ciblé des positions de Daech.
Ces bombardements sont menés alors qu’une trêve instaurée le 30 décembre par la Russie, allié du régime, et la Turquie, qui soutient des groupes rebelles, est toujours officiellement en vigueur malgré des violations quotidiennes. Encore faut-il préciser que de cette trêve sont principalement exclus et la filiale d’Al-Qaida en Syrie et Daech.
L’OSDH a également rapporté des frappes aériennes sur plusieurs villages de la Ghouta orientale, bastion rebelle dans la province de Damas. Cette région, visée par des tirs d’artillerie sporadiques, a été la cible de l’armée de l’air pour la première fois depuis la trêve. Rien de plus normal au regard de l’enjeu lié à l’approvisionnement de Damas en eau potable. Pour ce faire, le gouvernement syrien alterne la carotte et le bâton. L’accord annoncé mercredi par le gouverneur de Damas Alaa Ibrahim porte sur la région rebelle de Wadi Barada, où se trouvent les plus importantes sources d’eau approvisionnant la capitale, située à 15 km de là. Mais en raison des combats, beaucoup de canalisations ont été détruites entraînant des coupures pour des millions de personnes.
Selon le gouverneur de Damas, « l’accord prévoit en principe que les militants rendent leurs armes lourdes et que les combattants qui ne sont pas de la région quittent Wadi Barada ». Puis « l’armée entrera dans la région pour procéder au déminage et au désamorçage des bombes, afin de préparer l’entrée des équipes de maintenance pour réparer les dommages causés aux pompes et aux canalisations par des attaques terroristes ». Aux dernières nouvelles, cinq des sept villages de Wadi Barada auraient accepté les conditions de Damas et le processus de réconciliation avec des rebelles aurait démarré. Malgré les dénégations d’autres groupes rebelles qui préfèrent parler de « guerre psychologique » du régime et de ses alliés.
Damas accuse les rebelles, dont Fateh al-Cham, ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda, d’avoir intentionnellement coupé l’approvisionnement en eau de la capitale. Cependant, les rebelles ont accusé de leur côté le régime d’avoir bombardé les installations et démenti la présence de l’ancien Front al-Nosra.
Le régime a signé des dizaines d’accords baptisés de « réconciliation » dans secteurs rebelles en Syrie ces derniers mois, notamment autour de la capitale. L’opposition dénonce régulièrement ces accords qui, selon elle, sont conclus après un siège dans le cadre d’une tactique surnommée « affamer ou capituler ».

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