Entre blasés et blousés : Les Marocains ont le blues

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Les Marocains broient du noir. Le HCP leur a demandé de noter le niveau de leur bien-être.  Résultat marquant: les disparités sociales se reflètent sur le bien être des citoyens. Entre les privilégiés disposant de la meilleure qualité de vie et ceux qui pâtissent le plus d’affects négatifs, le fossé grandit.

Le ressenti des citoyens quant à leur qualité de vie a fait l’objet, et c’est une première, d’une enquête du Haut commissariat aux plans (HCP). Initié en 2012, ce travail inédit sur la question du bien-être des Marocains a, in extenso, synthétisé l’état de mal-être de la majeure partie de la population marocaine, en particulier, les tranches de la population qui pâtissent le plus d’affects négatifs. Alors que les nantis, soit une minorité constituée par les 20% qui ont le moins d’affects négatifs (entre 9 et 30), déclarent un niveau moyen de satisfaction de 6,3/10, les citoyens les plus désavantagés en termes de qualité de vie (49 affects négatifs ou davantage) déclarent un niveau de satisfaction inférieur à la moyenne, à savoir 3,7/10.
Ces statistiques qui n’ont rien d’impressionnant dans la mesure où elles rament avec les résultats de l’indice de confiance des ménages, et il est à son plus bas historique, sont la résultante d’une analyse menée par les équipes du HCP. Convaincus que les statistiques macroéconomiques classiques ne peuvent rendre compte de la situation du simple citoyen et de son bien être, les « techniciens» du HCP ont cherché à répondre aux préoccupations que les statistiques classiques n’ont pu mieux exprimer. Les citoyens interrogés ont ainsi fixé 95 déterminants de la qualité de vie avec en premier lieu le logement évoqué par 60%, suivi du revenu (45%), l’emploi pour 43%, la santé (32%)et l’éducation (24%)…
Au-delà de ces dimensions purement matérielles, la présente enquête a montré que d’autres aspects de la qualité de vie, liés surtout au domaine sociétal, incluant solidarité sociale, confiance, vie familiale, culturelle, spirituelle et de loisirs, font partie intégrante des facteurs du bien être du Marocain. Ils ont été évoqués par 29% des sondés.

Le poids de la pierre
L’envolée des prix de l’immobilier, des loyers, de l’eau et de l’électricité a affecté des millions de familles marocaines mettant ainsi le logement au centre de leurs inquiétudes. L’indécence des prix, la qualité médiocre et l’espace réduit, ajoutées au surpeuplement et au manque d’accès aux services publics, tout cela fait du logement la première source du mal être des Marocains. L’étude montre que, de nos jours, 22% de Marocains n’ont pas encore eu le privilège d’avoir accès à l’eau potable et 5% n’ont pas d’accès à l’électricité. À l’échelle nationale, l’indice synthétique des difficultés et affects négatifs éprouvés à l’égard du logement montre que les conditions du logement précitées contribuent à raison de 64% à ces difficultés, suivies dans une moindre mesure par« les nuisances du voisinage (26%) et le confort de logement (10%) ». Dans l’ensemble, le niveau moyen de satisfaction quant au logement demeure inférieur à la moyenne, soit 4,7 sur 10. Une moyenne qui passe à 2,5 sur 10 pour les personnes éprouvant au moins 10 affects négatifs.

L’épine sociale
La qualité des services de santé et d’éducation est loin de constituer une source de satisfaction pour la majeure partie de la population.
Ainsi, rares sont les citoyens épargnés par les affects et facteurs de nuisance liés aux services de santé. En effet, la majorité de la population marocaine, à savoir 89 %, sont « sous l’emprise d’au moins quatre affects négatifs parmi les neuf mesurés », a souligné Ahmed Lahlimi, Haut-commissaire au plan lors de la présentation des résultats de ladite enquête. Et de préciser que l’accessibilité et la qualité des services procurés par les différents services du département de Louardi contribuent à hauteur de 81% aux affects négatifs reliés à ce domaine au moment où l’état de santé des citoyens y contribue à 19%. Du coup, le niveau moyen à l’échelle nationale de satisfaction à l’égard des services de santé est de 3,4/10. « Cette moyenne chute de 6,2 pour les personnes n’éprouvant aucun affect négatif à 2,4 pour celles en encourant au moins 8 », a précisé Lahlimi.
D’un autre côté, l’appréciation des citoyens quant à l’éducation reflète pour sa part la situation lamentable du système éducatif national. La preuve : la moyenne faible de satisfaction des citoyens à l’égard de l’éducation (4,3 sur 10) et le niveau de satisfaction qui baisse de 6,4% pour les sondés n’encourant aucun affect à 2,3 pour ceux éprouvant au moins 10 parmi les 13 mesurés. L’insatisfaction des Marocains quant à ce qui concerne le système éducatif est, en fait, due à la défaillance des infrastructures et à la qualité peu reluisante de l’enseignement. La présente enquête montre, preuves à l’appui, que la disponibilité des infrastructures éducatives contribue à raison de 40% à l’ensemble des affects liés à l’éducation. La qualité de l’enseignement semble, elle aussi, préoccuper de plus en plus les Marocains avec une contribution de 33 % des attributs liés à la qualité. Peu importe les chiffres que nous regardons, il est indéniable que tout le monde s’accorde sur le fait que l’éducation nationale, qui a absorbé 46 milliards de dirhams en 2015 (en hausse de 8,5% par rapport à 2014), est défectueuse. Ainsi, une mise à niveau de l’enseignement est inéluctable, sans elle on ne peut pas préparer les compétences de demain et former les élites. Son échec est synonyme de déchéance de tous les autres secteurs.
Par ailleurs, les résultats de l’enquête relatifs aux autres aspects de la qualité de vie, notamment ceux liés au domaine de la famille et de l’environnement ainsi qu’à celui de la culture et des loisirs, restent très peu probants avec un niveau moyen de satisfaction, respectivement, de 4,5 et de 3,6 sur 10.

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