Entre scandales et impéritie : Benkirane III, tout un festival !

Le pays renoue avec les festivals. Mais le plus drôle de tous est celui que réserve le gouvernement Benkirane aux citoyens. Il tempêtera toujours plus, tonnera très haut et vociférera davantage. Guignolesque, le spectacle promet de nouvelles descentes aux enfers.

L’exécutif barré par Abdelilah Benkirane comporte-t-il une « dream team » faisant preuve d’un dynamisme qui fait oublier frasques et prestations calamiteuses d’une partie de l’équipe gouvernementale ? Que l’on nous permette d’en douter, et fortement, à la lumière de la forte propension de l’homme-orchestre à nourrir les clivages là où la raison recommande l’approche consensuelle. Car le patron de l’Exécutif donne l’impression que les habits de la fonction qu’il doit incarner sont trop courts pour occulter la dimension partisane de son attitude. Agissant toujours en tant que leader d’une formation politique plutôt que comme un homme d’Etat plus rassembleur que diviseur. Un tel défaut dans la stature qui exige plus de hauteur dans l’approche des divers problèmes à traiter se mesure à l’aune des joutes parlementaires retransmises en direct. C’est la politique spectacle qui, fort malheureusement, semble privilégiée par A. Benkirane, témoignant d’un manque flagrant de tact dès lors que les invectives sont plus promues que les débats responsables. Ce manque de sérénité qui attise les tensions, bien des fois factices mais fortement médiatisées, conforte l’idée ressassée par les adversaires politiques à l’encontre d’un Exécutif en mal d’imagination, mais surtout pauvre en vision.
Soutenir que le pays est économiquement pauvre pour pouvoir vivre au-dessus de ses moyens est une lapalissade. Le réalisme voudrait, en effet, que le diagnostic ainsi établi n’agit pas en tant que facteur inhibiteur d’une croissance souhaitée. Mais plutôt en tant qu’agent mobilisateur pour en découdre avec les blocages qui freinent l’essor du pays qui, dans le papier, nourrit la prétention de faire bonne figure parmi les pays émergents. Et pour ce faire, il n’y a pas de secret. Il faut libérer toutes les énergies que le pays recèle en mobilisant autour d’une vision clairement définie les opérateurs économiques, publics comme privés, pour en découdre avec les miasmes du sous-développement. C’est à ce niveau-là que la rigueur doit être de mise pour que les efforts consentis en faveur des uns et des autres se traduisent par un retour sur investissement. Et en parallèle, rien ne vaut d’asseoir une « paix sociale » dont les termes doivent être négociés avec les syndicats qui ont des droits à faire valoir. C’est cette politique du « donnant-donnant » qui fait défaut au maestro du gouvernement qui n’arrive toujours pas à trouver le meilleur tempo. La tâche est immense lorsqu’il s’agit de détricoter un système vermoulu par la rente et l’esprit démobilisateur qu’elle induit à tous les étages de la société. Mais lorsque le pays est doté d’une justice qui fait sienne la logique de l’équité pour tous, le démantèlement de tous les verrous qui bloquent l’avancée du pays n’en serait que facilité. Mais il faut croire que sur ce front-là, la réactivité de l’Exécutif laisse à désirer. Ni l’institution en charge de la lutte contre la corruption, ni le Conseil de la concurrence n’ont pu dépasser le stade du bricolage. Pourtant, à elle seule, n’assure-t-on pas que la corruption pénalise le taux de croissance du pays d’au moins 2% ? Plus prosaïque encore est le volet gestion dynamique des ressources humaines. Avec un peu plus de 32 millions d’âmes, le recensement de la population légale le confirme, que prévoit-on en terme de valorisation de ce gisement de croissance des plus importants pour le pays ? Nul besoin de rappeler à ce propos la déconfiture avérée du système éducatif national et ce à tous les étages. Pourtant, c’est cet immense réservoir de compétences qui conditionne soit le succès, soit l’échec de tout effort de développement. Une meilleure prise en charge du système éducatif par l’Exécutif relève de l’urgence. Encore faut-il que les prédispositions « idéologiques » du PJD ne soient pas un prétexte pour faire machine arrière. Nul besoin de rappeler, ici, qu’en matière d’indices de développement humain, le pays cumule les retards et autres déclassements. En matière de mobilisation conséquente des ressources humaines, sur les 124 pays passés au crible par le World Economic Forum, le Maroc se classe 95ème.
Quoi qu’il en soit, ce serait accabler le gouvernement que de lui planter le décor des attentes des Marocains. Ceux qui ont cru en la bonne étoile d’un PJD qui, assure-t-on, joue pleinement la carte de la modération. Ceux qui peinent à boucler leurs fins de mois. Plus du tiers des foyers sont obligés de s’endetter pour vivoter. Encore faut-il qu’ils soient solvables ! Et seuls 6% de la population ont la capacité de faire de l’épargne. Oui, évidemment que le Maroc est pauvre. Et ces chiffres sont corroborés par l’investissement de l’INDH qui a profité à 10 millions de personnes. Mais est-ce une raison pour se focaliser sur des inepties alors que le pays dispose de potentialités qui ne demandent qu’à être libérées ?
Il est indécent que de rester prisonnier des anciens schémas qui reproduisent les clivages au sein d’une société capable de vivre sa dimension cultuelle sans entraves. On aurait aimé voir un chef du gouvernement militer ouvertement pour l’émancipation de l’être marocain au lieu de l’enfermer dans des carcans passéistes. Mais ce serait trop demander à A. Benkirane que de changer de focale. Lui qui n’assume que ce qui arrange sa carrière politique… Tout en se lavant les mains des échecs potentiels, en rappelant sur tous les tons que c’est le Roi qui gouverne. Pourtant, il suffit au patron de l’Exécutif de réajuster ses lunettes pour voir clair dans les textes de la Constitution. Ceux-là mêmes qui lui confèrent une kyrielle de prérogatives dont il n’ignore certainement pas l’existence. Et c’est bien là où réside le dilemme du leader du PJD. Il veut à tout prix continuer à plaire en haut lieu en se limitant à ne soulever que les vagues susceptibles de « mouiller » ses rivaux de l’opposition. Comme il nourrit l’ambition de continuer à plaire aux plus larges couches de la population en hissant le populisme à ses plus hauts sommets. Une conception assez singulière d’une aura à consolider. Mais ce faisant, le chef du gouvernement bloque la machine du pays lui qui lorgne sur les scores à réaliser dans les scrutins à venir. Sachant pertinemment qu’il n’a été porté là où il est que par une minorité d’électeurs. En cela, il a tout faux. Surtout qu’il est difficile de faire avaler aux Marocains des couleuvres. Ses promesses n’engagent que ceux qui y ont cru aveuglément. La peur est que le pays qui avance ainsi de travers ne se retrouve bloqué, dans un chemin sans issue. Ce n’est certainement pas avec le remaniement partiel qu’une nouvelle dynamique, vertueuse, est à attendre. Faut-il espérer se tromper ?

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