Espace arabe : Sanglant ramadan

GAZA STRIP, PALESTINIAN TERRITORIES - FEBRUARY 2: A Palestinian girl stands next to a home destroyed in the 22-day war on Gaza in Jabaliya refugee camp, February 2, 2009, Gaza Strip, Palestinian Territories. Israeli Prime Minister, Ehud Olmert, said there would be a "disproportionate" response if the rocket and mortar fire continues from Gaza. At least 1300 Palestinians were reportedly killed along with 13 Israelis in the 22-day offensive launched on December 27 by the Israeli army inside the Gaza Strip. (Photo by Warrick Page/Getty Images)
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Les ondes de choc du séisme qui a frappé l’espace arabo-musulman n’en finissent pas de le déstabiliser. Du Yémen à La Libye, et bien au-delà, jamais un ramadan n’a été aussi sanglant. Autant de déchirures qui font la joie d’Israël. Et de ses partisans.

Ramadan, mois sacré durant lequel les conflits sont jugulés, offre une autre image du monde arabo-musulman. Ainsi, le rouleau de bombes continue de secouer le Yémen, entrainant dans sa folie meurtrière des pans entiers de l’histoire des peuples arabes. Les forces coalisées autour de l’Arabie Saoudite ne désarment pas : à Genève, la dernière rencontre menée par le représentant spécial des Nations Unie a vite tourné en eau de boudin, tellement les positions des parties au dialogue étaient inconciliables. Pas loin de ce terrain miné qui risque de se transformer en bourbier, dans le Sinaï, les opérations de ratissage menées par les forces égyptiennes pour circonscrire le danger terroriste, ses frappes devenant de plus en plus meurtrières, n’en finissent pas. Et il est fort à craindre que la gestion de cette tension, alimentée sous d’autres « labels djihadistes » par la confrérie des « Frères Musulmans », ne s’inscrive, elle aussi, dans le temps. Mais c’est dans le célèbre « Croissant fertile » que la tension est à son summum, avec les percées « militaires » réalisées par le groupe terroriste de « l’Etat Islamique » qui vient de célébrer, dans le sang et la désolation, son anniversaire. En Irak, cette « armée » qui obéit au doigt et à l’œil d’Abou Bakr Al-Baghdadi, occupe désormais le tiers du pays. Auquel s’ajoute la moitié d’une Syrie en proie à des batailles engagées autour des quatre points cardinaux. Sur ce terrain là aussi, Daech le dispute à Jabhat Al Nosra, appendice régional d’Al-Qaida que intérêts régionaux tentent de ramener en odeur de sainteté auprès des capitales occidentales sous les oripeaux de la modération. Mais les drames qui affectent l’espace arabe dépassent le seul cadre du Machrek. En effet, en Libye, pays en déliquescence avancée, « l’Etat Islamique » s’est aussi greffé à la mosaïque djihadiste et commence à faire parler de lui. Menaçant la Tunisie dans sa quête de stabilité postrévolutionnaire au point de forcer Tunis à fermer ses représentations diplomatiques après le rapt d’une brochette de ses diplomates. Et incitant l’Algérie à masser ses troupes le long d’une frontière commune pour conjurer le sort djihadiste. Le précédent In Amenas échaude le pouvoir algérien qui craint que le feu de la déstabilisation ne finisse par l’atteindre. Même le Maroc n’est pas épargné par le péril « takfiriste », comme le démontre le nombre de cellules terroristes démantelées.
Il va sans dire que le tableau est loin d’être idyllique dans l’’espace arabo-musulman. Celui-là même qui, depuis Djeddah, a décidé de monter une coalition sunnite susceptible de conjurer un péril chiite en voie de consolidation. D’où la coalition mise sur pied pour endiguer la percée des Houtis dans un Yémen déjà explosif. Et pour conjurer les prétentions de puissance régionale que Téhéran est soupçonnée de réaliser aussi bien en Irak qu’en Syrie. La lutte à mort engagée dans le Machrek excipe déjà de lendemains des plus chaotiques. Surtout si les négociations engagées avec l’Iran sur sa technologie nucléaire aboutissent. Voilà pourquoi le lexique des géopoliticiens s’est enrichi d’une nouvelle formule qui sied bien aux divers foyers de tension dans la région : des guerres par procuration. Les belligérants étant réduits, au terme de cette démonstration, à de simples exécutants de donneurs d’ordre que sont le Royaume Wahhabite et l’Iran Des Mollahs, tous deux engagés dans un bras de fer des plus meurtriers. Mais c’est oublier que dans cet « Orient, très compliqué », comme le résume la célèbre maxime de De-Gaulle, d’autres enjeux, non moins importants, entrent en lice pour éclairer d’autres zones d’ombre. Israël, l’ennemi juré des peuples arabes, doit se frotter les mains à l’idée de voir la carte du monde arabe changer sous ses yeux. Ce qui détourne l’attention de l’opinion sur ses crimes de guerre qui continuent en terre palestinienne dans un concert d’assassinats, d’emprisonnement des palestiniens et de colonisation. L’allié attitré de l’Amérique dans la région est même allé jusqu’à troquer son immobilisme régional contre une subvention en armes de 9 milliards de dollars comportant aussi bien des missiles « high-tech» que des chasseurs de nouvelle génération, les fameux F-35 en l’occurrence. Et si Israël accepte par devers elle les négociations des « 5 plus 1» sur le nucléaire iranien, rien ne l’empêche de fournir asile et couverture de feu aux combattants d’Al-Nosra qui s’agitent dans le Golan syrien. Histoire de minorer les victoires remportées par la coalition de la résistance dans le Qalamoun, à la frontière libanaise, engageant l’armée arabe syrienne au côté des combattants du Hezbollah. Mais Israël n’est pas le seul acteur régional à se frotter les mains à l’idée de voir ses pires ennemis englués dans une guerre religieuse. Même ce qui se passe dans le Sinaï la réconforte puisqu’aucun obus n’a jamais été tiré sur Israël. L’autre larron qui s’invite dans la crise n’est autre que la Turquie que dirige un Erdogan qui se rêve en Sultan tout en nourrissant les espoirs des néo-ottomans. Les responsables de l’Etat irakien n’ont pas hésité, au même titre que leurs homologues syriens, à dénoncer l’ingérence d’Ankara dans leurs affaires. Notamment en accueillant les candidats au djihad et en leur ouvrant ses postes-frontière pour transiter vers les territoires sous domination de Daech avec armes et bagages. Dans cette guerre d’intérêts, la Jordanie assume aussi une part de responsabilité en étant accusée par Damas de jeter de l’huile sur le feu syrien. En intégrant la spirale de dé-tricotage des Etats de la région dans laquelle serait happée et l’Arabie Saoudite et le Qatar. Si Washington semble « laisser-faire», fidèle en cela à la nouvelle politique promue par B. Obama sous le vocable « d’empreinte légère», tout le contraire d’une présence massive et lourde, comme du temps de la précédente administration Bush, il n’en reste pas moins que cette attitude là semble bel et bien cadrer avec ses intérêts propres. Ceux qui guident les USA à faire tomber l’étiquette du « Grand Satan » dont fut affublé l’Iran… Et tout accord intervenant dans le dossier nucléaire iranien ne fera que rejaillir sur la région. Avec notamment une implication plus grande dans la gestion des déchirures régionales qui l’impactent directement.
Alors, vers quoi s’achemine l’espace arabo-musulman englué dans des tensions tribales et confessionnelles des plus sanglantes ? Certainement pas vers un quelconque statu quo ante. Les quantités d’armes qui y circulent et les torrents de sang versé rendent difficile tout processus de cicatrisation. Surtout lorsque, comme le dit si bien Saeb Erekat, chef des négociateurs palestiniens, on a en face la barbarie de Daech. « Y a-t-il un leader arabe capable de rivaliser avec Abou Bakr Al-Baghdadi qui recrute à bras ouverts une jeunesse arabe prompte à s’accrocher au rêve du martyr et des houris ?» Une question qui dérange, certes, mais qui ne pardonne à quiconque qui se laisse distancer sur la voie de la démocratie, seul et unique rempart contre la mort et l’idéologie de la haine.

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