Farines et huiles: Mieux valoriser

0 62

Principale destination du poisson débarqué jusqu’à une période toute récente, le secteur des farines et huiles de poissons a explosé depuis les années 1990 avant de voir sa part diminuer progressivement au profit d’une véritable valorisation des richesses halieutiques nationales.

En une dizaine d’années, le secteur a vécu une expansion forte puisque les exportations ont été multipliées par 3 en valeur et par 1,5 en volume. Plus importante est l’expansion de valeur. Les principaux clients sont les pays peu regardants sur la qualité des produits : les pays de l’Est, Russie en tête, la Chine ou encore la Turquie absorbent 50 % de la production. L’autre est destinée essentiellement à l’Union européenne qui la réexporte en partie vers les pays de l’Est de l’Europe !! A noter que si le marché de l’UE absorbe la moitié des exportations, cette dernière représente les 2/3 de la valorisation de ce négoce. La farine comme les huiles sont destinées aux marchés de l’alimentation animale en quête de protéines. Récemment, on voit émerger la demande d’huile de qualité alimentaire. En effet, les 24 unités de production ont une capacité de traitement de 8000 tonnes / jour ! Dans son étude globale, les rapporteurs ne sont guère tendres avec la filière, ses méthodes et leurs conséquences. En effet, l’approvisionnement de ces usines repose sur les coproduits et poissons entiers. Mais au regard des quantités transformées, force est de constater que ce sont des millions de tonnes qui ont été sous valorisées de la sorte. Ils insistent sur « les pressions des fariniers » qui incitent les pêcheurs à privilégier les quantités au détriment de la qualité.

Quant aux coproduits, transportés pendant plusieurs heures, ils sont de mauvaise qualité. Les procédés de fabrication et l’indigence sanitaire ne permettent pas de valoriser la matière première à sa juste valeur . Dès lors « l’huile raffinée est en quantité limitée (et) la qualité globale est moyenne… » en comparaison avec les standards européens ou péruviens. C’est d’autant plus révoltant que les experts internationaux affirment que la sardine permet des farines à forte teneur protéique ce qui constitue un atout important. La vétusté des équipements achetés généralement d’occasion et la récurrence des pannes par manque de maintenance préventive sont pour partie la cause de ces décevants résultats puisque les rendements ne sont guère au rendez-vous. Il faut 1000 tonnes pour produire 200 tonnes de farines (soit 20 % ) et 70 tonnes d’huile (soit 7%) Quant à l’aspect environnemental, la proximité des usines de farines de poisson est tout simplement insoutenable !! Grisâtre, ce tableau s’assombrit à l’évocation de la création d’emplois. C’est un secteur peu créateur d’emplois : 1000 tonnes de matière première par emploi permanent. Avec un si faible ratio on peut parler d’un secteur destructeur d’emplois car la matière première brûlée devrait être valorisée dans les conserveries où le rapport est beaucoup plus important !

Enfin,l’insouciance d’une partie des opérateurs s’avère tout aussi dévastatrice : « le manque de protection contre les contaminations dans les ateliers de conditionnement ne permet pas des produits de haute qualité : la farine du Maroc a fait l’objet de diverses alertes sanitaires » Avec l’utilisation de l’éthoxyquine comme antioxydant, c’est une réelle menace qui pèse sur la durabilité de la filière alors qu’on assiste à durcissement des normes sanitaires à travers le monde. Les conclusions des rapporteurs se passent de tout commentaire et suffisent pour attirer l’attention des acteurs du secteur qui doivent procéder à un toilettage de fond de la profession. les avancées péruviennes dans le domaine doivent susciter l’intérêt de la profession. Dans ce pays, on parle innovation basée sur la Recherche et le Développement. On parle de valeur ajoutée à faire pâlir les acteurs du secteur : Si une huile standard marocaine s’exporte à 1900 dollars la tonne, une huile raffinée péruvienne se négocie à plus de 6000 $ /tonne alors que l’Ethyl-Ester ( concentré d’Omega3 ) culmine à 8000 $ la tonne. Qui dit mieux !

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus