FIN DE PARTIE POUR HALIEUTIS : UNE FOIRE ET DES INTERROGATIONS

0 68

Le rideau est tombé sur la 3ème édition du Salon Halieutis. Mais des questions subsistent quant à « la maturité » d’un tel événement qui aurait mieux servi à présenter un bilan à miparcours de la stratégie nationale présentée, en 2009, devant la plus haute autorité du pays. 

Du 18 au 22 février, la ville d’Agadir aura braqué sur elle l’attention de tous ceux qui s’intéressent à la mer et à ses richesses. Aziz Akhennouch nageait comme un poisson dans l’eau parmi les stands des opérateurs. Même si, il faut le dire, pratiquement la moitié de l’espace était occupé par des organismes publics en lieu et place des opérateurs privés. Nous voilà donc face à un salon bi-annuel toujours en quête de maturité. « Il faut attendre la dixième édition pour pouvoir juger de l’importance d’un tel événement », rappelle un opérateur de la place habitué à ce genre de foires professionnelles. Un jugement nuancé au regard d’un bilan chiffré présenté par les organisateurs : 320 marques et enseignes ont été représentées ;230 exposants ont participé; et 36 pays présents. Mais une chose est certaine, c’est la percée africaine qui singularise un tel rendez-vous. Pas moins de 25 des 36 pays membres de la COMHAFAT y ont pris part, la Côte d’Ivoire faisant office d’invité d’honneur. Si le cycle de conférences ayant rythmé les journées de l’événement étaient de haut vol, on regrettera toutefois que lors de l’ouverture, Aziz Akhennouch, ministre de l’Agriculture et de la pêche n’aie pas jugé opportun de faire un bilan d’étape de la stratégie Halieutis menée depuis six ans. De quoi donner le cap pour des opérateurs attentifs aux divers signaux d’un ministère en mal de communication. Ce n’est donc pas pour rien que des lobbies ruent dans les brancards autour de la généralisation des caisses en plastique normalisées. N’ont-ils pas menacé de faire entendre leur voix lors de l’ouverture en observant un sit in devant le site qui a abrité l’événement ? En tout cas, nombreux sont les acteurs du secteur qui avaient besoin de « voir plus clair » dans l’engagement du gouvernement pour un secteur qui reste porteur. Le fait est qu’il s’agit là d’un raté dont A. Akhennouch aurait pu faire l’économie… A moins qu’il ne soit sûr de rempiler avec une autre équipe gouvernementale après 2016. Toujours est-il important de relever que bien des avancées, réelles, ont marqué
la stratégie nationale programmée à l’horizon 2020. Les plans d’aménagement, l’assimilation de la pêche INN, le contrôle des zones de pêche via un système embarqué dont seraient dotées y compris les barques, etc… Tout cela est bien bon. Au même titre d’ailleurs que les 6 appels d’offres pour la valorisation intégrée à Dakhla de 130.000 t de pélagique de la zone « C ». D’ailleurs, n’aurait-il pas été opportun d’annoncer, sans tarder, la construction d’un port de pêche à Dakhla pour répondre aux attentes des opérateurs étrangers à l’affût, mais aussi à une demande nationale ? Au ministère, on doit changer de focale pour mieux apprécier les défis régionaux, Nouadihbou pouvant à coup sûr servir de « port de pêche régional »… Mais on n’est pas au bout de toutes les peines. Car il faut souliner que la gestion des pêcheries dans cette zone pose des problèmes. Comme la surpêche à laquelle se livrent les unités RSW pour alimenter les unités de sous-produits qui pullulent dans la région Sud. Si les affectations sont correctes, le contrôle fait toujours défaut. Et au lieu de débarquer 20 t de poisson de qualité industrielle, les cales où les mélanges de poisson et eau réfrigérée doivent être stricts débordent de 200 à 300 t de poisson en mauvais état. La responsabilité de la tutelle est bel et bien engagée dans ce processus qui est tout sauf vertueux. Et une coordination de l’action de contrôle avec les bâtiments de la Marine Royale ne saurait que remettre les choses à l’endroit. Bien entendu, les déperditions ne se limitent pas à la seule espèce pélagique. Des trafics sur le poulpe sont aussi monnaie courante. Aussi bien dans la zone Sud, les opérateurs étant tentés par la quantité pour compenser les pertes subies par la baisse des cours, que dans la zone Nord. Ce qui doit inciter, et cela tombe sous le sens, à plus de fermeté. C’est autour de ces questions que doit se focaliser la communication du département et son action. Une pêche responsable incitant à la pédagogie, certes, sans pour autant qu’elle ne serve de slogan que l’on affiche pour se donner bonne conscience.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus