Guerre en Syrie : Tous les coups sont permis…

Depuis le 22 septembre, soit quelques jours après la fin de la trêve d’une semaine initiée par les Américains et les Russes, l’armée syrienne avait annoncé le démarrage d’une offensive majeure en vue de reprendre les quartiers rebelles à l’est d’Alep. Soumettant ainsi la zone convoitée à un tapis de feu roulant avec le soutien aérien russe. Devant une telle escalade, les pays occidentaux ont durci le ton face à Damas, habituée à ce genre d’exercice depuis cinq ans, mais surtout contre Moscou, directement accusé d’orchestrer cette vaste offensive. Samantha Power, représentante américaine à l’ONU, a taxé Moscou de «barbarie», alors que François Delattre, ambassadeur français, évoque, lui, des «crimes de guerre» à Alep. Quant à Matthew Rycroft ambassadeur britannique, il a parlé d’une saisine de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre. Face à quoi, le Kremlin ne semble guère désarmer puisqu’il a fustigé «le ton et la rhétorique inadmissibles» des ambassadeurs américain et britannique. «Nous considérons le ton et la rhétorique des représentants de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis comme inadmissibles et de nature à faire du tort à nos relations et au processus de règlement» du conflit, a déclaré Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin. Ce dernier juge la situation en Syrie «extraordinairement compliquée» pour jeter davantage l’huile dur le feu, accusant les rebelles d’avoir utilisé la trêve pour «se regrouper et renouveler leur arsenal» avant de nouvelles offensives. Le porte-parole russe est revenu sur un point jugé cardinal par Moscou à savoir « qu’il n’y a toujours pas eu de séparation entre la soi-disant opposition modérée et les terroristes. Cela rend la situation extrêmement tendue.» Le torchon brûle donc entre Moscou et les puissances occidentales. Mais la Russie «ne perdait ni espoir ni volonté politique» d’avancer dans le processus de paix en Syrie. La trêve instaurée le 27 février par la Russie et les Etats-Unis a été violée à plusieurs reprises. Sous la pression d’acteurs régionaux qui ne cachent plus leurs desseins. Les monarchies du Golfe et la Turquie qui souhaitent le départ du président Al Assad persistent à financer et à équiper les rebelles. Compliquant davantage la donne avec la promesse de mettre à la disposition des rebelles des missiles anti-aériens, comme le craignent les responsables du Pentagone. Ces puissances régionales s’opposent, sur le terrain syrien, à l’Iran dont on reproche une course effrénée vers l’instauration d’un leadership régional en faveur des chiites. Mais il faut relever que la situation est plus compliquée que cela n’y paraît. Les intérêts y sont tellement imbriqués que mêmes des alliés n’arrivent pas à s’entendre entre eux. Mevlut Cavusoglu, ministre turc des Affaires étrangères, a qualifié dimanche d’«inacceptable» le projet des Etats-Unis de livrer des armes aux Kurdes syriens qui combattent l’EI. Les Etats-Unis «coopèrent malheureusement avec une organisation terroriste qui attaque la Turquie», a-t-il déclaré. «C’est inacceptable», a-t-il ajouté. Aux yeux d’Ankara, les Unités de protection du peuple kurde (YPG) serait liée à la branche syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) basé en Turquie, qu’elle considère comme une organisation terroriste. «Les armer est très dangereux. Les armes données à ces forces» sont «ensuite vendues à l’EI et à d’autres organisations terroristes», a affirmé le chef de la diplomatie turque. Washington envisage de fournir des armes aux Kurdes syriens qui participeront à l’offensive pour reprendre Raqqa, le bastion de l’EI en Syrie, a indiqué jeudi le général US Joseph Dunford. Plus, Ashton Carter secrétaire à la Défense, a enfoncé le clou en se déclarant favorable à l’armement des Kurdes. Pour Washington, la composante kurde des FDS doit mener l’offensive pour reprendre Raqqa, avant de céder le contrôle de la ville à la composante arabe qui aura la responsabilité, avec d’autres groupes, de la tenir. Face à cette joute, force est de souligner que l’armée turque ne se contente plus d’incursions en territoire syrien. Damas qui dénonce cette dérive (et en appelle à la communauté internationale pour condamner pareille invasion) a laissé entendre que la guerre que son armée mène sur plusieurs fronts reste totale jusqu’à l’écrasement des terroristes. Quand bien même Israël serait tenté de nourrir la tension dans la région stratégique du Golan.
Dans ce maelström, Moscou qui lutte contre ses propres djihadistes dans plusieurs zones a fait montre d’une proactivité en volant au secours de Damas vers fin septembre 2015. La guerre menée par les Russes revêt dès lors le caractère du « préventif » tout en se ménageant un allié sûr en Méditerranée. On comprend dès lors l’âpreté des combats sur le territoire syrien et les joutes nourris au niveau des fora politico-diplomatiques. Washington n’entendant guère céder le passage à son adversaire russe qui pourrait devenir l’ennemi.

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