Harem politique

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Elle nous manque déjà, Fatima Mernissi, cette figure inaltérable d’une pensée progressiste pour un Maroc plus ouvert, plus démocratique et plus tolérable. Cette battante qui a travaillé sur l’Islam, à sa manière de faire dans l’exégèse, disparaît de la scène avec ses idées chevillées au corps. Elle n’a jamais fait la moindre concession dès lors qu’il s’agissait d’aborder la situation complexe de la femme en cette terre d’Islam, un terrain qui devient vite miné dès lors que le dogme est soumis sous le feu de la critique. Nul besoin de rappeler, ici, que ses aficionados continuent à battre le pavé pour que l’égalité puisse être érigée en système normalisé, coupant court aux remugles d’une pensée par trop régressive et éminemment surannée. On l’aura moins vue ces derniers temps marqués, il faut le dire, par une « islamisation» de la société, processus au chevet duquel se pressent tout ce que compte le pays comme courants conservateurs. Mais il faut croire que l’héritage qu’elle lègue, et il fait partie intégrante de cette offre idéelle que ses pires ennemis qualifient de « culture hors sol », ne souffrira guère une quelconque partition. Hommes et femmes sont égaux devant l’initiation à la culture de l’égalité.
Voilà une disparition qui doit être mise à profit par tous les partisans du juste combat sociétal pour la noble idée de la parité mise à mal par l’aveuglement d’une pensée plus activiste dans son suiviste qu’autre chose. Car c’est en ne cédant pas sur ce combat-là que l’on témoignera de la survivance d’un mode de pensée adapté au Maroc du troisième millénaire. Un pays où il fait bon vivre dans un esprit de grande tolérance qui n’exclut ni Adam ni Eve. Un pays qui accepte les critiques pour ce qu’elles sont, une simple expression de la dissension prise en charge par la démocratie dans ses processus de consolidation.
Car à bien scruter l’évolution de la société traversée par des courants aussi forts que contradictoires, il se trouve que l’on peine des fois à voir clair dans le jeu de ceux qui, portés par les urnes, sont appelés à gérer les affaires du pays, c’est à dire des ces 33 millions de citoyens dont il faut s’enorgueillir. Et l’un des derniers exemples de cette marche forcée à contre-courant nous provient de Khouribga où une député du PJD qui cumule aussi le mandat de vice-présidente de la municipalité a procédé à la destruction au bulldozer d’une scène de rap. Un comble de la surdité dont font preuve ceux qui prétendent défendre les mœurs de la société en rendant inaudibles tout ce qui fait la richesse culturelle du pays. Nul besoin de faire le parallèle avec les apprentis sorciers de Tora Bora et de leurs affidés qui frappent la musique de l’interdit tout en faisant tout un boucan quant à ce qui est réservé par la puissance divine aux adorateurs des notes : l’ensevelissement sous terre et la transfiguration en singes et autres porcs. N’est pas Ziryab qui veut !
L’affaire est assez sérieuse pour qu’on s’y attarde par ces temps difficiles par lesquels le pays passe, entre menaces daéchiennes jugées crédibles, au point de mobiliser toutes les forces de sécurité, et errements d’un personnel politique en mal d’inspiration. La députée PJD fait gommer par un tel acte tout le processus enclenché par A. Benkirane pour rassurer les uns et les autres, quitte à danser lors des meetings, quant au caractère « normal » de son parti. Et bat le rappel quant aux véritables desseins recherchés par cette formation politique : une entité qui veut s’assurer de son hégémonie culturelle et cultuelle. Et dire que le cahier des charges pour l’audiovisuel a été mis entre parenthèse…
L’heure est à la mise au point avec cette famille politique qui entend régenter la vie des Marocains en leur édictant ses propres règles d’une prétendue « vertu ». Le pays est-il à ce point maculé et fragile pour interdire la création de toute nature qu’elle soit ?
L’affaire a tout pour relever d’un précédent grave qui s’ajoute aux chapelets de provocations déjà constatés. Laissera-t-on faire ? A. Benkirane doit agir auprès de son « harem politique » par trop rétrograde.

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