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Immigration marocaine: Des « chibanis » et assimilés

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Le Maroc est devenu une terre d’accueil pour les migrants. Mais il reste aussi une terre d’émission, comme en témoigne le nombre de naturalisés établis à l’étranger, et tout particulièrement en France. Une lecture chiffrée du phénomène des «chibanis» et assimilés s’avère édifiante.

Depuis près de 70 ans, l’immigration marocaine en France est une composante essentielle de son tissu social et de son paysage démographique et économique. Entre la première génération ramenée pour reconstruire un pays meurtri par deux conflits mondiaux et les migrants d’aujourd’hui qui traversent les frontières de l’hexagone légalement ou de façon clandestine, le profil des migrants a radicalement changé. C’est ce que nous allons tenter de cerner brièvement alors que des centaines de milliers de marocains ont opté pour la nationalité française si bien qu’ils sortent désormais de cette catégorie de population.
La France compte aujourd’hui quelque 5,4 millions d’immigrants , soit 8,5 % de la population métropolitaine. On est loin, très loin de l’invasion tant redoutée par une partie de la classe politico-médiatique qui brandit une mise à mort certaine de leur « France Judéo-chrétienne » et de « race blanche ».
Visibles mais loin d’être majoritaires, les migrants originaires d’Afrique ne représentent que 40 % de ce flot migratoire soit à peine cinq points de plus que les migrants d’origine européenne.

On est loin de l’exclusivité de cette dernière dans les flux migratoires entre la fin du XIX siècle et 1945. Et parce que la France est une terre d’accueil et d’enracinement de descendants d’immigrés en nombre, on estime cette deuxième génération à quelque 6,7 millions de personnes dont 2,2 millions issus de couples mixtes avec un seul parent immigré. Français par le droit du sang ou du sol, ils sont Français à part entière et non pas entièrement à part comme on le sous entend sans tabou. Mais à regarder de plus près, on note que la population maghrébine est largement majoritaire parmi les Africains puisque à eux seuls, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie ont envoyé près de 70 % de ce flux. A l’évidence, l’Histoire, la proximité géographique entre les deux rives de la Méditerranées expliquent aisément cette prépondérance.

Avec 650 000 immigrés, les Marocains toisent les effectifs de l’Afrique Noire, c’est dire l’importance de la communauté marocaine en France aux côtés de leurs voisins maghrébins.
Ce sont les Trente Glorieuses en Europe qui ont initié ces flux alors que les rives Sud de la Méditerranée regorgent d’une main d’œuvre jeune et désœuvrée du fait d’économies locales exsangues. A cette époque l’émigration était quasi masculine et il a fallu attendre le début des années soixante-dix pour que la France change de politique migratoire avec deux grandes orientations. La première consiste en la fermeture des frontières pour une main d’œuvre non qualifiée, crise post guerre d’Octobre 1973 oblige, la seconde, elle, a autorisé le regroupement familial si bien que le flux de nouveaux arrivants ne s’est jamais tari avec l’arrivée des femmes et des enfants.
Cette ouverture politique et sociale, incarnée, à l’époque, par une droite plus tolérante, a permis aux femmes d’être représentée dans les mêmes proportions que le sexe féminin dans la société française à savoir 51 % alors qu’elles ne représentaient que 44 % en 1968 !

SITUATION DURE…
En 2012, 2,8 millions d’immigrés âgés de 15 ans ou plus sont présents sur le marché du travail en France métropolitaine. Qu’ils exercent une activité professionnelle où qu’ils soient au chômage, ils représentent 10 % de la population active.
Selon l’ISEE, Le taux d’activité des immigrés de 15 à 64 ans s’élève à 69 %, soit 3 points de moins que celui des non-immigrés. En effet, si les hommes immigrés sont plus souvent actifs que les autres (80 % contre 75 % pour les non-immigrés), le taux d’activité des femmes immigrées (58 %) est en revanche nettement inférieur à celui des femmes qui ne sont pas immigrées (68 %). Ces 10 points ne sont en réalité qu’une moyenne puisque seules 55 % des femmes immigrées originaires d’un pays hors Union européenne sont réellement actives. Les causes de cette sous-représentation sont multiples. La culture du pays d’origine en est la principale puisque la femme est réduite à sa fonction de mère de famille avec un taux de fécondité supérieur à la moyenne française: 2,97 enfants par femme.
Pour ce qui du taux de chômage, il est assez parlant d’une société ou l’origine ethnique est un frein à l’embauche. En 2012, 16,9 % des immigrés étaient au chômage soit 8 points que la part des non immigrés : 9,1 %. La sous-qualification des immigrés et les emplois qu’ils occupent n’expliquent pas à eux seuls ce différentiel. En effet, l’écart est marqué chez les plus diplômés : le taux de chômage des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur représente le double de celui de leurs homologues non-immigrés. Et quand on regarde de plus près la situation, les chiffres sont assez parlants pour se passer de tout commentaire. Les immigrés non originaires de l’Union européenne ont un taux de chômage encore plus élevé (20,2 %) alors que celui des immigrés natifs d’un pays de l’Union européenne à 27 est identique à celui des non-immigrés (9,1 %). Pas étonnant de constater amèrement la démobilisation et même la défiance des jeunes des quartiers à forte majorité maghrébine face à l’école comme puissance motrice de l’ascenseur social.

Alors si le retour au bled s’impose pour les uns, la tentation de traverser la Manche ou même l’Atlantique n’est plus un épiphénomène mais tend à se banaliser.

MAL LOTIS ?
Cette expression qui date de 2004, émane du Haut Conseil de l’Intégration. Elle fait état de l’incurie de l’Etat français à gérer le sort de ces milliers de retraités qui ont donné la force de leur âge pour reconstruire ce pays. Si la reconnaissance par voie politique n’est point d’actualité, rendez-vous devant les tribunaux. Le verdict du Conseil prudhommal de Paris à l’encontre de la SNCF en dit long sur les injustices subies par cette foule silencieuse. Toujours est-il que la France compte aujourd’hui quelque 850 000 Chibanis dont 70 % sont d’origine maghrébine. 350 000 ont plus de 65 ans et ils sont nombreux à se battre encore et encore contre les discriminations. Embauchés avec des contrats de travail particuliers avec, à la clef, des droits à la retraite sous-estimés, ils sont en situation de souffrance voire de détresse sociale. Les procédures de naturalisation étant souvent ralenties par une administration tatillonne, ils ont beaucoup de mal à faire valoir leurs droits.

A la lecture de ce tableau fort peu reluisant, que l’on soit femme, jeune diplômé ou chibani, les Marocains sont ils pour autant si mal lotis ? La réponse est loin être catégorique. De belles réussites, discrètes, sont à mettre sur les tableaux d’honneur des deux pays. Les Marocains ou français d’origine marocaine se fondent dans le paysage de leur pays d’accueil ou deuxième pays tout court. Structures socioprofessionnelles, comportement démographique, civisme, ils sont présents et actifs sans pour autant sentir le besoin d’être remuants.

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