Industrie agroalimentaire: Performances moyennes…

L’agroalimentaire est l’une des valeurs sûres du Maroc à l’export. Ce secteur clé (137.535 emplois), qui dégageait un excédent de 2,4 milliards de dirhams  Mds Dhs) en 2004 est devenu en l’espace de dix ans déficitaire du même montant. 

Le dynamisme dont a fait preuve l’agroalimentaire au cours de la dernière décennie s’avère limité. En effet, si les entreprises marocaines ont pu doubler leurs expéditions vers l’étranger entre 2004 et 2014, les importations ont, quant à elles, plus que triplé, passant de 7,8 Mds Dhs, en 2004, à 24,3 en 2014. Ce renversement de situation trouve son explication dans le manque d’innovation et de diversification que connaît l’offre exportable marocaine. En effet, tout au long de la derrière décade, les exportations ont très peu gagné en termes de diversification. Leur structure est restée la même depuis dix ans avec une prépondérance pour les produits halieutiques (52%). Il n’est donc pas étonnant de constater que les produits traditionnels tels que les conserves de poisson pélagiques et les conserves de fruits et légumes, ne sont plus suffisants pour assurer l’équilibre de la balance alimentaire. Et ce qui complique davantage la donne est que l’offre exportable pâtit d’un énorme manque en matière de diversification des débouchés. L’industrie agroalimentaire demeure fortement dépendante du marché européen qui a atteint sa maturité. D’où les risques induits par une saturation programmée et la nécessité de se soustraire de cette dépendance. « Si l’Europe est un client historique du Maroc, il n’est pas le marché idéal pour ses produits », s’alarment les professionnels de la filière. Et ce, du fait qu’il s’agit d’un marché « mature avec un potentiel de croissance limité sur bon nombre de produits », peut-on lire dans une étude de la Fédération nationale de l’agroalimentaire (FENAGRI). D’autant plus qu’il est très difficile pour l’industrie agroalimentaire (IAA) marocaine de se contenter des Européens comme principaux clients et de faire face, au même temps, à leur concurrence. En effet, si l’Europe achète nos conserves de poisson et de fruits et légumes, elle demeure un redoutable concurrent du Maroc. Car elle est dotée d’industries alimentaires puissantes ayant développé de fortes marques. Indépendamment du fait que la balance commerciale avec l’UE reste excédentaire au profit du royaume, cette situation est à prendre avec précaution. La preuve : les ventes marocaines stagnent sur le marché européen autour d’1,1 milliards d’euros et le taux de couverture des importations a baissé de 198% en 2000 à 131% en 2014. Ce qui revient à dire que l’on importe, proportionnellement aux exportations, beaucoup plus en 2014 qu’en 2000. À tous ces enjeux présentés par le marché européen s’y ajoutent, également, bien d’autres menaces émanant, cette fois, de la part d’autres concurrents tels que la Turquie. L’origine turque intègre la case des premiers fournisseurs de l’Europe, puisque ses exportations restent très compétitives comme en témoigne l’augmentation spectaculaire de leurs expéditions vers le marché européen qui a été de l’ordre de 49% entre 2009 et 2014.
Les malheurs des ALE
Alors que l’on souhaitait faire bénéficier le tissu national des opportunités que pouvaient offrir les accords de libre-échange (ALE), ces derniers ont, par contre, retourné la balance commerciale ou accéléré le déficit commercial. L’évolution de la balance alimentaire avec les partenaires avec qui l’on a paraphé ces accords illustre bien la somme de nombreux gaps. Et l’exemple le plus éloquent de l’effet pervers des ALE sur l’évolution des échanges est à situer au niveau du marché des USA. Ces derniers ont passé d’un excédent de 338 MDH, en 2000, à plus de 3,3 milliards de déficit de nos jours. En ce qui concerne l’Egypte, les Émirats Arabes Unies et la Tunisie, le Maroc qui était excédentaire, en 2000, avec, respectivement, 5 MDH, 8 MDH et 41 MDH est devenu déficitaire en 2014 avec tous ces pays avec, respectivement, 662 MDH, 167 MDH et 49 MDH. Eu égard à ces statistiques alarmantes, il est plus que jamais temps de revoir de fond en comble ces accords et leur impact sur la balance commerciale mais aussi sur la compétitivité des entreprises nationales.
Cette dernière se trouve déjà mise à mal par un prix de revient des produits alimentaires qui reste élevé… Cela sans parler du déficit en termes d’offre produits vu que « l’industrie marocaine de produits alimentaires a du mal à innover ».
Panne d’innovation
Malgré la dynamique insufflée par le Plan Maroc Vert qui a commencé à porter ses fruits, le secteur n’arrive toujours pas à capitaliser sur cette dynamique pour permettre plus de transformation de la production agricole. La cause est imputable au déficit constaté en terme d’intégration avec l’amont agricole, pour développer une industrie de la 1ère et 2ème transformation. Cette intégration avec l’amont agricole devrait être le noyau dur de la stratégie du secteur en cours d’élaboration et sur laquelle travaillent actuellement la FENAGRI avec les départements de l’Industrie et de l’Agriculture. Une étude devrait être lancée, par le département de M.H. Elalamy pour la définition d’une nouvelle stratégie de développement de l’IAA et l’élaboration d’un projet de contrat-programme qui portera sur la période 2015-2020. L’objectif étant de restructurer l’IAA en écosystèmes performants permettant plus d’intégration du secteur avec l’amont agricole avec une meilleure convergence du plan d’accélération industrielle et le PMV. À l’heure où le ministre de l’Agriculture annonce l’amorçage de la deuxième phase du PMV, axée sur la transformation industrielle des produits de l’amont agricole, les professionnels, restent dans l’attente de ce contrat-programme qui n’est pas prêt de voir le jour vu la lenteur administrative et institutionnelle.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus