Internationalisation des banques marocaines: Les big three s’exportent

0 196

Largement dominé par les banques européennes jusqu’à la fin des années 1990, le secteur bancaire africain est en pleine mutation. A côté d’acteurs traditionnels, des groupes régionaux émergent et se muent progressivement en véritables groupes bancaires panafricains. Ces banques, qu’elles soient locales, régionales ou continentales, affichent une stratégie de développement plus agressive. Elles cherchent à pénétrer de nouveaux segments de marché et à toucher des cibles jusque-là exclues du système bancaire. Elles multiplient les agences, déploient des services innovants et à bas coût, mieux adaptés aux populations peu bancarisées. L’accès aux services bancaires progresse, la banque de détail et le financement des petites et moyennes entreprises se développent. Cela ne va pas sans risque pour nombre d’institutions qui n’ont pas la taille critique des géants mondiaux. Small is buetiful. Une réalité qui prend de l’ampleur. Même si le total des actifs détenus par les 200 plus grandes banques africaines atteint à peine les 1000 milliards de dollars, poids négligeable comparé aux 96 000 milliards de $ détenus que pèsent les 1000 plus grandes banques mondiales (la plus grande banque d’Afrique, la Standard Bank en Afrique du Sud, est 24 fois plus petite que la première banque du monde JP Morgan). Quoique le système financier africain, très fragmenté et hétérogène ; évolue rapidement, il reste caractérisé par  une division géographique importante. Du fait de l’histoire et de la question de la langue, les cinq principales régions, à savoir l’Afrique du Nord (Maghreb et Egypte), l’Afrique francophone, l’Afrique du Sud, le Nigéria et le reste de l’Afrique anglophone,  sont longtemps restées très distinctes. A cela s’ajoute la faible bancarisation des Africains, seule une personne sur 10 est bancarisée. Pis, le taux de bancarisation n’excède pas les 5% dans l’Afrique sub-saharienne.   De cet état de fait, le secteur bancaire africain devrait continuer d’offrir un potentiel de développement important.  Les perspectives sont multiples : des segments de marché restent à explorer (crédit immobilier, financement agricole, monétique, etc.), et la plupart des financements importants échappent encore au secteur bancaire local (infrastructures, mines et hydrocarbures, commerce international, etc.). Cela sans évoquer les synergies avec les autres acteurs de marché insuffisamment exploitées (marchés boursiers, fonds d’investissement, fonds de garantie, assurance, microfinance, etc.). Dès lors, l’Afrique anglophone et francophone demeurent totalement déconnectées ou presque. C’est dans cet environnement là que les banques marocaines ont tenté leur chance. A leurs risque et péril.

EXPANSION PAR ACCOMPAGNEMENT
A l’échelle nationale, la libéralisation financière engagée par les autorités marocaines a impulsé la concurrence et ouvert la sphère financière aux banques étrangères venant s’associer aux banques privées locales. Cette concurrence acerbe s’est traduite par un écrasement des marges bénéficiaires. L’expansion ne pouvait se faire, en attendant la maturité pleine du marché domestique, que via une  ouverture sur l’étranger, en particulier, sur l’Afrique. Cette ouverture a été également encouragée par les politiques de privatisation et les mesures de déréglementation et de restructuration du secteur bancaire devenu désormais suffisamment rentable pour attiser l’appétit des banques marocaines.  S’y ajoute l’élan  d’intégration régionale initié par le Roi, là où les banques constituent un catalyseur essentiel  dans l’accompagnement des clients et investisseurs marocains. Dans un sens, le processus d’internationalisation et d’ouverture de l’économie marocaine sur les pays de l’Afrique, est du pain béni pour les institutions bancaires qui plus est profitent d’une couverture politique. Les grandes entreprises qui se sentaient à l’étroit, au même titre que les institutions bancaires, ne pouvaient passer à côté de l’aubaine africaine. Les grandes banques marocaines qui ont joué le jeu accompagnent une bonne partie des activités internationales de commerce et d’investissement tout en profitant de ce qu’on appelle les avantages à la localisation que présentent cet espace économique.De ce fait, tout en diversifiant leurs opérations, les banques marocaines,  désormais mieux organisées et plus innovantes, rattrapent leur retard et devancent même leurs homologues des pays du Nord, en s’appuyant sur leurs réseaux d’agences, qui se densifient rapidement – assurant de ce fait l’évolution du niveau général de bancarisation en Afrique. Les produits sont toujours plus nombreux et plus modernes : monétique, banque par Internet ou par téléphone mobile. Elles visent les mêmes cibles, du particulier à la grande entreprise, soucieuses de conquérir des parts sur des marchés très peu développés où chaque intervenant est contraint de travailler avec toutes les clientèles. Attijariwafa Bank (ATW), BMCE Bank et la Banque centrale populaire (BCP) sont désormais des acteurs incontournables du paysage bancaire africain. Grâce à leurs acquisitions entamées en 2005, elles ont pu se tailler une position de leader et ont surtout su profiter de la croissance offerte par le marché africain souvent assimilé à la dernière frontière de la croissance.

UNE CIBLE AFRICAINE
Dans cet environnement très compétitif, les banquiers marocains développent des stratégies visant à capter de nouveaux flux financier à même d’accompagner leur expansion dans le continent, à savoir l’ouverture d’antennes dans les plus grandes places financières internationales qui cherchent des partenaires fiables pour mieux rebondir en Afrique où l’Empire du Milieu s’échine à renforcer ses posistions.   L’Afrique est au cœur de la politique de développement des banques marocaines qui souhaitent  renforcer davantage leurs  positions sur un continent de près d’un milliard d’âmes, et riche en ressources naturelles.  Dans cet objectif,  la mission première des différentes structures basée dans les pays développés ou en voie de l’être, consiste à développer les activités de banque d’affaires, afin de disposer d’une ingénierie financière destinée à intervenir sur des projets d’infrastructure porteurs.  Ces postes avancés des groupes bancaires  entendent s’impliquer en amont sur les transactions nécessitant un conseil ou un accompagnement des investisseurs internationaux qui désirent se positionner au Maroc ou dans la région de l’Afrique subsaharienne et en Afrique de l’Ouest. Ceci étant, et sans pour autant attendre l’arrivée effective de ces partenaires, Bank of Africa, Atlantic Business Group ou encore ATW et ses filiales africaines  ne campent pas sur leurs positions, elles se déclarent  décidées à poursuivre leurs africanisation, en étendant leurs présence à des zones jusque-là non couvertes, comme l’Afrique anglophone et lusophone.Une  évolution naturelle dans la mesure où ces banques n’ont d’autre choix que de croître pour continuer d’exister. Car les marchés africains constituent un relais essentiel de croissance. Outre la nécessité de développer des rendements d’échelle afin d’être compétitives, elles doivent atteindre une taille critique pour être en mesure de diversifier les risques, à la fois sectoriels – en réduisant la concentration de leurs portefeuilles -, et pays – en ouvrant des filiales hors de leur implantation d’origine. De plus,  ces établissements ont une meilleure compréhension des besoins des opérateurs économiques locaux, et sont davantage en mesure d’innover pour adapter leur offre et pénétrer de nouveaux segments de marché.
Au-delà de l’expertise et des ressources qu’elles apportent, ces banques demeurent indispensables pour financer les grands investissements, les opérations de commerce international et, de manière générale, pour faire le pont entre l’Afrique et les autres continents. Bref, le secteur bancaire traduit dans les faits la réalité géostratégique du Royaume ; la porte d’entrée pour le Continent noir.

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus