Je suis Charlie!!

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’inspirant des faits d’actualité qui ont secoué le monde lors des dernières semaines de l’année écoulée, j’étais tenté d’écrire une chronique que j’avais choisi d’intituler « Qu’est-ce qu’on a fait à Allah». Que ce soit en Algérie, en Syrie, au Canada, en Irak, en Australie, au Yémen ou à Strasbourg, et la liste est longue, j’avais la nette impression que tous les tarés de la planète se sont donnés rendez-vous pour nous pourrir la vie au nom d’Allah. Je revoyais pour cela, la Une de Charlie hebdo avec sa couverture de Mahomet qui se tient la tête en se disant : c’est dure d’être aimé par des cons ».

Si la trêve des confiseurs est une tradition de ce côté-ci de la Méditerranée, pour les idiots qui ont perverti le texte coranique pour en faire un permis de tuer, c’était le moment de faire parler d’eux. Le climat devenait anxiogène : toute face basanée devenait dans les yeux des idiots illettrés des terroristes en puissance. Comme bon nombre de mes concitoyens, on était loin, très loin d’imaginer les effroyables heures du mercredi 7 janvier et la folle fin de semaine qui a suivi avec son mélange d’effroi, de recueillement et de moments de grâce et de communion.

La profonde affliction et la rage impuissante qui m’ont envahi n’ont d’égales que celles ressenties le 16 mai 2003, cette nuit bleue où le blanc de Dar el Beida a été entaché de sang. Dans ma tête une seule question revenait sans cesse : Pourquoi Charlie Hebdo ?

Comme tout le monde, je sais que la France est en guerre sur plusieurs fronts contre les Djihadistes, mais j’ai oublié comme tout le monde que sur la tête de Charlie, une Fatwa court toujours. Happé par le quotidien, on s’habitue presque aux images furtives et révoltantes de l’horreur vécue par les Palestiniens, les Irakiens, et autres Syriens qui nous sont si proches. La multiplication des barbes qui fleurissent et les chevelures qui se drapent de noire commençaient à faire partie du paysage d’une société cosmopolite. Quoi que l’on dise, la France est une terre d’accueil et de tolérance. Mais c’est oublier que, même affaibli, l’hydre est toujours tapi dans la pénombre.
Quand les balles ont décimé des plumes de grande valeur au seul motif qu’ils sont journalistes, que l’identité des terroristes dévoilée, c’est une autre histoire qui commence. Que se passera-il demain dans la rue, au travail…autant de questions, autant d’angoisse. Mais que valent-ils face au chagrin des familles et des proches de ces compagnons de route ?

Attristé comme des millions de mes concitoyens, j’ai été ému aux larmes. J’ai arboré des jours durant mon identification à Charlie que j’ai longuement expliquée à mes élèves lors d’exceptionnels et riches moments d’échange. J’ai battu le pavé dans le froid. Je me suis inquiété de l’avenir de Charlie hebdo, impatienté de la sortie du nouveau numéro et félicité de l’engouement qu’il provoque chez les hommes libres d’esprit. Et pour les obscurantistes de tout bord.

Comme des dizaines de milliers de Franco-marocains, j’ai guetté la position officielle comme celle de la rue de mon pays d’origine. Je me suis félicité de la condamnation au sommet de l’Etat et de la solidarité de quelques organes de presse et des amoureux de la liberté d’expression, mais je suis pour le moins perplexe face à l’attitude de la délégation marocaine lors de la manifestation de Paris. A moins d’être en Corée du Nord ou toute autre dictature similaire, je ne pense pas qu’il soit possible de contrôler les affiches d’une manifestation populaire dont le principal mot d’ordre était la liberté d’expression. Et franchement, je ne vois pas où est l’injure dans les dessins de Charlie contre l’Islam ou son prophète. Décidément à chacun son humour !

Pour finir, une pensée à toutes les victimes de ces attentats morts dans l’accomplissement de leurs devoirs ou pour leur confession.
Quant aux terroristes…… qu’ils aillent au diable. Leur entreprise a échoué, Charlie jadis au bord de l’asphyxie vivra à jamais…

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