La CDT au chevet de la Samir: Et si on renationalisait ?

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Le Secrétaire général du syndicat du pétrole et du gaz, Houssine  El Yamani, apporte un autre éclairage sur les risques liés à l’extinction de la Samir. Dégoupiller la crise pourrait passer par la renationalisation. Piste crédible?

PERSPECTIVES MED : VOTRE BUREAU SYNDICAL A TENU PLUSIEURS REUNIONS DERNIEREMENT, QUELLES SONT LES CONCLUSIONS QUE VOUS AVEZ TIREES ? QUI EST LE RESPONSABLE DE LA SITUATION ACTUELLE ?
Houssine El Yamani : Nous considérons que l’Etat et l’actionnaire principal se partagent la responsabilité concernant la crise de la Samir. Le premier, parce qu’il n’a pas assumé sa responsabilité de contrôle de l’exécution du cahier de charges de la privatisation, mais également de celui de la convention d’investissement signée en décembre 2004. Les responsables ont vendu le secteur en adoptant une logique de laisser faire jusqu’au jour où ils se sont réveillés sur un problème qui a pris d’autres dimensions. De l’autre côté, l’actionnaire principal s’était engagé de ramener des capitaux et les injecter pour la modernisation de l’outil de raffinage. Ce qui n’a pas été fait. Pis, il ne s’est pas contenté d’un recours aux capitaux propres de la société et a opté pour des crédits colossaux pour financer les plans d’investissement. Voilà pourquoi nous demandons à ce que l’Etat avoue son échec en ce qui concerne la privatisation de la Samir. Pour nous, la seule solution de cette crise et le retour de l’Etat dans le capital de la Samir pour intervenir dans la gestion. Et ce, dans une sorte de renationalisation partielle ou totale à travers laquelle il peut assurer son rôle de contrôle d’une manière absolue sur l’exécution de la politique nationale en ce qui concerne le raffinage et l’approvisionnement du marché national en produits pétroliers. Et aussi imposer à toutes les parties d’exécuter leurs engagements.
S’agissant du trou financier existant actuellement à cause de l’endettement inouï et qui peut avoir des conséquences néfastes sur les créanciers notamment les banques nationales mais également sur l’Etat à travers la TIC (la taxe intérieure sur la consommation). Le seul qui peut assurer le recouvrement de ces créances est l’Etat. Ce dernier ne peut agir que s’il opère un retour dans le capital de la Samir.
DANS UN COMMUNIQUE QUE VOUS VENEZ DE PUBLIER, VOUS APPELEZ LE GOUVERNEMENT A ASSURER SA MISSION DE REGULATION. N’EST-IL PAS LE CAS ?
H.E : Nous ne cesserons de réitérer notre doléance en ce qui concerne la régulation du secteur. Il doit y avoir un gendarme du secteur. Autrement dit, le gouvernement doit légiférer pour instituer une agence nationale de régulation de l’approvisionnement du marché national en hydrocarbures. Cette agence devra donner la priorité au produit national et assurer le complément pour combler le déficit structurel à travers l’importation. C’est la seule issue pour cette crise. Et ceux qui prétendent que le Maroc peut balancer totalement et se contenter de l’importation du produit finis mettent en jeu le futur du Maroc. Parce que même si les conditions du marché sont favorables aujourd’hui avec un prix du baril oscillant entre 40 et 50 dollars, le pays risque de payer cher toute fluctuation à la hausse. D’autant plus que l’industrie génère des emplois, et qui dit industrie dit également création de plus-values et de richesses. Chose que l’importation ne peut permettre. Loin de l’Etat et de son rôle, il se peut que ces groupes d’influence qui prétendent que l’importation est la solution, changent d’idée s’ils avaient leur part dans le capital de la Samir.

QUELLES SONT, SELON VOUS, LES PISTES DE SOLUTION ?
H.E : Pour résoudre l’équation Samir, il n’y a pas mille et un chemin. Il y a deux solutions possibles : A l’amont et en aval. Pour ce qui est de la première, il faut apporter des capitaux capables de couvrir les dettes et assurer l’approvisionnement. Aujourd’hui, on parle de 45 Mrds Dhs de dettes et l’ardoise ne cesse de s’alourdir avec les pénalités, les intérêts de la dette, mais aussi les surestaries appliquées pour chaque retardement de livraison. En plus d’un rétablissement de la confiance auprès des banques pour qu’elles ouvrent les vannes pour assurer l’approvisionnement. S’agissant de la solution en aval, cette dernière est dans le marché.

COMME QUOI ?
H.E : Il faut assurer à la raffinerie une part de marché stable. Parce que si on continue ce bras de fer avec les distributeurs, le dumping persistera. Un projet de loi doit garantir à la raffinerie une part de marché stable en parfaite adéquation avec sa performance et sa rentabilité. La raffinerie peut arriver à produire jusqu’à 10 millions de tonnes par an. Ce qui veut dire que la Samir doit avoir une part de marché oscillant entre 70 et 75% du volume de consommation nationale. Mais tout réside dans la compétitivité. D’autant plus que la raffinerie ne peut avoir d’avantage comparatif qu’en travaillant à plein régime, soit la seule manière de minimiser les coûts et réaliser des économies d’échelle. D’ailleurs, c’est la cause pour laquelle a été fermée la raffinerie de Sidi Kacem dont la capacité de production n’excédait pas les 2 millions de tonnes et par conséquent ne permettait pas une minimisation des coûts. On l’avait fermée en 2008 et on a augmenté la capacité de celle de Mohammedia à 10 millions de tonnes. Il faut également souligner que la convention d’investissement signée en 2004 comporte un alinéa selon lequel la permission d’importation ne peut être délivrée que si la Samir s’avère incapable de produire. Pour que la raffinerie puisse être rentable et compétitive, elle doit travailler à pleine allure. Pour qu’elle marche à pleine allure, elle doit avoir un minimum de marché. Ce dernier pour l’assurer, il faut qu’il ait un gendarme du secteur pour définir les parts entre elle et les distributeurs. Quand tu m’auras donné cette visibilité, je peux aller chercher des capitaux et rembourser les dettes… En ce qui concerne le gasoil la Samir, même en plein régime, ne peut pas couvrir les besoins du marché national car elle a un déficit structurel. Déficit de capacité de production. De l’autre côté, nous avons un excédent structurel du super (essence). Si le gouvernement opte pour une politique incitative à la consommation de l’essence à travers la TIC on pourrait ainsi combler le déficit du gasoil. Et de cette manière, on n’aura pas une double importation (importation du produit brut et importation de gasoil produits finis) et on pourrait même exporter le naphta (naphtalène ou naphtaline). En ce qui concerne cette dernière il y a un autre projet qui devait voir le jour. Un complexe de pétrochimie qui a une valeur ajoutée plus importante que celle de la raffinerie.
Il faut rappeler que d’après le cahier des charges de la privatisation, un investissement de 5 milliards de dirhams devait être exécuté en 1997 et 2002. Parce que l’Etat marocain avait signé des accords avec l’UE et devait se conformer à ses normes. On faisait du gasoil 10000 ppm. L’Etat était alors incapable de mettre en place les investissements nécessaires et a fini par céder le terrain au secteur privé. Corral devait ramener les capitaux nécessaires pour cet investissement. Chose qui n’a jamais eu lieu, mais l’Etat qui n’a pas fait de contrôle est aussi responsable. L’incendie de 2002 avait remis en surface cet investissement. Avant novembre 2002, en juin, Abraham Serfati avait soulevé la question en estimant qu’il était plus que jamais nécessaire de moderniser la machine conformément aux cahiers des charges. Mais personne ne nous a entendus. Ce n’est qu’à partir de 2002 qu’ont commencé les pourparlers pour la réalisation des investissements devant s’effectuer entre 1997 et 2002. Les négociations ont abouti à la convention d’investissement de 2004. Quand Saaïdi (2001-2004) est parti, il avait laissé plus de 2 milliards d’excédents.

L’ARRET ACTUEL DU RAFFINAGE N’AURA-IL PAS UNE INCIDENCE SUR L’APPAREIL DE PRODUCTION ?
H.E : l’appareil de production est vraiment sous la menace d’incident. Une machine en arrêt doit être graissée pour permettre sa lubrification et doit passer par des tests de redémarrage avant de se remettre marche. En ce qui concerne le raffinage, il se peut qu’il y ait des problèmes dans l’arrêt et dans le démarrage. Quand la machine est sur une allure normale (surtout si ses canaux sont pleins) à plein régime c’est notre plus beau jour. Quand la machine est en arrêt il y a la corrosion externe et interne aussi. Pour éviter les dégraissions de l’appareil de production nous demandons le démarrage imminent. Actuellement, nous sommes otages d’un différent entre l’Etat marocain et l’investisseur principal. L’Etat a décrété un embargo. Deux bateaux ont été interceptés et par conséquent la Samir aura à payer des surestaries. Pour chaque livraison retardée la Samir débourse entre 400000 et 500000 dirhams. Est-ce que l’Etat veut tuer la Samir avec cet embargo ? Si c’est le cas alors il doit sortir une décision claire et courageuse selon laquelle nous n’avons pas besoin de raffinage et qu’ils viennent perquisitionner la société. Nous disons qu’il faut traiter le problème à part et laisser l’appareil marcher. De cette manière, on pourrait éviter le problème du personnel et aussi rembourser les dettes. Et si on stoppe la production tout le monde aura à subir les conséquences. L’Etat peut à travers ses créances entrer dans le capital de la Samir en tant qu’actionnaire. La machine n’a pas de pitié, son entretien peut donner lieu à de nouveaux incidents. Rappelons qu’un communiqué daté de 2004 du syndicat disait que si on n’arrivait pas à trouver une solution entre le raffineur les distributeurs et l’Etat marocain, le secteur se dirigera frontalement vers l’impasse. Plus de 1000 d’emplois directs, 5000 emplois permanents des sociétés de sous-traitance et lorsqu’on sait qu’il y a un arrêt général les 5000 s’élèvent à 7500. Sans oublier les retraités de Samir qui ont beaucoup d’avantages liés à la société. Nous n’avons pas de couverture médicale à l’image de l’AMO ou du RAMED. Nous avons une assurance facultative beaucoup plus avantageuse. Donc dès demain, ces gens n’auront pas de couverture médicale parce que c’est la Samir qui paye la cotisation à la société d’assurance.

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