La communauté internationale réussira-t-elle à brider les ardeurs de Tel-Aviv ?

L’émissaire de l’ONU pour le conflit au Proche-Orient, Nickolay Mladenov, a exhorté Israël à « abandonner ses menaces d’annexions » et les dirigeants palestiniens à « reprendre des discussions avec tous les membres du Quartette » (Etats-Unis, Russie, Union européenne et ONU). Réussira-t-il pour autant à convaincre les Palestiniens aigris par la mort du processus d’Oslo et sa mise en bière par les Etats-Unis qui, en contrepartie, offrent un « Deal du siècle » taillé sur mesure pour servir et valoir le dessein sioniste au détriment des droits historiques du peuple palestinien ? 

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La communauté internationale réussira-t-elle à brider les ardeurs de Tel-Aviv ?

Toute prête à croire que les lourdes menaces que fait peser le fumeux « Deal du siècle » US sur le fait national palestinien vont faciliter davantage la réconciliation inter-palestinienne en panne depuis des années. Parmi les facteurs encourageants, la décision annoncée par l’Autorité palestinienne de suspendre les accords sécuritaires, entre autres, avec les Américains et les Israéliens. Avec un front uni, les Palestiniens pourraient bloquer les plans israéliens. La communauté internationale tente de contenir la politique annexionniste que le nouveau gouvernement israélien voudrait hâter quitte à faire embraser la région.  

« J’appelle mes collègues du Quartette à travailler avec l’ONU et arriver rapidement à une proposition qui lui permette de jouer son rôle de médiation et travailler conjointement avec les pays de la région pour faire avancer la paix », a-t-il ajouté, mercredi, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU. Tout en précisant qu’il s’entretiendrait jeudi avec les dirigeants palestiniens sur les conséquences pratiques de cette annonce, qui n’ont pas été précisées par Mahmoud Abbas. « L’annexion de zones en Cisjordanie (…) représenterait une très grave violation du droit international et porterait un coup dévastateur la solution des deux États », a poursuivi l’émissaire de l’ONU. Elle « fermerait la porte à une reprise des négociations et menacerait les efforts visant à faire avancer la paix régionale et nos efforts plus larges pour maintenir la paix et la sécurité internationales », a-t-il averti.

L’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft, a souligné de son côté qu’une solution ne pouvait passer que par une réunion des deux parties à une même table de négociations.« Ce dont nous avons besoin maintenant, si nous espérons faire un premier pas dans la bonne direction, c’est que les parties s’assoient à une même table. Ce Conseil ne peut pas dicter la fin du conflit. Nous ne pouvons qu’encourager les parties à déterminer ensemble ce qu’elles veulent pour faire des progrès », a-t-elle dit. La diplomate a une nouvelle fois incité les Palestiniens à saisir l’opportunité du plan de paix proposé par les Etats-Unis mais qu’ils ont catégoriquement rejeté.

Parmi les interventions, plusieurs membres du Conseil comme l’Indonésie ou les pays européens ont mis en garde Israël contre ses projets d’annexions.Dans une déclaration commune, la France, la Belgique, l’Allemagne et l’Estonie ont réaffirmé qu’ils « ne reconnaîtraient aucun changement de frontières définies en 1967, sauf s’il est décidé par les Israéliens et les Palestiniens ». « Nous exhortons fermement Israël à s’abstenir de toute décision unilatérale qui mènerait à une annexion d’un territoire palestinien occupé et qui serait alors contraire au droit international », ont ajouté ces pays en réaffirmant leur attachement à la solution de deux États, seule capable d’apporter la paix dans la région, selon eux. Les diplomates européens ont rappelé à Israël le bien-fondé des frontières tracées en 1967, et l’ont prévenue que toute annexion serait sanctionnée. « Nous conseillons vivement à Israël de ne pas prendre de décision unilatérale qui mènerait à l’annexion de n’importe quel territoire palestinien occupé. Et qui serait, en l’état, contraire au droit international », explique Marc Pecsteen, l’ambassadeur belge. Toute annexion, même avec le soutien des États-Unis, obligerait le Conseil de sécurité à réagir par une résolution, selon certains diplomates, qui rappellent par ailleurs que la solution à deux États a bien été reconnue par une autre administration républicaine, par le passé, celle de George Bush en 2004. 

Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Yves Le Drian, s’est également exprimé à ce sujet. À ses yeux, l’entrée en fonction du gouvernement israélien représente une menace d’une annexion partielle de la Cisjordanie à brève échéance, comme le prévoit le Deal du siècle. Une décision extrêmement dommageable, inacceptable pour la France. 

Le ministre français des Affaires étrangères précise également qu’un contact avec les pays arabes, en particulier la Jordanie et l’Égypte, pays signataires des accords de paix avec Israël, a déjà été fait. Cela afin qu’ils passent eux-mêmes des messages au gouvernement israélien. 

Un sécuritaire israélien sort de l’ombre

En Israël même, il faut dire que la politique annexionniste excipe, pour de nombreux politiques et sécuritaires, de nombre de difficultés. L’ancien patron du service de sécurité du Shin Bet a déconseillé jeudi de procéder à une annexion unilatérale de certaines zones de la Cisjordanie. Il a affirmé qu’une telle décision pourrait déstabiliser la région.

« Si l’annexion a lieu, dans les premières phases, je n’annexerais que les blocs [d’implantations] et je transférerais aussi des parties des zones A et B aux Palestiniens », a déclaré Yoram Cohen à la Radio de l’armée, en référence aux deux zones qui représentent 40 % de la Cisjordanie. La Zone B est sous contrôle militaire israélien, mais sous contrôle civil de l’Autorité palestinienne (AP). La Zone A relève entièrement de l’AP.

« Une décision unilatérale pourrait nuire à la situation sécuritaire en Cisjordanie et à la paix avec la Jordanie », a-t-il souligné ce sécuritaire qui a dirigé le Shin Bet de 2011 à 2016.« Selon l’accord de coalition conclu entre le parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz de Kakhol lavan, le nouveau gouvernement pourra procéder à l’application de la souveraineté israélienne sur les implantations et la vallée du Jourdain dès le 1er juillet.

En attendant, Tel-Aviv maintient la pression sur les Palestiniens, comme sur les pays de la région pour faire avancer, sous supervision US, ses pions. Tout récemment, une mise en garde a été adressée à Beyrouth pour démanteler l’arsenal balistique du Hezbollah. B. Netanyahu serait-il tenté par une nouvelle confrontation avec le Liban, comme l’y poussent nombre de faucons qui y voient la meilleure occasion pour brider les capacités militaires du Hezbollah ?

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