La crise syrienne examinée à Genève: Mission impossible pour l’ONU?

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A l’heure où de difficiles pourparlers se poursuivent à Genève sous l’égide de l’ONU, la crise syrienne prend une autre tournure avec la mise en pratique de l’accord de coopération militaire irako-syrien, béni par Moscou et Téhéran, avec le bombardement de l’aviation irakienne d’un rassemblement de Daech dans la région de Boukamal.
Si cet accord est loin d’avoir exprimé tout son potentiel sur le terrain, la bataille de la reprise de Ninive n’étant pas encore achevée du côté irakien, ce qui est certain c’est que les prochaines semaines apporteront leur lot de surprises.
En attendant, le danger Daech est encore loin d’être circonscrit comme le démontrent les deux attentats sanglants qui ont eu lieu, vendredi, à la frontière jordano-irakienne et dans la banlieue d’Al-Bab, localité de laquelle le groupe terroriste avait annoncé son retrait. Et c’est ce dernier qui s’est révélé le plus sanglant avec comme bilan 47 morts, dont deux soldats turcs, et des dizaines de blessés parmi les milices appuyées par Ankara dans le cadre de l’opération Bouclier de l’Euphrate.
A Genève, si la rencontre de jeudi est vue comme une prouesse réalisée par l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, en réussissant à mettre les délégations de Damas et le groupe de rebelles appuyés par Riyad, nul observateur n’aura manqué la faute diplomatique (voulue ?!) par Staffan de Mistura qui s’est précipité de saluer la délégation des rebelles à l’issue de la rencontre… Poussant la délégation syrienne, conduite par Bachar Al-Jaafari, ambassadeur syrien auprès de l’ONU, à quitter la salle en signe de protestation.
Un malaise qui n’a pas empêché la réunion de vendredi de démarrer avec la rencontre de la délégation officielle syrienne avec de Mistura au terme de laquelle un document fait de propositions leur a été soumis. Si rien ne filtre sur la teneur dudit document, la réponse de Damas ne saurait attendre, comme l’a rappelé B. Al Jaafari au moment jugé opportun.
Si les différents protagonistes du conflit syrien se sont réunis autour d’une même table pour la cérémonie de bienvenue, les négociations directes ne sont apparemment pas à l’ordre du jour. D’où le commentaire de S. de Mistura que assurait ne pas s’attendre « à un miracle.
Nous devons surmonter une lourde tâche. Ça ne sera pas facile, il y a de la tension et des souffrances, mais nous devons faire de notre mieux ». Le miracle n’a pas eu lieu à Genève puisque le dialogue direct tant espéré n’a pas eu lieu. Plus, les oppositions syriennes, dans leur multiplicité, compliquent la tâche. Car au-delà du traditionnel Haut Comité des négociations (HCN), deux autres groupes opposants, appelés « plateforme de Moscou » et « plateforme du Caire » n’ont toujours pas été entendus par l’émissaire onusien. Pour ces deux plateformes, la même vision se dégage, avec comme priorité la fin de la guerre, alors que le HCN voit que la Syrie du futur se fera sans le régime actuel. Autant dire le groupe de Riyad sert de porte voix à la diplomatie wahhabite qui s’accroche au départ du Président Assad.
Le dossier reste assez compliqué pour les démarches diplomatiques actuelles. D’autant que les Kurdes n’ont toujours pas bénéficié de la même attention alors qu’ils sont épaulés sur le terrain, dans la guerre qu’ils livrent à Daech, par les Américains.
Le véto d’Ankara trouve-t-il une caisse de résonance au sein de l’ONU ? Quoi qu’il en soit, il faut dire que Moscou qui s’est impliquée directement dans la gestion du conflit syrien ne se lassera jamais de répéter à l’envi son soutien à la stabilité de la Syrie.
Avec la victoire d’Al-Bab réalisée par Ankara dans le cadre de l’opération Bouclier de l’Euphrate, avancée avalisée par Moscou, c’est vers de nouvelles perspectives que l’on s’achemine dans l’évolution sur le terrain.
D’où le déplacement programmé durant mars pour le Président Erdogan en Russie où il sera reçu par le patron du Kremlin, Vladimir Poutine.
De quoi demain sera-t-il fait? Certainement pas d’une « zone tampon » comme la rêve Ankara sans froisser Moscou et attirer l’ire de Damas et de Téhéran. La Russie ayant son propre programme qui consiste à écraser les djihadistes là où ils se trouvent sur le sol syrien.
La convergence sera-t-elle au rendez-vous des agendas russe et américain, le Pentagone devant livrer une feuille de route pour la Syrie à la nouvelle administration Trump d’ici la fin du mois ?

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