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La France et le monde arabe : Carbone diplomatie

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A l’heure où les terroristes de Daech rêvent de torpiller les frontières héritées de Sykes-Picot, la France s’investit à sa manière dans la région du Machrek. En jouant des coudes dans l’espace des pétromonarchies réputées à jamais acquises aux USA pour avoir son beurre. Des commandes militaires en rafale ne sont pas les seuls repères marquants. C’est plutôt un alignement sur l’univers sunnite qui paraît singulier. Une « Carbone diplomatie » qui excipe déjà du poids de l’Iran à l’échelle régionale.

Même si la France dispose d’une base opérationnelle dans le Golfe, l’invitation de François Hollande au sommet du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) est une réelle surprise. On se souvient du silence assourdissant mais ô combien encourageant de Paris en juillet dernier quand Tsahal, la conscience tranquille, se donnait à cœur joie en pilonnant la bande de Gaza. Alors que des millions de manifestants battaient le pavé à travers le monde pour demander l’arrêt de l’agression sioniste, que les organisations humanitaires en place faisaient état de pertes colossales en femmes et enfants, que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies accusait ouvertement Israël de mener des « attaques disproportionnées et indiscriminées » et lançait une enquête sur d’éventuels crimes de guerre, L’Elysée comme le quai d’Orsay ont tout simplement légitimé cette intervention au nom du droit de l’Etat d’Israël de se défendre ! Et tant pis pour les 2200 victimes, dont 1500 sont des civils, réduits à de vulgaires dégâts collatéraux. Quant aux destructions des fameux tunnels, elles se sont transformées en une mise en cendre des infrastructures civiles.
Pour ceux qui doutaient encore des intentions de Tsahal, le 5 mai dernier, le jour même de la réunion du sommet du Conseil de coopération du Golfe en présence du Président français, c’est un document accablant de l’ONG israélienne Breaking the Silence qui dévoila au monde entier les exactions commises l’été dernier par l’armée israélienne.
Mais qu’importe le silence compromettant des chancelleries européennes à l’égard des malheurs du peuple palestinien. Les monarchies du Golfe ne se soucient guère de la morale en politique. Plus urgents sont les enjeux que vit la région et qui risquent de mettre leur existence en péril.
Parce que l’Iran est en passe de signer un accord avec le reste du monde à leur tête les Etats Unis d’Amérique, que DAECH occupe des territoires conséquents à cheval sur la Syrie de Bachar el Assad et de l’Irak devenu un puzzle mouvant, que le Yémen est devenu une proie facile aux mains des djihadistes menaçant de facto les pétromonarchies, Arabie Saoudite en tête, il fallait réagir. C’est d’autant plus urgent que Bab El Mandeb est l’une des entrées stratégiques de la Mer Rouge et que l’Egypte du Maréchal Sissi, dont l’économie exsangue repose pour une grande partie sur la rente du canal de Suez, ne peut se permettre un tel chamboulement dans la région. Que dire de la région du Sahel, des rives de l’Océan Indien à celles de l’Atlantique et plus au Sud jusqu’au Golf de Guinée, ce sont les mêmes maux qui secouent désormais tous les pays d’Afrique depuis l’attaque hasardeuse de la France contre le régime de Kadhafi facilitant ainsi l’accès à un arsenal militaire colossal amassé par le Colonel « liquidé ». Et c’est dans ce contexte que François Hollande a fait une tournée quasi triomphale avec de juteux contrats d’armement à la clef.
Au Qatar, F. Hollande a présidé, avec son homologue le prince Hamad ben Khalifa Al Thani, la cérémonie de la signature d’un contrat de vente de 24 Rafale pour plus de 6 milliards d’Euros alors que Jean Yves le Drian, ministre français de la Défense, rentrait des Emirats Arabes Unis où il était question de coopération stratégique et de la vente de 60 Rafale gelée depuis plusieurs années.
En Arabie Saoudite, il était l’invité d’honneur, un honneur exceptionnel, du sommet du CCG, l’organisation économique et militaire réunissant les monarchies pétrolières de la péninsule arabique.
Mais la présence française et surtout la vente du Rafale a débuté avec le premier contrat à l’export scellé avec l’Egypte en février dernier. Pour Le Caire qui doit faire face à plusieurs fronts à la fois, le Sinaï, la Lybie, la protection du Canal de Suez et son pendant la Mer Rouge, le Soudan, l’affaire ne relevait pas de l’urgence puisque son armée dispose de pas moins de 220 F 16 américains. C’est plutôt une façon pour le Caire de se démarquer de son allié US en s’approchant davantage de Moscou et de Paris .
Quels enseignements tirer de cette vente en cascade du Rafale et de ce rapprochement entre la France et les pétromonarchies du Golfe. A regarder la carte de plus près, un constat s’impose. La France consolide de façon assez inattendue ses relations avec les pays sunnites du Proche et du Moyen-Orient. Traditionnellement, l’ensemble de ces pays cultivait des rapports privilégiés, voire exclusifs avec les Etats-Unis. Mais les récentes positions de Washington vis-à-vis des deux régimes chiites de la région ont lézardé cette confiance.
Les monarchies arabes de la région considèrent que Barak Obama et Jhon Kerry son secrétaire d’Etat veulent l’aboutissement rapide des tractations avec Téhéran sur l’épineuse question du nucléaire civil et la levée des sanctions contre le régime des Mollahs, ennemi juré des monarchies sunnites.
D’un autre côté, l’étonnant refus des Etats-Unis de bombarder l’armée de Bachar el Assad coupable d’utilisation d’armes chimiques contre ses propres populations civiles dès 2013 laisse planer un sérieux doute sur la loyauté américaine à l’égard de ses alliés sunnites. Ces derniers souhaitaient contraindre le régime syrien à négocier avec l’opposition sunnite qui reflète par ailleurs le paysage religieux syrien composé dans sa très grande majorité par des sunnites.
Les monarchies pétrolières et l’Egypte redoutent la levée des sanctions économiques frappant Téhéran ce qui permettra à cette dernière de relancer son économie en souffrance depuis l’embargo de 1979. Avec la libération de ses ressources humaines et matérielles considérables, l’Iran sera en mesure de consolider ses alliances avec l’Irak, la Syrie ou encore le Liban et s’imposera, à terme, comme la plus forte des puissances du Proche-Orient.
Cette funeste perspective pour les capitales sunnites de la région les a poussé à revoir leurs alliances au profit de Paris qui s’est singularisée par sa fermeté contre l’Iran (lors des négociations sur le dossier nucléaire) et la Syrie (Paris ayant nourri l’ambition d’y réussir le remake libyen). Conscient du poids politique et militaire de l’Hexagone à l’échelle de l’Union européenne et comme membre permanent du Conseil de sécurité, cela sans oublier son affiliation à l’Alliance atlantique, les pays du Golfe espèrent jouer une carte maitresse face à l’hégémonie américaine qu’ils espèrent faire « équilibrer » à défaut de pouvoir la faire plier.

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