La Maison des « islamistes » tunisiens brûle à petit feu… 

Le patron de la formation islamiste tunisienne Ennahda est au creux d’une bronca parmi les siens. Il vient de geler l’instance suprême de sa formation pour la remplacer avec une autre plus ouverte à ses détracteurs. Le feu couve dans « la Maison islamiste » et risque de mettre à rude épreuve Rached Ghannouchi accusé aussi par l’opposition de vouloir être le seul maître du pays. 

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La Maison des « islamistes » tunisiens brûle à petit feu… 

R. Ghannouchi, président de l’assemblée parlementaire tunisienne, est-il appelé à tirer sa révérance, comme l’exigent nombre de militants de la “deuxième génération” d’Ennahda qui le déconsidèrent pour ses capacités manoeuvrières? Si tel est le souhait de nombre de figures de proue de la “Maison islamiste” tunisienne, il n’en reste pas moins que le leader charismatique d’Ennahda dispose toujours de plusieurs cordes à son arc.

Pour étouffer le départ du feu qui risque de souffler la formation islamiste, il a décidé le 6 mai, de “dissoudre” la direction collégiale du parti en vue de la renouveler en y intégrant de nouvelles têtes, sans oublier celles qu’il considère “brulées” ou assimilées comme telles. R. Ghannouchi a décidé d’introduire «des remaniements» dans la composition du bureau exécutif du parti. Une initiative rendue nécessaire, explique ce 11 mai un communiqué d’Ennahda, par «les exigences et les échéances de la période actuelle».

Marchant sur ses quatre vingt ans, le patron d’Ennahda qui a su nager entre deux eaux depuis “la Révolution du jasmin” n’entend nullement lâcher prise alors que nombre d’observateurs considèrent qu’il est aujourd’hui face à des vents favorables, les rapports qu’il entretient avec le chef de l’Etat, un obligé de la nébuleuse islamiste, sont plus coulants qu’avec le défunt Bejji Caid Essebssi, un “bourguébiste” dans l’âme. 

Même en pleine crise socio-économique, laquelle crise a tendance à prendre de l’ampleur avec la pandémie qui ravage le monde, le chef de file des islamistes n’entend nullement laisser la barre au plus fort des prétendants. Histoire de mieux négocier les tournants difficiles qui s’annoncent à l’heure où des voix, de plus en plus audibles, l’incriminent de vouloir “vendre” la Tunisie aux islamistes turcs et à leurs alliés du Qatar. 

Le bloc du parti d’opposition, de tendance bourguibienne –le PDL (Parti destourien libre)– a appelé, dans un communiqué publié le 6 mai dernier, à l’audition du président du Parlement. Cette formation dénonce les «mouvement mystérieux et contraires aux lois et aux traditions diplomatiques et parlementaires», révèle RéalitésOnline. Le PDL fait référence aux récents contacts téléphoniques entre R. Ghannouchi et Khaled Mechri, président du Haut conseil d’État libyen et figure importante en Libye du Mouvement des Frères musulmans. Une mouvance internationale à laquelle appartient aussi le président du Parlement en tant que chef du parti islamiste Ennahdha. «Le Parlement est devenu l’outil pour ce dernier [R. Ghannouchi] qui lui permet d’exécuter l’agenda des Trères musulmans au Maghreb», a déclaré au micro de Shems FM Abir Moussi, présidente du parti de l’opposition. 

À la fin du mois d’avril, le PDL a eu recours au tribunal administratif pour annuler la tenue d’une assemblée générale au Parlement, prévue les 29 et 30 avril, afin d’examiner, d’une manière urgente, deux projets de loi relatifs à des conventions avec la Turquie et le Qatar. Le premier concernait l’accord d’encouragement et de protection mutuelle des investissements, conclu le 27 décembre 2017 entre la Tunisie et la Turquie, alors que le second portait sur l’ouverture d’une filiale du Qatar Fund for Development en Tunisie, (accord 12 juin 2019).

Hatem Mliki, député de l’opposition et président du bloc national, est allé plus loin au micro de Mosaïque FM en taxant le leader islamiste de « gérer le Parlement à l’image de la Gestapo, à travers la surveillance et l’exclusion des députés de l’opposition». Il a aussi vivement critiqué «l’implication du Parlement dans le conflit Qatari-Emirati, sous la couverture du passage de projets d’accords entre la Tunisie, la Turquie et le Qatar, alors cela devrait être du ressort du Président de la République».

Auparavant, H. Mliki avait déclaré lors d’une audience au Parlement en date du 28 avril que «la présidence du Parlement est devenue un sultanat et que son bureau est Istanbul. Elle légifère et exclut des députés».

Face à un Président de la République en retrait, les pires craintes sont nourries par les adversaires de l’islamisme politique qui considèrent que la Tunisie risque de glisser irrémédiablement dans le giron turc et, dans la foulée, servir l’agenda d’Ankara dans la région, particulièrement en Libye. De nombreux observateurs et analystes considèrent que la Tunisie joue un rôle trouble à l’échelle régionale en servant de plate-forme arrière pour l’expansion néo-ottomane dans l’espace maghrébin. Ses ports et aéroports vont jusqu’à assurer la logistique pour le transfert des armes turques et autres vers le GNA et la constellation de mouvement islamo-djihadistes qui le soutiennent en Libye. 

La polémique déclenchée autour de l’envoi en Tunisie d’un avion turc transportant des aides médicales destinées à la Libye et son atterrissage à l’aéroport Djerba-Zarzis en dit long sur l’ampleur des suspicions nourries à l’endroit de R. Ghannouchi. «Pourquoi la Tunisie et ses aéroports devraient être impliqués dans le transfert d’aides médicales, alors que la Turquie aurait pu les transférer elle-même en Libye?», s’interroge Machroua Tounes dans un communiqué publié le 8 mai dernier, rapporte Businessnews.

Ennahdha réfute les accusations adressées contre son chef, considérant qu’il n’a pas dépassé ses prérogatives en tant que président du Parlement. Arguments peu convaincants.

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