La politique expansionniste de Bank al Maghrib entre espoir de relance et réalités des agents économiques 

En guise de soutien à la relance de l’économie nationale, le conseil de Bank Al-Maghrib (BAM), en plus de la baisse du taux directeur,  a décidé de libérer intégralement le compte de réserve. Ce qui se traduit par une injection permanente de 10 Mrds Dh au profit des banques. Cependant les résultats de ces actions sont toujours soumis à plusieurs paramètres dont principalement la transmissibilité  de ces politiques expansionnistes vers les agents économiques .  

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La politique expansionniste de Bank al Maghrib entre espoir de relance et réalités des agents économiques 

Suite à la tenue du deuxième Conseil de Bank Al-Maghrib au titre de l’année 2020, deux décisions importantes ont été prises concernant la conduite de la politique monétaire. Il s’agit  en l’occurrence de la baisse exceptionnelle de 50 Pbs du taux directeur à 1,5%, soit un niveau historiquement bas depuis la réforme du cadre de la politique monétaire au cours des années 90, avec la suppression de l’encadrement des crédits (1993) et la libération des taux débiteurs (1996). Pour rappel, la dernière baisse de 50 Pbs remonte à janvier 2003. Depuis cette date, Bank Al-Maghrib procédait à des variations limitées à 25 Pbs. 

La deuxième décision majeure concerne la  neutralisation de l’instrument structurel de la politique monétaire, en l’occurrence la réserve monétaire obligatoire (RMO) en baissant le taux de 2% à 0%, soit l’équivalent d’une injection permanente d’environ 12 Mrd Dh dans le circuit bancaire.

Ces deux décisions, qui interviennent dans un contexte économique et financier extrêmement difficile sous l’effet de la crise sanitaire Covid19, consolident l’orientation expansionniste de la politique monétaire entamée depuis le début de la crise en mars 2020, avec  la baisse de 25 Pbs du taux directeur à 2%,  l’élargissement du collatéral éligibles aux opérations de refinancement et le renforcement des opérations non conventionnelles, particulièrement les prêts garantis dans le cadre du programme « Intilaka ». 

Cette orientation s’est appuyé sur deux principaux éléments, à savoir l’importance de l’outil monétaire dans l’atténuation de l’impact de la crise sanitaire sur l’économie nationale et l’absence de pressions inflationnistes en liaison avec la baisse des prix des produits énergétiques à l’international, le recul prévu du pouvoir d’achat des ménages sous l’effet de la hausse du chômage et de la régression des transferts des MRE et le rétrécissement des marges d’investissement aussi bien public que privé.

En outre, et tenant compte des expériences passées marquées par un retard de la transmission des actions expansionnistes de Bank Al-Maghrib vers le coût de financement de l’économie, notamment les taux débiteurs, la Banque centrale s’est engagée à s’assurer de la transmission de ses décisions vers l’économie réelle. A cette fin, des réunions régulières avec « le haut management du système bancaire » sont prévues.

Pari risqué 

L’objectif espéré suite aux différentes mesures expansionnistes prises par Bank Al-Maghrib lors de son dernier conseil est d’oxygéner les acteurs économiques à travers une facilitation de l’accès au financement à des conditions avantageuses et à un coût réduit. Les résultats escomptés de cette orientation expansionniste  commenceraient par une relance des crédits aussi bien aux entreprises, particulièrement les TPME, que les ménages, une réduction du coût de financement du Trésor public et des Entreprises et Établissements Publics qui devraient jouer le rôle de catalyseur à travers une politique budgétaire contracyclique, et enfin, la  baisse du coût de la dette privée au profit des entreprises ayant accès au marché. 

Toutefois, et à l’image des expériences récentes au niveau des économies développées, la solution monétaire a démontré beaucoup de limites dans la relance économique. En effet, malgré les mesures expansionnistes menées par les Banques centrales en vue de redresser la croissance et stimuler l’inflation, la reprise s’affiche difficile et les risques désinflationnistes se concrétisent. 

Ainsi, plusieurs facteurs bloquent le déclenchement d’un cycle expansionniste de l’économie, en l’occurrence la préférence pour le cash et le besoin de désendettement des agents économiques, la perte d’emploi et la reconstitution des marges d’épargne, la concentration de la demande sur les biens de première nécessité et le report des décisions d’investissement, la rigidité des salaires, et enfin la vigilance des banques en termes de distribution des crédits. 

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