La Russie au chevet de la Libye: Après Haftar, Serraj à Moscou

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Fayez al-Sarraj a été reçu par le chef de la diplomatie russe Sergei Lavrov, trois mois après la visite effectuée à Moscou par le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de la Cyrénaïque (Est). Dans la crise libyenne, Moscou voudrait témoigner ainsi qu’elle entend rester à l’écoute de toutes les parties en conflit pour aider à asseoir une solution consensuelle. Pour nombre d’observateurs, cette équidistance n’est que d’apparence puisqu’elle cache mal une inclination appuyée en faveur du maréchal Haftar en quête de soutiens internationaux au nom de la lutte « antiterroriste » et « anti-islamiste ».
Le 11 janvier, il avait eu les honneurs d’un héliportage le transportant depuis des côtes de la Cyrénaïque sur le porte-avions russe Kuznetsov. Le traitement de faveur dont a bénéficié le maréchal Haftar n’empêche toutefois pas Moscou de s’efforcer de projeter l’image d’une puissance désireuse d’explorer une solution politique à la crise libyenne. De fait, le discours des Russes sur la Libye met en exergue leur mission historique de réparer les dégâts causés par l’intervention de l’alliance atlantique, le renversement de Mouammar Kadhafi à l’automne 2011 ayant précipité une fragmentation dont le pays peine à sortir. A l’époque, Moscou, qui avait refusé d’opposer son veto au Conseil de sécurité lors de l’adoption de la résolution autorisant l’usage de la force, s’était senti trahi quand l’intervention avait viré, contre son gré, au « changement de régime ».
« L’unité du peuple libyen et l’intégrité territoriale de la Libye ont été violées, a déclaré jeudi M. Lavrov s’adressant à M. Sarraj. Et bien sûr, en tant que vieux amis de votre pays, nous souhaitons vous aider à surmonter ces difficultés. » « Nous allons ardemment défendre, a-t-il ajouté, la nécessité de créer les conditions pour que les Libyens puissent eux-mêmes résoudre leurs problèmes. »
Une tâche des plus ardues. D’autant que F. al-Sarraj, président d’un conseil présidentiel – la direction politique du gouvernement d’« union nationale » – enfanté par l’accord de Skhirat scellé en décembre 2015 sous les auspices des Nations unies, s’oppose au maréchal Haftar qui tire sa légitimité du Parlement (élu démocratiquement en juin 2014) exilé à Tobrouk en Cyrénaïque. Privé de l’investiture du Parlement de Tobrouk, où dominent les partisans du maréchal Haftar, le gouvernement de F. al-Sarraj peine à s’imposer, y compris dans son fief de la Tripolitaine (Ouest).
Le 14 février, une rencontre devait réunir au Caire Sarraj et Haftar, une initiative de l’Egype soutenue par les Russes. Or, Haftar s’est désisté au dernier moment. Sa rebuffade illustre-t-elle sa relative autonomie vis-à-vis de ses parrains égyptiens et russes ? Ou révèle-t-elle plutôt la faiblesse des pressions que ces derniers auraient exercées sur lui ?
Quoi qu’il en soit, le plus important dans cet épisode a été l’appel adressé à la Russie par un Sarraj décontenancé. « Nous espérons que la Russie va jouer un rôle positif dans le règlement de la crise libyenne », a déclaré le premier ministre du gouvernement d’« union nationale ».

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