L’Affaire des « commis d’Etat » plonge le gouvernement dans une nouvelle crise

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A moins de deux mois et demi des élections législatives, le gouvernement Benkirane était de nouveau en pleine crise de nerfs dimanche après que les ministres de l’Intérieur et des Finances aient publié tard dans la soirée un communiqué conjoint accusant un parti qui semble être le PJD de s’être engagé dans une campagne électorale anticipée. Récit.
L’affaire dite désormais des « commis d’Etat » a commencé lorsque le député et membre du secrétariat général du PJD, Mohammed Yatim, a interpelé les ministres de l’Intérieur et de l’Economie et des finances sur ce qui semble être, de son point de vue, un conflit d’intérêts entre la fonction exercée par le Wali en tant que chef de l’administration territoriale et l’avantage qu’il a obtenu en tant que « commis d’Etat », selon le communiqué de Hassad et Boussaid et en tant que « responsable de l’administration territoriale » selon ses détracteurs. En effet, il y a de ça quelques mois, le wali de Rabat-Salé-Kénitra Abdelwafi Laftit a pu bénéficier d’un terrain de 3755 m² situé dans la zone de la route des Zaërs Souissi faisant partie du domaine privé de l’Etat, au prix de 350 DH/ m2. La jouissance d’un terrain situé dans l’une des zones foncières les plus convoitées de la capitale a provoqué l’ire des députés selon lesquels le terrain n’aura été cédé qu’à une somme symbolique. Depuis, l’affaire a suscité des réactions à droite et à gauche. Les principaux protagonistes sont des députés USFP et Istiqlal, notamment, Mehdi Mezouari et Hassan Tarik et aussi Abdellah Bekkali (PI). Cependant, les deux ministres ont choisi de répondre au parti qui préside le gouvernement. Faisant allusion au parti de la Lampe, ils ont considéré dans leur communiqué que l’implication de ce parti et de médias qui lui sont proches dans la campagne de diffamation visant Abdelwafi Laftit au sujet de l’acquisition d’une parcelle de terrain « suscite l’étonnement ». Ils ont, ensuite, souligné que « la parcelle, objet de cette campagne de diffamation, fait partie d’un lotissement destiné aux fonctionnaires et aux commis de l’Etat depuis le règne de feu SM le Roi Hassan II, que Dieu ait son âme ».
Opération légale ?
Considérant qu’il s’agisse d’ « allégations et d’accusations tendancieuses contre le wali», ils insistent que « le prix et les conditions d’acquisition de ces parcelles du domaine public sont fixés avec précision par un décret du Premier ministre (Abdellatif Filali) du 26 décembre 1995 ». Faisant endosser la responsabilité au Chef du Gouvernement, les ministres Mohamed Hassad et Mohamed Boussaid (qui semblent avoir bénéficié de deux lots, respectivement, de 4.630 m2 et 3.181 m2 (lotissement Zahriya) avec des prix ne dépassant pas 370 Dhs, selon notre confrère Hespress qui a publié des fac-similés de documents entêtés de l’Administration de la Conservation Foncière, du Cadastre et de la Cartographie), affirment qu’ « il aurait été plus correct de demander l’amendement de ce texte au lieu de diffamer un haut responsable reconnu par sa compétence et son dévouement pour l’intérêt général ». Et de rappeler que « l’amendement d’un décret ne peut s’opérer qu’à travers un autre décret selon la règle juridique ». « Il devient clair, si besoin est, qu’il s’agit d’une campagne électorale prématurée visant à engranger des gains électoralistes étriqués sous prétexte de mettre en œuvre les règles de la bonne gouvernance et éviter l’incompatibilité entre les intérêts personnels et les responsabilités publiques », concluent les deux anciens walis.
Multiplication des réactions
Le député USFP Mehdi Mezouari qui semble être le premier à avoir révélé l’affaire, vendredi, sur le mur sa page Facebook, a affirmé qu’il allait poser une question orale au Chef du gouvernement. Et puis l’affaire s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. A noter à ce propos que le hashtag « commis d’Etat » « Khoddam Edawla » est devenu le sujet numéro un sur Twitter lundi. L’autre Usfpiste Hassan Tarik a estimé, dans des déclarations à ce sujet, au confrère Lakome2 qu’il s’agit « d’un communiqué politisé pas du tout professionnel qui alimente la polémique et fait partie des manœuvres de la basse politique ». Selon lui, « ce communiqué n’est pas digne d’un grand ministère au sein du gouvernement ». « Nous attendons toujours des réponses à propos de ce décret et des conditions administratives, morales, éthiques et légales de cette vente et sur l’éventuel abus de pouvoir et conflit d’intérêts que peut receler cette affaire », a-t-il indiqué en précisant que « les deux ministères sont entrés dans des confrontations politiciennes sans pour autant donner aucune réponses sur ces questions qui s’imposent avec acuité ».
Dans bien des milieux, c’est la guéguerre opposant Abdelwafi Laftit et le maire PJD de Rabat Mohamed Sadiki qui explique tous ces débordements. « Quoique mal écrit, le communiqué est révélateur de cette confrontation entre les deux qui dure depuis les dernières communales », commente un politicien qui ne veut pas s’attirer les foudres à l’approche des élections. Selon lui, « le recours au concept de commis d’Etat et les privilèges dont ils bénéficient poseront nécessairement problème ». « Bien qu’on puisse considérer qu’il s’agit là d’une vente légitime ou du moins légale, l’aspect moral sera sans doute engagé », a-t-il noté. A ses yeux, « Yatim n’a pas réagi sans l’aval de Benkirane et celui-là a très bien choisi le moment et la tactique – il rappelle l’interdiction de Benkirane aux membres de son parti de donner des déclarations à ce propos – cette affaire va dessiner la toile de fond des alliances lors des prochaines élections », assure cet initié. Si le PJD n’avait pas réagi, c’est celui de Hamid Chabat qui se rapproche de plus en, plus du parti islamiste qui l’aurait fait ». Et de conclure que « s’il y a un enseignement à tirer de cette affaire, c’est que la cohésion gouvernementale a été mise à mal par un Chef du gouvernement qui ne compte pas quitter le pouvoir ».
Ainsi, on peut s’assurer d’ores et déjà que la prochaine séance à la Chambre des Représentants sera des plus houleuses.

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