L’Afrique subsaharienne désarmée face au Covid-19 :  Le patron d’Alima tire la sonnette d’alarme

Augustin Augier, directeur d’une ONG qui a lutté contre Ebola, craint que l’Afrique ne soit pas préparée à une explosion des cas de Covid-19. Le taux de mortalité pourrait y être bien supérieur qu’en Europe ou en Asie.

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Augustin Augier, directeur d'ALIMA, ONG qui a lutté contre Ebola

En comparaison avec les autres continents, l’Afrique subsaharienne est relativement épargnée par le coronavirus, avec environ 1.000 cas recensés. A. Augier, directeur général de l’ONG Alima, qui a participé à la lutte contre l’épidémie d’Ebola en 2014, a exprimé dans L’Express ses craintes concernant la progression de la pandémie du Covid-19.

Il estime que sur le continent africain, le Covid-19 suivra le même scénario qu’en Asie, en Europe et en Amérique, mais qu’il sera bien plus meurtrier. «La mortalité en Afrique sera plus élevée que partout ailleurs», a-t-il prévenu, sachant que l’Ouganda et l’Érythrée connaissent déjà leurs premiers décès et que les cas de contamination se multiplient chez leurs voisins.

«Pour la seule Afrique de l’Ouest, il y a 20 fois moins de lits d’hospitalisation qu’en France, et 50 fois moins de médecins par habitants», a-t-il déploré, cette fois auprès de La Croix. En résumé, l’Afrique ne disposera pas de moyens suffisants pour soigner tout le monde.

Un geste barrière comme se laver les mains est un «moyen peu opérationnel» pour de très nombreux Africains, a-t-il ajouté. L’accès à l’eau, qui n’est pas toujours garanti dans les grandes villes, l’est encore moins dans les zones plus isolées.

Pour lutter contre une épidémie, le confinement est une mesure indispensable. Malheureusement, l’économie informelle est prépondérante en Afrique, a poursuivi A. Augier, et il sera donc difficile de faire appliquer ces mesures. Au-delà de l’aspect économique, c’est aussi l’aspect social et culturel des habitants qui y fait obstacle.

Le spécialiste avait cependant observé un changement profond des comportements sociaux lors de l’épidémie d’Ebola, même si «cela prend toujours un peu de temps». À l’époque, il avait déjà fallu un envoi massif de médecins et d’infirmiers depuis l’Europe, et des milliards de dollars d’aide, alors que seuls trois pays (Guinée, Sierra Leone, Liberia) avaient été touchés. «Arriver à lutter contre le Covid-19 en Afrique ne se fera pas sans un gigantesque effort de solidarité», a conclu le directeur d’Alima.

Dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, les gouvernements ont interdit les rassemblements. Les écoles, églises, mosquées, restaurants, bars et aéroports sont fermés. Bravant l’appel des autorités religieuses «priez chez vous», de nombreuses personnes sont encore sorties le week-end dernier dans les rues, notamment à Lagos, la ville la plus peuplée du Nigeria. Le Burkina Faso a quant à lui instauré un couvre-feu.

En Afrique de l’Est, jusqu’à maintenant, seul le Rwanda a décidé de confiner totalement sa population. L’Éthiopie, pays avec le plus grand nombre d’infectés de cette région (17), a reçu des kits de tests et six millions de masques de la part du patron d’Alibaba, Jack Ma.

 

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