L’alcootest, tu kifes ?

Ils l’ont décidé. Ils l’ont fait ! Attention, dans le Royaume de la tolérance, on ne rigole plus. Avec moins d’un gramme d’alcool dans le gosier, pas moyen de rouler un préposé au contrôle routier si vous êtes au volant. Avec l’alcootest, on s’amuse plus. Une simple pinte pour vous rafraîchir le gosier et vous êtes fait comme un rat. On ne fait jamais les choses à moitié, ici bas. Point de seuil de tolérance. Le dégrisement ? Vous avez droit à 48 heures ! Pour ensuite passer devant un juge, écoper d’une peine avec sursis et passer à la caisse. Là, la douloureuse, vous la sentirez bien plus qu’une tournée de trop bue de travers. En sus des 500 Dh de rigueur, la récupération du permis est exigible de la coquette somme de 6.000 Dh. Nul besoin de rappeler le salaire moyen en vigueur dans le pays. En somme, c’est là où s’opère le vrai dégrisement. Lorsqu’on touche le citoyen à la poche, c’est l’usage de ses méninges qu’il retrouve, calculateur qu’il est. La décision est à saluer, à n’en point douter. Surtout que la courbe des accidents est encore loin d’avoir accusé le fléchissement souhaité. Les chauffards courent toujours et les dégâts sont incommensurables lorsque l’alcoolisme au volant devient un sport national.
La route ne continuera-t-elle pas à tuer pour autant ? Gageons que rien n’est gagné d’avance. Tant que l’on ne mettra pas à l’abri de toute tentation les préposés au contrôle des conducteurs. Et tant que l’on ne signifiera pas au commun des mortels, avec la pédagogie nécessaire, que les véhicules sont autant d’armes en libre circulation. Une arme qui peut tuer autrui, certes. Mais qui peut faire aussi mal à l’utilisateur.
Et tant qu’on y est, ont peut bien kifer l’alcootest. A condition d’y mettre un peu de tolérance. Comme cela se fait ailleurs. On n’invente pas la poudre, là non plus! L’effet de l’alcool sur le conducteur est fonction de la quantité bue. Et non plus d’un soupçon d’alcool dans le sang. Sinon, il faudra aussi prohiber certains sirops médicamenteux contenant une dose d’alcool. Mais là où le bât blesse, c’est que le resserrement du contrôle s’avère des plus lâches dès lors qu’il est question des autres drogues. Le dépistage, à ce niveau, n’est point systématique. Alors que les responsables savent qu’un joint fumé au volant peut aussi causer des dégâts. Pourquoi ne systématise-t-on pas le dépistage des drogues, douces soient-elles ou non, lors des contrôles routiers ? Surtout que les préposés à la lutte contre les stupéfiants savent pertinemment que le taux de THT qu’offre le haschisch local a pris des dimensions des plus alarmantes depuis que la plante de kif endémique au Rif a été condamnée à la disparition programmée. Pour permettre à d’autres espèces, plus robustes et économiquement plus viables, de prendre le relai. Pourtant, le dépistage des drogues dans l’organisme n’exige plus toute la sophistication des prises et analyses du sang. L’analyse de la salive est, à elle seule, des plus édifiantes…
Bref, quand on roule, il faut être fin prêt à ouvrir la bouche quand on vous le demande. Voilà qui fera exploser le chiffre d’affaires des dentistes. Tant mieux !

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