L’automne du Président : Lente descente aux enfers du système algérien

Les traditionnels soutiens du président Abdelaziz Bouteflika se rebiffent et changent même de peau. Il en va ainsi de l’association des « zaouias » qui apporte désormais son soutien aux revendications du peuple algérien. Au sein des partis de l’alliance présidentielle, l’heure est également aux revirements. Le corps de la magistrature refuse de son côté de se plier aux ordres d’un Exécutif en sursis.

Les étudiants n’en démordent pas et veulent la fin du système. Dans leurs protestations, ils s’attendent à ce qu’ils soient rejoints, massivement, pas les syndicalistes de l’UGTA qui programment déjà des marches dans les jours à venir. Si le printemps est là, c’est bien celui de la jeunesse algérienne qui rêve d’un changement radical. Réalité que le système qui tente par tous les moyens de sauver les meubles ne saurait avaliser puisqu’elle signerait son arrêt de mort. C’est l’automne d’une Présidence qui, du haut d’un système nécrosé, commence à dépérir à vue d’œil… Malgré la quête de soutiens à l’étranger…

Pathétique est la dernière sortie de Mouad Bouchareb, coordinateur du FLN, qui a rappelé mercredi que « le premier parti du pays soutenait le mouvement populaire de contestation ». Pour dédouaner le FLN, n’a-t-il pas assuré que « l’exécutif n’était pas entre les mains du parti », allant jusqu’à se déjuger, lui qui appelait, il n’y a pas si longtemps de cela, ceux qui exigeaient le changement à « faire de beaux rêves » ? Tentative de récupération de la colère qui sourd dans le pays ? Tout est possible. Et ce n’est pas étonnant qu’un processus soit ainsi lancé par le système qui craint pour sa survie. D’où le revirement, après quatre semaines de mobilisation populaire sans précédent, du RND, 2e parti représenté au Parlement. Pour que son porte-parole déclare que des « forces anticonstitutionnelles ont dirigé le pays », pendant ces cinq, six ou sept dernières années, tout en affirmant que la candidature de Bouteflika était une erreur, c’est que le régime algérien tremble sur ses bases. Pour se retrouver, dans la foulée, déboussolé.  Le RND n’a-t-il pas désavoué l’un de ses symboles en assurant rester fidèle à la ligne du président, et notamment ses propositions sur la transition ? Voilà pourquoi on réclame la tête d’Ahmed Ouyahia, ex-chef de gouvernement et actuel patron d’une formation qui peine à opérer sa mue…

Le vice-Premier ministre algérien enchaîne les déplacements à l’étranger alors que la grogne dans la rue contre le système au pouvoir ne faiblit pas. Officiellement, cette tournée a pour but de rassurer les pays partenaires de l’Algérie, tout en disant « non » à l’ingérence. Un déplacement qui sonne pourtant, aux yeux de certains, comme un appel à l’aide.

Officiellement, l’objectif est de montrer que l’Algérie entend les manifestants et que le pouvoir est engagé dans un dialogue national. En résumé, il s’agit de rassurer tous ceux qui s’inquiéteraient de voir chaque jour les Algériens descendre par millions dans la rue. Ramtane Lamamra est presque allé jusqu’à positiver lors de sa visite en Allemagne. « A vous et aux autres amis de l’Algérie, je vous dis : soyez rassurés. Ce qui se passe dans mon pays est une évolution naturelle dans le cadre d’une étape historique de taille devant permettre au peuple algérien et notamment aux jeunes qui constituent la majeure partie de la société algérienne de bâtir, par lui-même, son destin. Cela devra permettre à l’Algérie de fonder un nouveau système politique pour remplacer celui qui est arrivé à son terme. »

Tonalité semblable lors de sa visite lundi en Italie où il a, là aussi, parlé d’un « moment privilégié de l’histoire » de son pays. Un moment « qui se passe en famille », faisant ainsi allusion à son attachement à la non-ingérence. Pour appuyer ses propos, le vice-Premier ministre a mis en garde toutes les « forces occultes » ou les ONG qui voudraient s’immiscer dans les affaires du pays. Même son de cloche à Moscou, mardi, où la non-ingérence à tout prix a été mise en avant.

Des mots qui sonnent comme une réponse à l’opposition. Dans un communiqué diffusé en début de semaine, Ali Benflis a précisément dénoncé un pouvoir fragilisé qui réagit en « allant chercher la compréhension des uns et le soutien des autres ». Une démarche qui va dans le sens d’une « internationalisation de la crise », souligne l’opposant. Une opération de communication en tout cas critiquée sur les réseaux sociaux.

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