Le cas Ilias Tahiri met la police espagnole au banc des accusés

L’affaire d’Ilias Tahiri, jeune Marocain âgé de 18 ans mort en Espagne en 2019 dans un centre pour mineurs, connaît plusieurs rebondissements. Elle a été remise d’actualité après la mort dans des conditions quasi similaires de George Floyd aux USA, et la rediffusion de la vidéo montrant sa torture et le moment de son décès, a attisé la colère des Marocains en général, et les associations et acteurs de la société civile, en particulier. 

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Le cas Ilias Tahiri met la police espagnole au banc des accusés

Ainsi, la requête du collectif #justice pour Ilias, composé d’avocats, d’hommes politiques et de l’Association espagnole « Ibn Battuta » qui s’est constitué partie civile, demandant la réouverture de l’enquête à travers une plainte judiciaire déposée auprès du juge d’instruction de Purchena, à Almeria, a finalement été acceptée par le parquet général.

Le ministère public espagnol a précisé dans un communiqué que «dans le cas d’espèce, nous comprenons que toutes les conditions requises par notre Code pénal et la jurisprudence de la Cour suprême sont réunies pour imputer le résultat du décès à des personnes qui, connaissant les risques inhérents à leur décision et même expressément avertis, ils ont approuvé et ordonné l’application du protocole de contention mécanique ».

Ce qui laisse confirmer que le parquet a décidé en effet, la réouverture de l’enquête d’Ilias Tahiri, pour élucider les tenants et aboutissants de cette affaire, et comme l’indique la lettre envoyée par le parquet à la Cour de Purchena (Almería), diffusée par l’agence de presse espagnole Efe, dans laquelle «le Bureau du Procureur demande d’accepter l’appel de la famille du défunt ainsi qu’une nouvelle enquête sur les faits pour déterminer les responsabilités qui peuvent en découler».

Le parquet a pareillement classé la requête de la Fondation Ibn Battuta comme « accusation populaire», qui est une figure juridique qui existe en Espagne, et qui permet à tout Espagnol de faire partie d’une procédure pénale en tant qu’accusation bien qu’il ne soit pas la victime, ou qu’il n’ait pas subi directement un préjudice.

Cela dit, le ministère public soutient que, « jusqu’à présent, les informations disponibles dans l’affaire ne révèlent pas à ce jour l’existence d’un crime imputable aux personnes qui font l’objet d’une enquête», à savoir les employés du centre pour mineurs GINSO.

Le ministère indique qu ‘ «aucune intervention intentionnelle n’a été prouvée contre le jeune homme décédé, car il n’y a rien dans le rapport d’autopsie qui indique que l’enquêté aurait pu impliquer un excès de force physique », sachant qu’a l’époque, l’affaire a été classée comme « décès brusque accidentel ».

Nonobstant ce qui précède, et «sur la base des informations et des considérations révélées par l’appelant et d’autres parties dans leurs mémoires d’appel et d’allégations, ainsi que les informations disponibles auprès du Bureau du Médiateur et du Conseil de l’Europe », le ministère public a considéré « qu’il convient de se pencher sur certaines de ces allégations » ordonnant ainsi « la poursuite de l’enquête ».

D’autre part, le procureur a souligné «qu’il ne peut partager la position de la Cour concernant la bonne application du protocole 9 de retenue mécanique par les employés», qui consiste à attacher les mineurs à l’envers visage et torse sur le lit, faisant ainsi différentes « nuances » sur ce règlement approuvé par la Direction générale de la justice pour mineurs et de la coopération du gouvernement andalou.

Dans un premier temps, le collectif #JusticepourIlias considère que la position du parquet d’Almeria est un bon début pour élucider le crime du jeune marocain, mais exprime cependant son « inquiétude»par rapport à la qualification des faits imputés considérés par le parquet comme « une utilisation excessive de violence », tandis qu’il s’agit pour le collectif, et « sans aucun doute d’un meurtre ».

« Le Maroc et l’Espagne entretiennent des relations exceptionnelles et historiques que nous devons maintenir et développer sur tous les axes, mais nous ne pourrions pas non plus rester muets devant ce crime horrible qui a touché tout le peuple marocain. C’est pourquoi nous avons envoyé une lettre à l’ambassadeur d’Espagne afin de transmettre nos doléances au ministère de la justice espagnole », a conclu le collectif dans sa note concernant la décision du parquet d’Almeria de poursuivre les procédures engagées précédemment dans l’enquête.

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