Le monde arabe sous pression : Sanglant échiquier

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Le 14 juillet, l’Iran puissance au « seuil de la capacité nucléaire », aura réussi un coup de maître en se débarrassant des boulets de l’embargo qui handicapait ses capacités. Mettant ainsi un terme à des années de suspicion et de marginalisation de Téhéran sur l’échiquier international.

C’est cet accord avec les Occidentaux, USA en tête, qui consacre le rôle de premier plan déjà assumé par le régime des Mollahs dans la région proche-orientale. Notamment en matière de lutte contre le djihadisme promu par Daech et ses consoeurs. Il n’est donc pas étonnant, non plus, de voir Bagdad et Damas saluer, en premier, l’aboutissement des négociations sur le nucléaire iranien. Téhéran ayant pris sur elle de s’investir corps et âme pour empêcher l’effondrement des régimes irakien et syrien. Mais il faut dire que les pays du Golfe qui nourrissaient les pires appréhensions quant à l’émergence acceptée et acceptable de « la puissance chiite » par la communauté internationale n’ont pas brillé, à cette occasion, par une position commune. Au-delà du sultanat d’Oman, allié de circonstance de l’Iran dans la région, ce pays ayant convaincu les Américains de prendre langue avec les Iraniens, les Emirats arabes unis ont applaudi au dénouement que Ryad persiste à considérer comme véritable accélérateur de la domination régionale par l’Iran. Donnant ainsi foi à sa stratégie combative pour éviter une domination iranienne supposée, comme le confirme sa guerre totale au Yémen et le maintien de sa pression militaire, avec une coalition arabo-musulmane, pour endiguer le danger Houthi, communauté chiite yéménite, en vue de réinstaller le système « légitime » de Hadi quitte à ce que ce pays renoue avec la partition.

NOUVELLE DONNE
Face à tous ces développements, la diplomatie américaine a été fortement sollicitée pour convaincre ses alliés de la scène proche-orientale du bien fondé de sa démarche conciliatrice auprès de l’Iran. Mais les arguments massues présentés par J. Kerry à ses partenaires ont trait aux contrats d’armement qui leur sont proposés pour leur assurer une supériorité militaire. Un accord de défense « stratégique » avec les pays du CCG n’est pas à exclure dans cette dynamique. Consacrant, in fine, les termes du fameux accord de Quincy liant Riyad à Washington. Seul Israël, dont l’arsenal a été hyper-modernisé grâce aux largesses du complexe militaro-industriel US, continue à crier au loup. Au point de mobiliser le congrès américain pour faire barrage à un accord jugé « stratégiquement périlleux » pour la survie d’Israël. Une réalité qui consacre la tension entre la Maison Blanche et le cabinet israélien.
Si Téhéran a raison de souligner le caractère « historique » de l’accord conclu sur le nucléaire, c’est que les négociateurs occidentaux ont fini par s’aligner sur les arguments de Moscou et de Pékin qui privilégièrent « la solution diplomatique » à toute autre option. L’Iran se présentant à la communauté internationale comme un paravent contre l’extension du terrorisme daechien dans la région. Et les percées réalisées aussi bien sur le front irakien que sur celui syrien est imputable à la forte implication iranienne dans une démarche plus globale d’endiguement du terrorisme sunnite dont les ramifications « explosives» dépassent et de loin ces deux fronts ouverts. La Turquie, pourtant impliquée aux côtés de nombreuses factions qui visent la chute du régime Assad, n’aura pas échappé à « l’effet boomerang » qui a fini par avoir lieu le 20 juillet à Suruç (Sud), lorsqu’un attentat attribué à l’organisation « Etat Islamique » a fait 32 morts. Et ce n’est pas un hasard que de voir Ankara s’engager militairement, via des bombardements aériens, dans le chaudron syro-irakien. En ciblant des positions de Daech, certes, mais surtout en soumettant au pilonnage systématique les foyers qui abritent les combattants kurdes du PKK. Mais aussi en ouvrant sa base d’Incirlik aux forces américaines « missionnées » pour éradiquer Daech et consorts de la région. Mais il faut dire qu’Ankara cultive ses propres calculs aussi bien internes qu’externes en matière de lutte contre le terrorisme. La guerre ouverte contre les positions kurdes et le laisser-aller affiché à l’endroit de l’organisation Al-Nosra, filiale d’Al-Qaida en Syrie, ne semble guère du goût de Washington quand bien même l’administration US continuerait à assimiler le PKK à une organisation terroriste. Le cautionnement de la démarche d’Ankara dans sa lutte totale contre les Kurdes risquant d’affaiblir les alliances recherchées, sur le sol, pour contrer le terrorisme en Irak et en Syrie.

REVIREMENTS ?
Bien entendu, dans cette spirale de violence, nul besoin de rappeler que l’Arabie Saoudite n’est pas épargnée non plus du danger Daech. La multiplication des attentats est symptomatique du facteur « incontrôlable » des djihadistes, y compris par ceux qui les manipulent et les soutiennent. Le Koweït non plus d’ailleurs. Et même les EAU ont eu fort à faire pour empêcher le pire : le démantèlement d’une cellule djihadiste forte de plus d’une cinquantaine de membres faisant foi. Autant dire que la région s’apparente à un véritable baril de poudre.
Certes, Téhéran ne ménage aucun moyen pour tenter d’apaiser les craintes nées dans l’espace arabe depuis l’accord du 14 juillet. Des responsables de haut rang n’hésitent pas à tendre la main aux pays sunnites qui craignent pour leur survie depuis que le fameux « croissant chiite » ne fait que se renforcer. Deux arguments de taille sont ainsi mis en avant pour inaugurer une nouvelle page dans l’histoire régionale marquée au feu d’un confessionnalisme agissant et d’un communautarisme exacerbé. D’abord, l’échec du pari sur un effondrement total du régime syrien. La résilience dont a fait preuve ce dernier, avec plus de 50 fronts ouverts depuis 2011, a de quoi pousser les « bout-en-feu » à revoir leur stratégie. Ensuite, le surdimensionnement de Daech dont le péril n’est plus localisé…
On comprend dès lors le bouillonnement politico-diplomatique que vit la région avec l’entrée en lice du joueur iranien décomplexé. Au-delà de la main tendue aux puissances sunnites, Arabie saoudite en tête, Téhéran maintient son offensive en présentant un plan de règlement de la crise syrienne. Un plan qui bénéficierait aussi de l’appui de Moscou, capitale qui devient une escale irremplaçable pour la diplomatie saoudienne… On comprend dès lors pourquoi des informations circulent quant à la rencontre, loin des médias, entre dignitaires du régime syrien et décideurs saoudiens. L’histoire de la région vit-elle à la veille d’un tournant stratégique où le curseur principal sera focalisé sur la réconciliation plus que sur la confrontation par forces interposées ? L’Egypte qui suit de près l’évolution de la situation ne veut surtout pas être distancée par les puissances régionales rivales, Turquie et Iran en tête. En considérant l’accord du 14 juillet comme une opportunité historique pour débarrasser la région des armes de destruction massive et en étant favorable à toute solution à la crise syrienne, dans le respect de son intégrité territoriale, l’Egypte entend réassumer le rôle de leadership régional perdu depuis les accords de Camp David. Un retour des plus difficiles au vu du Sinaï, en proie à une insurrection pilotée par Daech et du chaos libyen gros de risques incalculables pour la zone sud-méditerranéenne.

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