Le plaidoyer africain de F. Oualalou

L’Afrique constitue une opportunité et non un handicap pour un monde en refondation, après la crise induite par la pandémie de covid-19, estime Fathallah Oualalou, Senior Fellow au Policy Center for the New South (PNCS).

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Le plaidoyer africain de F. Oualalou

Pour une refondation réussie de la mondialisation, l’Afrique doit être au cœur des nouveaux centres d’intérêt des politiques publiques : santé, équité, environnement, souligne F. Oualalou dans un article publié par le think-tank marocain PCNS sous le titre “Mondialisation avancée et imprévisibilité”.

L’Afrique saura alors démontrer sa capacité à maîtriser ses rapports avec toutes les grandes puissances et à construire, dans le cadre de la multipolarité future et dans une approche de régionalisation avec l’Europe voisine, une zone de coproduction et une verticale Afrique-Europe avec un nouveau centre de rayonnement : le Méditerranée, relève-t-il, faisant observer que le Maroc, qui appartient à cette aire afro-euro-méditerranéenne, aura certainement à être actif dans cette approche régionale.

L’auteur du livre “La mondialisation et nous” fait par ailleurs remarquer que “l’Afrique n’a pas été durement affectée par la pandémie. C’est heureux, sa fragilité structurelle ne lui aurait pas permis d’en bien gérer les effets. Elle n’en a pas moins subi les conséquences de la récession mondiale, de la baisse de la demande de matières premières et d’hydrocarbures et de la chute des revenus des migrants et du tourisme”.

F. Oualalou explique que la problématique du sous-développement du continent, produit de la mondialisation, prend au XXIème siècle un aspect particulier du fait du dynamisme démographique qu’il connait, précisant que durant ce siècle l’Afrique sera le seul continent dont la population continuera d’augmenter pour atteindre, selon les démographes, 40% de la population mondiale en 2100.

Cette croissance démographique est un grand défi à la fois pour les pays africains eux-mêmes et pour le monde en raison de ses conséquences en termes d’urbanisation et d’exacerbation de la pauvreté et de la pression sur les flux migratoires, écrit l’auteur, notant toutefois que cette croissance est porteuse d’espoir et d’atouts parce qu’elle pourrait se traduire par l’élargissement de la sphère des classes moyennes et le développement d’opportunités pour les Africains de s’approprier les outils de la nouvelle révolution technologique.

L’après Covid-19 pose le problème à court terme de l’endettement des pays africains qui ne peut être résolu que dans la cadre d’une concertation internationale entre les pourvoyeurs occidentaux et chinois de financements extérieurs (le G20 a recommandé la suspension du remboursement des services de la dette pour une année), estime-t-il, notant qu’à moyen terme, l’Afrique doit améliorer ses performances dans le domaine agricole, l’élargissement de ses marchés domestiques, la mise en place de la zone de libre-échange continentale, la promotion de l’électrification et la réalisation de grands progrès en matière de formation.

Pour F. Oualalou, le challenge essentiel est d’arriver à diversifier les tissus productifs dans toutes les régions du continent pour lui permettre de mieux négocier sa position dans les chaines de valeur mondiales.

Il a en outre relevé que “parce qu’elle est énorme, cette troisième crise peut être stimulante et une bonne occasion pour inciter les grands acteurs à jeter les bases et construire progressivement un +nouvel ordre mondial+, celui qui n’a été mis en place ni après la disparition de l’URSS, ni après la crise économique de 2008”, indiquant qu’un ordre nouveau n’implique non seulement des changements dans le mode de gouvernance mondiale, mais aussi et surtout des refondations et des mutations pour y introduire de nouveaux centres d’intérêt : préservation de la vie, meilleur partage des ressources et sauvegarde de l’environnement.

La sortie de la crise actuelle constitue donc une opportunité et un moment de projection sur l’avenir pour en gérer à court terme les conséquences et, à partir de là, bâtir un monde nouveau, constate F. Oualalou, notant que cela implique la gestion de certains arbitrages à travers l’interférence entre les enjeux et les défis avec idéalisme, certes, mais aussi réalisme.

Selon lui, la sortie de la crise sanitaire consacre au niveau de la politique économique un retour au keynésianisme comme cela a été le cas en 1930 et en 1945. Se pose alors la question de savoir comment relancer les économies et systèmes productifs tout en gérant un endettement en constante augmentation malgré le niveau particulièrement bas des taux d’intérêt directeurs.

Si l’UE, poursuit F. Oualalou, semble chercher une réponse dans la mutualisation de l’endettement des pays membres dans le cadre d’une solidarité régionale, un véritable consensus sur le mode de remboursement des dettes qui accorderait un intérêt particulier aux pays en développement et aux pays pauvres né d’une grande concertation internationale, pourrait être la solution. Car partout dans le monde, le remboursement de leurs dettes mettra les Etats face à de grands dilemmes étant donné les difficultés d’accroitre la pression fiscale, de retourner à la pratique de la rigueur budgétaire ou encore de restructurer la dette, poursuit-il.

La reprise attendue de la consommation des ménages qui ont vu leur épargne – forcée et/ou de précaution – augmenter durant le confinement, contribuera certainement à celle de l’économie, souligne-t-il, ajoutant que le rebondissement de l’économie pourrait être au rendez-vous en 2021 si tous les pays réussissent leur déconfinement car cette crise, unique en son genre, est précisément le produit du confinement. Contrairement à la crise de 2008, elle n’est née ni d’un déséquilibre au niveau de l’offre (pas de choc de surproduction), ni de l’effondrement de la demande. De plus, la situation des banques est aujourd’hui beaucoup plus saine qu’en 2009 et les taux d’intérêt directeurs se situent à un niveau particulièrement bas.

De même, l’auteur de l’article se demande : les questions posées durant la crise sanitaire vont-elles conduire à des révisions des choix en matière de politique économique pour tourner le dos à l’égoïsme, au court-termisme et à la recherche du seul profit, pour accorder plus d’intérêt aux besoins fondamentaux de l’homme (santé, éducation) et pour privilégier la lutte contre le réchauffement climatique et la réalisation de plus d’équité sociale ? Ou bien, assistera-t-on, quand le péril sera passé, au retour aux pratiques anciennes ?, s’ìnterroge-t-il.

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