Le potentiel de nuisance de Daech reste entier: Le Maroc échaudé

A l’heure de la globalisation rampante, il ne faut pas s’attendre à ce que le djihadisme reste confiné dans sa dimension locale. Pour s’en convaincre, il suffit de suivre la chronologie des sanglants attentats qui ont secoué le monde courant novembre. En excluant, bien entendu, les foyers de tension qui persistent en Irak, en Syrie, en Libye, au Yémen et en Afghanistan… Sans oublier, bien sûr, « la habba » qui secoue les territoires palestiniens avec ses concerts de morts et d’asphyxiés.  Dans ces zones de conflits ouverts, « chauds» dans la définition purement militaire, tous les ingrédients de la violence servent à cristalliser la haine. Rien d’étonnant à ce que la dérive des Talibans déstabilise davantage le Pakistan et, par ricochet, l’Iran et d’autres contrées asiatiques où la solidarité « islamique » agit comme un exutoire rassembleur. Comme il n’est pas étonnant que les revers essuyés par Daech, en Irak comme en Syrie, puissent s’exprimer autrement que par des attentats dévastateurs, comme ceux qui ont secoué le Liban, dans la banlieue de Beyrouth, ou encore dans le Sinaï, avec l’explosion en vol d’un aéronef transportant des touristes russes. Attentats meurtriers qui s’apparentent à des expéditions punitives à l’endroit de deux soutiens majeurs du régime syrien, le Hezbollah d’un côté, et la Russie de l’autre. Car là où Daech dispose de cellules
et/où de « bases arrière», il faudra s’attendre au pire à mesure que la pression militaire s’accentue sur ses sanctuaires. La France ne pouvait échapper à cette sinistre règle de représailles depuis que Paris a décidé d’envoyer le porte-avions « Charles De Gaulle» en mission pour accentuer ses frappes en Irak et en Syrie et s’affirmer, au coté de Moscou, comme l’allié d’une coalition plus déterminée à circonscrire le péril daechien de la région. Les attentats de Paris expriment une telle dérive du djihadisme. Dérive qui ne se manifeste guère sur le seul français, mais bien évidemment là où les intérêts français sont en jeu, comme c’est le cas en Afrique sahélo-saharienne… L’attentat de Bamako est symptomatique d’une telle dynamique meurtrière. Comme le sont aussi les opérations sanguinaires déclenchées par Boko Haram, bien au-delà de son sanctuaire dans le Nord du Nigeria. Même la Tunisie, en phase de transition politique des plus délicates, n’a pas échappé aux ricochets de l’instabilité qui sévit dans la région maghrébine depuis l’éclatement de la Libye. Autant dire que le front de lutte antiterroriste est large à couvrir. Et il faudra craindre que les attentats meurtriers ne suivent « la ligne de fracture » qui s’étend de l’Atlantique à la Mer Rouge.
On comprend dès lors que dans nombre de pays européens craignent le pire depuis que Paris a été le théâtre d’un massacre d’innocents. La tension reste palpable aussi bien en Allemagne et en Belgique que dans la sphère nordique de l’Europe. Les sécuritaires sont sur les dents de peur de voir les tentacules de Daech frapper sans discernement. Même le Maroc est sur le qui-vive depuis que l’organisation terroriste a levé le voile sur ses menaces à ne point minorer. La rhétorique développée par cette nébuleuse sur les réseaux sociaux fait valoir  « des  attaques dévastatrices » qui « anéantiront les soldats, exploseront les palais et détruiront l’économie». Le Royaume reste dans le radar de Daech qui reproche aux autorités marocaines leur collaboration avec certains pays européens dont la France, la Belgique et l’Espagne pour endiguer les menaces ponctuelles. Dans le cas des attaques récentes sur la capitale française, ce sont les renseignements fournis par le Maroc qui ont aidé à démanteler la cellule terroriste à Saint-Denis et déjouer d’autres attentats prévus à Paris, notamment dans le quartier de la Défense.
La Belgique, en état d’alerte maximale, a demandé officiellement l’aide du Maroc pour tenter de mettre la main sur Salah Abdeslam, l’un des hommes faisant partie de terroristes qui ont attaqué Paris et le Stade de France. Les autorités marocaine sont vent debout contre tout ce qui est susceptible de déstabiliser le pays. Ainsi, des mesures de sécurité ont été sensiblement renforcées depuis l’attentat du 24 novembre en Tunisie qui avait ciblé la garde présidentielle. Elles s’ajoutent à celles qui avaient déjà été mises en branle au lendemain des attaques qui ont ébranlé plusieurs quartiers de Paris le 13 novembre dernier.
Les contrôles aux frontières, dans les ports et aéroports ont été sévèrement renforcés pour éviter toute infiltration de terroristes à l’intérieur du pays. Plus, les autorités marocaines ont décidé d’annuler la plupart des congés octroyés aux forces de l’ordre et de renforcer la sécurité aux alentours des représentations diplomatiques, les institutions publiques et les lieux très fréquentés par les touristes.
Toujours d’après la même source, une attention toute particulière est accordée aux réseaux sociaux ainsi qu’aux sites djihadistes pour tenter de trouver ou de déceler des instructions ciblant le royaume.
Depuis 2002, près de 140 cellules terroristes ont été démantelées dans le pays et environ 2.200 personnes ont été arrêtées. Une moisson non négligeable au regard des dégâts occasionnés par les attentats déjà perpétrés dans le Royaume, comme ce fut le cas en mai 2003, à Casablanca, ou encore à Marrakech, en 2011.
Ces dernières années, le royaume a également modernisé et renforcé ses procédures sécuritaires avec la mise en place du dispositif de sécurité «Hadar » et la création du « FBI marocain », le Bureau central d’investigations judiciaire (BCIJ).

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