L’eau se fera de plus en plus rare au Maroc

En proie au stress hydrique, donnée désormais structurelle, le Maroc doit faire face, dans les décades à venir, à des changements climatiques aux amplitudes inquiétantes. La rareté de l’eau pourrait chambouler jusqu’à la donne démographique. Si gouverner c’est pleuvoir, comme on l’avait souvent soutenu dans le Royaume, l’heure est celle qui incite à prévoir. 

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L’eau se fera de plus en plus rare au Maroc

La région méditerranéenne sera en proie aux sécheresses de plus en plus rapprochées. L’ampleur de cette tendance est telle que notre zone pourrait connaître en moyenne une baisse de 40% des précipitations qu’elle enregistre habituellement, au cours de la saison hivernale. En collaboration avec l’Université Mohammed VI Polytechnique au Maroc, le Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’est penché sur ce phénomène, qu’il étudie dans une analyse publiée par le Journal of Climate, la semaine dernière. Selon ces données, les zones concernées par ces mutations s’étendent du Maroc jusqu’à la Turquie et la Syrie.

Les chercheurs Elfatih Eltahir et Alexandre Tuel soulignent les mécanismes sous-jacents au phénomène, expliquant ces changements qu’ils considèrent anormaux et qui auront un impact conséquent sur les politiques agricoles et de gestion des ressources hydriques dans ces régions. En effet, ces phénomènes s’expliquent par des observations globales, relatives à la hausse des températures dans le monde ainsi qu’aux sécheresses de plus en plus longues.

En Méditerranée, ces évolutions alarmantes présagent une baisse des volumes des précipitations, allant de 10 à 60% selon les pays et les sous-régions. Les  chercheurs ajoutent que ces phénomènes s’amplifient en Afrique du Nord, dans le Moyen-Orient et dans le sud-est de l’Europe, par le fait d’un changement dans la circulation des courants de vents, en plus d’une réduction de la différence de température entre la terre et la mer. Selon eux, c’est la combinaison de ces deux facteurs qui accentue la tendance au dessèchement observée au niveau régional.

«Avec le changement climatique, l’augmentation de la température mondiale fait augmenter la force des vents puissants, situés dans les hauteurs», ce qui entraîne une modification de la pression de l’air et provoque un schéma circulaire des vents dans le bassin méditerranéen, expliquent les scientifiques. En raison des spécificités de la topographie régionale, les scénarios des deux chercheurs montrent ainsi deux zones très touchées : l’Afrique du Nord-Ouest, dont le Maroc, et la région de la Méditerranée orientale, dont la Turquie et la Syrie.

Avec une cadence des changements climatiques de plus en plus rapide à travers le monde, ces prévisions ne sont plus uniquement de simples scénarios. Ils décrivent désormais des phénomènes observés occasionnellement mais qui risquent de s’installer au fil des années.

Or, ces changements auxquels les populations et les décideurs des pays concernés n’ont pas encore été assez préparés auraient même précipité certaines tensions politiques dans la région. Ces mutations peuvent forcer des populations à la migration climatique.

Le chercheur Elfatih Eltahir explique qu’à travers la contribution du Maroc à ce travail, les agences gouvernementales du pays réfléchissent à adapter leurs stratégies à ces données scientifiques qui se concrétisent sur le terrain. «Nous essayons de tenir compte de ces projections et de voir quels seraient les impacts sur la disponibilité de l’eau, par exemple», explique le scientifique. D’ailleurs, celui-ci redoute «un grand impact» sur les politiques hydriques du pays, et sur le développement des technologies à même d’atténuer ces impacts, pour une meilleure gestion des ressources naturelles et, par extension, des stratégies agricoles.

D’autres études avaient montré par le passé que les régions les plus au sud de la Méditerranée, connues par leurs sécheresses cycliques, risquaient de constituer les zones les plus impactées par les changements climatiques, menaçant l’équilibre de la faune et de la flore, et même la survie de certaines espèces rares.

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