L’ÉPINE IVG…

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La voie ministérielle n’est pas que pavée de roses. El Hossein El Ouardi, ministre en charge de la Santé, ne l’ignore certainement pas. Lui qui est à l’origine du triste épisode qui a mis sur la touche Pr Chafik Chraibi qui officiait à la Clinique les Orangers. Bien entendu, c’est la question de l’avortement qui est à l’origine des ruades du ministre qui a foulé aux pieds les bourgeons de l’espoir. Car une bonne partie de la population refuse d’assassiner une revendication d’ordre sociétal. Pourquoi faire grand cas de l’éthique lorsqu’il est question de coller au gibet un médecin qui n’a commis aucun tort, quand bien même il aurait outrepassé les réserves d’usage en autorisant une équipe de télévision étrangère à réaliser un reportage sur un fait de société ? C’est oublier que le militant de l’Association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin (AMLAC) ne dérogeait pas à la règle de rigueur en mettant les Marocains devant un miroir qui ne déforme en rien la réalité pour amère qu’elle soit. Et elle l’est, en sus, lorsque les chiffres sont froidement égrenés, alors qu’il est question de sang, de larmes et de mort tragique s’il en est :n’est-il pas vrai que près d’un millier de nos femmes avortent chaque 24 heures alors que l’acte médical est criminalisé ? El Ouardi aura beau afficher sa sympathie avec le confrère qu’il a durement sanctionné, le coup mortel est bel et bien parti. Forçant la direction du PPS, formation de laquelle est issu le ministre de la Santé, à sortir des rangs d’un « consensus national » négocié avec les islamistes du PJD pour faire grand cas de l’IVG… Dans cette atmosphère polluée, il y a lieu de souligner qu’El Ouardi n’aura pas grandi la formation à laquelle il est accolé en faisant preuve d’une hypocrisie des plus cruelles. Marcher sur ses convictions pour peu que le poste soit sauf. On est loin de la tradition du « petit parti aux grandes idées » qui avait forcé l’estime aussi bien des alliés traditionnels des Camarades que de ses adversaires jurés. Et cela éclaire d’un jour nouveau le peu de cas que le gros des citoyens fait de la politique dans son ensemble et de ses attributs en particulier. Point de rush sur la grande opération menée tambour battant
pour l’inscription dans les listes électorales. L’hypocrisie ? Le mot est politiquement fort, on en convient. Mais la pire des hypocrisies est celle qui enferme toute une société dans un carcan de faux semblants, y compris éthico-cultuels, alors que le chaudron qui en fait son lit (sans jeu de mots) est bouillonnant d’amalgames et d’à-peu-près. Une société où l’hypocrisie agite les sens est une société éminemment schizophrène. Elle fait la chose et ordonne son contraire. Autant dire sans valeurs ni éthique. Et c’est ce qui est retracé à travers la position ambivalente vis-à-vis de l’avortement. Des femmes meurent sur des billards, d’autres succombent dans l’anonymat pour expier un péché. Et elles ne sont pas les seules à exprimer le drame d’une société où de nouveaux nés sont abandonnés à leur triste sort. Et même ceux qui arrivent à vaincre la faucheuse au milieu des immondices n’en réchappent pas ! Ils portent en eux les stigmates de l’ignominie. Il faut dire que la société ne porte pas les orphelins dans son cœur. Ce n’est pas pour rien qu’on les martyrise en les affublant d’un titre qui sonne comme un crachat : « sale goutte ! ». Pourtant, rien n’empêche nos théologiens de faire preuve de générosité en élargissant l’empathie aux « enfants de la rue » qui ne sont, in fine, que les victimes d’une grossesse indésirable. Surtout que le bon sens religieux qui fait grand cas du Créateur, omniscient, omniprésent et omnipotent s’accorde à souligner que l’Homme reste faible et faillible. Dès lors, continuer à épiloguer sur la responsabilité d’Eve ou d’Adam dans la cueillette de la pomme c’est verser en plein dans la casuistique. Alors que la raison de la société, celle qui forge celle de l’Etat, appelle à un traitement de choc de l’IVG. Une affaire à ne pas réduire à une épine dans une botte de foin au motif que le pays a d’autres priorités. Le respect du droit à la vie passe nécessairement par le respect de la volonté exprimée par les femmes. Celles-là mêmes que nos islamistes chosifient, sans vergogne, en n’y voyant que des lustres juste propres à décorer les plafonds. S’ils ne les rabaissent pas en y voyant des comptes déficitaires en termes de dévotion et de rationalité. Dès lors, El Ouardi fleure-t-il bon « le père fouettard»? Il n’est jamais trop tard pour réagir… Sans langue de bois par trop bureaucratique !

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