Les manuels de l’éducation islamique toujours indisponibles : Et si on zappait la matière ?

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Après une longue polémique entourant les manuels de l’éducation islamique, le ministère de l’Education nationale a fini par sortir de son mutisme au milieu de septembre dernier pour affirmer leur arrivée dans les librairies avant la fin de ce mois. Après plus d’un mois de cette promesse et presque dix mois de la décision royale (février) de leur révision, les manuels ne sont toujours pas disponibles. Et si on économisait cette matière ? Car tout milite, en fait, en faveur d’une telle décision courageuse nos politiques, assez « couards » dans l’ensemble, ou presque, n’osent pas prendre. Il faut revenir à l’origine du problème, car grave problème il y a, pour discourir sur la pertinence du choix de l’abandon de cette matière où l’évaluation se fait en fonction d’un apprentissage par cœur, et loin de tout « ijtihad », des tablettes de l’intolérance. A charge pour le département de l’Education de recycler les enseignants de cette matière dans d’autres disciplines qui sont de nature à ouvrir les esprits des élèves et de les inciter à exprimer leur curiosité au lieu d’être rabroués. L’affaire est des plus sérieuses pour alimenter une quelconque polémique stérile du type le Maroc est un pays musulman et, de ce fait, légitimer une matière qui confine davantage à l’obscurantisme qu’à l’ouverture d’esprit. Car le pays est droit de s’ouvrir au monde et de connaître toutes les religions, loin de tout dogmatisme qui n’autorise de faire connaître que les valeurs de l’Islam. Car le Maroc qui fait partie intégrante du monde arabo-musulman, où des chrétiens vivent au côté des juifs, n’a aucun intérêt à limiter la connaissance de ses enfants, appelés à s’ouvrir sur d’autres cultures, comme celles de l’Afrique, dans leur multiplicité, aux préceptes d’un seul dogme quand bien même le prophète Mohamed est le sceau des prophètes. L’altérité doit être érigée en un véritable socle de l’enseignement qui fait grand cas des valeurs universelles communément admises. En concédant cette ouverture raisonnée, on doit être intimement convaincus qu’il ne s’agit là nullement d’un quelconque abandon de la spécificité marocaine, ni d’une attaque gratuite contre son identité plurielle. Bien au contraire, ce serait faire œuvre utile en brisant le cercle de l’enfermement pour aspirer à l’universalité. Le Maroc a une longue histoire derrière lui. Ce n’est nullement une entité factice forgée par le partage colonial qui nourrirait la moindre peur d’une prétendue aliénation dont il n’échapperait qu’en se repliant sur lui-même. Un débat serein devrait guider les responsables à privilégier pareille piste qui garantirait à la société d’être immunisée contre les dérives que tout enfermement produit. Notre jeunesse a besoin d’être réellement prise en charge, armée d’un savoir solide, puisque critique, pour éviter qu’elle ne soit engloutie dans le trou noir du djihadisme qui, fort malheureusement, a ses émules.
Bien sûr que les maux de l’école marocaine ne se résument pas à cette seule dimension. Lorsqu’on est face à des écoles fermées, faute d’enseignants, alors que le Maroc n’a pas encore réussi à remplir toutes les cases des indices du développement humain, l’analphabétisme répondant toujours présent, il y a de quoi s’arracher les cheveux. Et que dire des notations internationales qui confèrent aux universités marocaines, à de rares exceptions près, les dernières marches du classement ?
L’affaire est trop sérieuse pour ne faire que nourrir la polémique. Le Maroc a le devoir de s’armer contre le sous-développement. Et l’un des voies qui peuvent garantir gain de cause n’est autre qu’un système d’enseignement performant, expurgé de tout ce qui le tire vers le bas. Le conservatisme de la société marocaine que d’aucuns mettent en avant pour justifier l’injustifiable s’apparente, in fine, à la feuille de vigne qui cacherait la somme de toutes nos misères. Alors, quand il faut y aller…

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