Les options du Royaume pour sortir de l’emprise  de la Pandémie COVID-19 sous la loupe du HCP

A quelques jours de la date fatidique, celle de la fin du confinement décrété  par le Gouvernement, prolongé déjà une fois sans aucune certitude sur son terme,  le Haut-commissariat au plan publie une étude prospective sur l’évolution de la pandémie au Royaume. Des pistes, certes théoriques, qui balisent les voies réalistes pour l’après 20 mai. Décryptage.   

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Les options du Royaume pour sortir de l’emprise  de la Pandémie COVID-19 sous la loupe du HCP

L’étude entreprise par le HCP sur la pandémie Covid-19 au Maroc a envisagé plusieurs scénarios d’évolution de cette pandémie. Après une revue de la situation statistique de la pandémie, permettant l’évaluation des mesures entreprises actuellement pour y faire face, l’étude du HCP, et au-delà du scénario théorique d’évolution naturelle de la pandémie, a considéré tout d’abord une évolution tendancielle correspondant à la continuité de la situation actuelle puis, dans un second temps, différents scénarios de déconfinement.

Selon le HCP, l’application rapide des mesures sanitaires pour freiner la maladie a donné un visage tout à fait différent à sa propagation. Ainsi, au 09 mai, la situation de la pandémie montre que le nombre de cas confirmés positifs cumulés a doublé durant les 16 derniers jours et atteint 5910 cas. Par contre, le nombre des cas infectés actifs affiche 3263 cas, témoignant de l’augmentation des guérisons qui représentent désormais 41% des cas confirmés positifs cumulés. Le taux de létalité a continué sa baisse à 3,1%* (186 décès) grâce au dispositif de diagnostic précoce et des traitements mis en place. Enfin, grâce à l’augmentation du nombre de tests le taux de positivité a diminué de 20% au début de confinement à moins de 10%.

L’analyse de l’évolution du nombre de reproduction (R) montre que les mesures préventives, notamment la fermeture des frontières et des écoles ont contribué à la chute du nombre de reproduction de 2,7 à 1,36 entre le 14 et le 20 mars. 

Le confinement sanitaire a contribué également à la diminution du nombre de reproduction à un niveau à peine au-dessus de 1 le 6 Mai, ce qui tend vers le seuil de maîtrise de la pandémie. 

Cette tendance baissière du nombre de reproduction serait maintenue en supposant une observation continue des mesures sanitaires : distanciation physique, autoprotection, tests et isolement.  Selon le scénario dit « tendanciel » qui suppose la continuité de la situation actuelle de confinement le nombre total d’infectés cumulé à 7.800 cas vers le début de juillet. 

Le nombre de cas d’infectés actifs qui correspond au nombre des infectés cumulé, net des guérisons et des décès, est supposé atteint le pic durant le mois de Mai avec un chiffre aux alentours de 3.200 cas. Il est estimé, selon la gaussienne, une tendance dégressive des cas infectés actifs vers 2.000 cas au 20 mai et une prévalence très faible de la pandémie en juillet.  Par ailleurs, d’un point de vue purement épidémiologique, tant qu’il n’y a pas un vaccin ou une immunité communautaire acquise, le SARS-COV2 continuera à se propager avec un risque de rebond, qui sans barrières aboutirait à un pic de l’épidémie qui est atteint tôt avec un nombre très élevé de cas infectés induisant une forte pression sur le système sanitaire et un taux de létalité élevé. Ce scenario se traduirait à terme par une contamination d’environ 80% de la population.

 8,4 millions de personnes à risque élevée 

Du point de vu démographique, cette pandémie touche la population différemment selon l’âge et selon l’existence d’une maladie chronique, ce qui amène à procéder à sa répartition par rapport à ce double critère, relève la même source, ajoutant qu’il est également important de distinguer la population engagée dans l’économie représentée par les actifs occupés. 

Avec près de 36 millions d’habitants, la population au Maroc est relativement jeune, enregistrant un âge moyen de 31,9 ans et composée de 7,4% d’individus âgés de 65 ans et plus ainsi qu’une population active occupée s’élève à 10,7 millions d’individus. Pour le HCP, la population qui serait la plus à risque d’hospitalisation ou de décès par rapport à la pandémie du nouveau coronavirus (covid-19) s’élève à 8,4 millions de personnes. 

Il s’agit selon l’étude de la population âgée de 65 et plus (2,6 millions, dont 1,7 millions souffrant au moins d’une maladie chronique) et de la population âgée de moins de 65 ans et souffrant d’au moins une maladie chronique (5,8 millions). 

A contrario et si on se limite à la frange de 15 à 64 ans, 18,6 millions d’individus ne présentent pas de maladie chronique et sont considérés à moindre risque, alors que parmi les 10,5 millions d’actifs occupés de moins de 65 ans, 7,9 millions n’ont aucune maladie chronique. Cela étant, les impératifs économiques et sociaux ont amené à envisager des scénarios de déconfinement mais tout en évaluant les risques de nouvelle propagation ainsi que la pression sur le système de santé national.  Dans le cadre de son étude, le HCP s’est limité à ce stade à deux grands scénarios de déconfinement, excluant, l’un et l’autre, les catégories de la population les plus exposées, en cas d’infection, aux risques extrêmes de la réanimation et de la mort et se focalisant sur les actifs occupés des principaux secteurs économiques et sociaux du pays.  

Entre deux maux…  faut oublier le pire !  

Dans le cas de l’hypothèse d’une levée de confinement le 20 mai, deux scénarios de déconfinement progressifs ont été élaborés par les équipes du HCP. Pour ces derniers, et afin de relancer l’économie, sans pour autant trop exposer la population qui présente un risque élevé de développer des complications vis-à-vis de cette maladie, ils mettent en valeur un scénario dit de « déconfinement restreint ». 

Ce scénario suppose le déconfinement de la population active occupée âgée de moins de 65 ans non atteinte de maladie chronique. Il aboutirait à 18.720 cas confirmés positifs cumulés en environ 3 mois (100 jours) avec le même pic, déjà enregistré, de 3.200 cas des infectés actifs. Ce qui engendrerait un besoin maximal de 3.200 lits d’hospitalisation (100% d’hospitalisation des infectés actifs conformément à la stratégie nationale), et de 160 lits de réanimation (5% des infectés actifs) et arriverait à 748 décès (4% des infectés cumulés). 

Un scénario plus élargi dit de « déconfinement large » suppose le déconfinement de la population active occupée âgée de moins de 65 ans et de la population âgée de moins de 15 ans, non atteinte de maladie chronique. Il a pour objectif d’ouvrir l’économie avec en même temps un retour progressif des activités sociales. 

La simulation donnerait 31.663 cas confirmés positifs en environ 3 mois (100 jours) avec un pic de 3.200 cas infectés actifs. Ce qui se traduirait par un besoin maximal de 3.200 lits d’hospitalisation (100% d’hospitalisation), de 160 lits de réanimation (5% des infectés actifs) et aboutirait à 1.266 décès (4% des infectés cumulés). 

Enfin, et telle une fin kafkaïenne, un déconfinement généralisé de la population totale augmenterait le nombre de contacts par jour des sujets infectés y compris les asymptomatiques, aboutirait à un nombre de reproduction (R0) supérieur à 1 pour lequel la pandémie ne serait pas maitrisée et conduirait à des résultats apparentés au scénario dit « théorique de l’évolution naturelle » de la pandémie (80% de la population).

Par ailleurs, et afin de montrer l’importance du strict respect des mesures barrières, les analystes du HCP ont traduit les  mêmes scénarios considérés mais cette fois-ci selon une variante, invraisemblable, que la population se comporterait de la même manière qu’avant la prise de conscience de ce virus. Les résultats montrent que, dans environ 3 mois, le nombre des cas infectés cumulés augmenterait de 8 fois rien que pour le scénario de déconfinement le plus conservatif soit plus de 155.920 cas. Dans ce cas de figure, en se basant sur la capacité nationale en terme de lits d’hôpital (7765) et de réanimation (854) -source Ministère de la Santé-, il est ainsi estimé que la stratégie nationale d’hospitaliser 100% des cas infectés actifs atteindrait ses limites en 75 jours. Partant de là, et qu’importe le choix  des mesures de déconfinement,  leur réussite selon les analystes du HCP est tributaire des comportements et supposent que la population continuerait à strictement observer les mesures de distanciation physique et d’autoprotection en parallèle à la politique essentielle de tester et isoler, d’identification précoce des cas infectés et de traitement.

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