Les pensions des parlementaires agite toujours les travées de la chambre basse 

Aujourd’hui mercredi, les concertations sur le projet de liquidation des pensions de retraite des députés se poursuivent avec une autre réunion à laquelle devaient prendre part les présidents des groupes parlementaires,  en présence du président de la première Chambre et des responsables de la caisse en charge de la gestion de la caisse des retraites des parlementaires. Le dossier qui agite les débats au-delà de l’enceinte du pouvoir législatif sera-t-il, enfin, clos ? Rien n’est moins sûr… Même si PJD, PAM et FGD se retrouvent, sur cette question, en alliés objectifs. 

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Idriss El Azami El Idrissi, député et maire de Fèsi s’en est pris au « populisme » qui domine la scène politique

Mardi, une bonne partie des Marocains n’avaient à la bouche que les éructations d’Idriss El Azami El Idrissi, député et maire de Fès, qui s’en est pris au « populisme » qui domine la scène au risque de torpiller l’édifice institutionnel du pays dans son ensemble. L’ancien ministre du PJD qui intervenait sur la question des retraites des élus, laquelle focalise toujours l’ire populaire, a lancé deux termes qui ont vite enflammé la toile. Au service du pays, a-t-il tenu à souligner, personne ne travaille « biliki », c’est-à-dire sans rétribution. Soutenir le contraire c’est verser dans le « tibechkhi », assure ce cador du PJD qui a mené une charge en règle contre les « influenceurs », une horde de populiste qui remettent en cause le confort des serviteurs de l’État et autres édiles, élus, etc.. Nul besoin de rappeler que le débat sur les pensions des élus a été nourri sur la place publique dans le cadre de la dénonciation du système qui reproduit la rente. La suppression desdites pensions  a fait l’objet d’une réunion de la commission des finances   de la chambre des représentants,  mardi 13 octobre, pour trancher dans la proposition de loi élaborée, par Ibitissam Azzaoui, députée du PAM qui a été lâchée par les siens en cours de route. 

La programmation de cet ordre du jour a, à elle seule, fait débat lors de cette réunion durant laquelle aucune décision n’a été prise concernant le sort à réserver aux pensions de retraite. 

Le président de la commission des finances a annoncé qu’une autre réunion sera programmée dans un délai ne dépassant pas 15 jours, avant que le projet de loi de finances de 2021 ne soit examiné. L’objectif est de trancher sur cette question afin de se libérer au PLF 2021. 

Le principe de suppression semble désormais acquis auprès des députés même si certains ne sont pas favorables à la discussion de ce sujet jugé non prioritaire dans le contexte de « crises sanitaire, économique et sociale » Comme cela a été exprimé par Chokrane Amam, président du groupe parlementaire de l’USFP ou son vis-à-vis du PPS, Aicha Lablak.  « Certains citoyens n’ont pas de quoi se nourrir, ce sujet ne les intéresse pas. Ce qui les intéresse c’est que nous leur trouvions des solutions », indique C. Amam Alors qu’A. Lablak soutient, elle, que « parler de cela n’est pas une priorité. Nous rouvrons cette discussion à travers laquelle un conflit sociétal sera créé alors que les citoyens attendent de nous d’autres choses dans ce contexte .» Hayat Boufrachen du PAM ou encore Taoufik Kamil du RNI, sont du même avis alors que Hanane Rahhab (USFP), voit les choses autrement. « Si ce n’est pas le moment d’en parler c’est parce que nous nous y prenons en retard. Si le sujet est soulevé c’est parce que les citoyens s’y intéressent et insistent » a soutenu  la député socialiste alors que D. El Azami El Idrissi qui a créé le buzz a rappelé, de son côté, que « la commission s’est déjà réunie à maintes reprises pour parler des problèmes socio-économiques auxquels le pays fait face depuis le début de cette crise. Cette réunion n’a pas pour objet de discuter les pensions de retraite des parlementaires mais de discuter leur suppression, c’est différent et il est nécessaire de le préciser afin que l’opinion publique comprenne de quoi il s’agit ». 

A. Rahhab par qui le débat a resurgi ne voit pas pourquoi il faut reporter le débat.  A ses yeux, « on peut d’abord clôturer le dossier de la retraite des représentants, avant de se pencher sur d’autres sujets comme la retraite des ministres qui peut être discutée par la suite car ils ne cotisent pas pour en bénéficier. Ce n’est donc ni démocratique, ni sain, ni éthique qu’ils continuent à en profiter », rappelle-t-elle. En attendant force est de souligner que la caisse de retraite dédiée aux élus est à l’arrêt sans pour autant que les cotisations ne soient suspendues pour autant. Une abérration de plus qui détone. Nourdin Moudian, président du groupe parlementaire de l’Istiqlal, s’est interrogé « pourquoi prélever 3.000 DHS par mois ? Au profit de qui ? Seront-ils versés à une association caritative ? Dans ce cas j’y serai favorable mais au profit de la CDG je m’y oppose! Il faudrait d’abord mettre fin à ces prélèvements », avant d’ajouter que « chacun devrait s’occuper de sa propre retraite ». En somme, ce n’est pas à l’Etat de financer la retraite des parlementaires dont le nombre avoisine le millier. 

Abdellah Bouanou a assuré que le président de la Chambre des représentants suivait de près ce dossier. L’élu PJD rapporte ainsi que Habib El Malki lui a demandé de reporter l’examen de ces propositions de lois, le temps de mener les concertations juridiques et financières nécessaires, notamment auprès du ministère des Finances et du secrétariat général du gouvernement. 
Pour rappel, le groupe parlementaire du PJD à la Chambre des représentants a annoncé, lundi, qu’il retire sa signature de la proposition de loi déposée par la majorité et relative aux retraites des membres de la Chambre basse. Dans une lettre adressée au président de la Chambre, les élus PJD ont ainsi déclaré maintenir leur propre texte, déposé en janvier 2018, et qui évoque les conditions et les modalités de liquidation du régime de retraite des parlementaires. Proposition qui avait été retirée pour appuyer celle que ses  alliés au gouvernement, en plus de l’Istiqlal et du PPS, avaient présentés. 

Le débat sur les retraites des parlementaires revient sur les devant de la scène depuis 2017, quand le bureau de la Chambre des représentants avait annoncé aux députés que la Caisse nationale de retraites et d’assurances (CNRA) cessait de verser les pensions de retraite dès le 1er octobre de la même année. Depuis, plusieurs propositions ont été déposées, sans décrocher le consensus des élus. Et ce n’est qu’un an plus tard, soit en 2018, qu’une formule a été trouvée : une pension de retraite versée à partir de 65 ans et non immédiatement après la perte du statut de parlementaire, entre autres.

Si l’Exécutif avait rechigné à secourir la caisse, Saadeddine El Othmani est revenu sur sa décision en donnant le « feu vert » pour renflouer la caisse des retraites des députés de plus de 13  MDH via le budget consacré à la Chambre des représentants dans le cadre du PLF 2020.

Le débat avait refait surface à la fin de l’année dernière, avec notamment la proposition du PAM, poussant ainsi Habib El Malki, président de la Chambre des représentants, à défendre la légitimité des retraites des parlementaires. En février 2020, il déclare même les appels à son annulation comme une «campagne populiste et de sabotage des institutions».

De quoi décidera-t-on aujourd’hui ? Une question pour l’heure sans réponse… 

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