Les politiques algériens réagissent : Le mandat de trop…

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Les politiques algériens réagissent : Le mandat de trop…

En Algérie, l’élection présidentielle du 18 avril prochain suscite une grande effervescence politique. Ainsi, le parti de Ali Benflis, Talaie El Hourriyet, formation qui a décidé de boycotter le scrutin, réagit à «la lettre» de Bouteflika lue par son directeur de campagne lors du dépôt de son dossier de candidature. Une lettre, assure ce parti, «attribuée au bénéficiaire d’une candidature fictive à un mandat présidentiel fictif».

Talaie est catégorique : cette lettre «n’est manifestement pas la sienne». Et cette formation de dénoncer « les forces extra-constitutionnelles qui sont à la manœuvre. Cette lettre est, au fond comme dans la forme, un nouveau défi inacceptable et une provocation supplémentaire inqualifiable». Talaie estime cette «lettre» est loin des attentes du peuple. «Le peuple algérien attendait une réponse sans ambiguïté et sans louvoiement à ses demandes ; il n’a eu droit qu’à la répétition d’anciennes promesses non tenues depuis vingt ans.» Ce parti assure que le peuple algérien «n’a pas été dupe» pour croire à «ces manœuvres du dernier quart d’heure». «Aussitôt la lettre connue, la réponse du peuple algérien n’a pas tardé. Cette réponse populaire a, encore une fois, fait la démonstration du pacifisme, d’un très haut niveau de maturité civique, de conscience politique, ainsi qu’un attachement inébranlable à la paix civile», précise-t-il, rappelant que «le peuple algérien a clamé, haut et fort, que doit cesser la fuite en avant, consistant en une persistance dans la promotion d’une candidature fictive à un mandat présidentiel tout aussi fictif».In fine, le peuple algérien a suffisamment exprimé «le peu de foi qu’il a à l’égard de promesses dont il sait pertinemment qu’elles ne sont que des artifices destinés à le soumettre au fait accompli du 5e mandat». La conférence nationale proposée par Bouteflika est un «emballage grossier», pour la formation de Benflis. C’est aussi, poursuit-il, «une tentative désespérée de sauvetage d’un régime politique en fin de parcours».

De son côté, le Parti algérien pour la démocratie et le socialisme  (PADS), avait dès le 28 février analysé la situation loufoque en soulignant dans un communiqué que « pour tous, à l’exception de ceux qui tiennent entre leurs mains les leviers de décision étatiques et le robinet des revenus pétroliers pour piller les richesses du pays, Bouteflika n’est plus qu’un mort-vivant. »

Cette formation fustige une situation délétère qui fait que le pays est en fait dirigé depuis plus de cinq ans par un « cabinet noir » échappant à tout contrôle, si tant est qu’un contrôle soit possible sur les appareils exécutifs de l’Etat.

Et d’ajouter que « la décision du pouvoir de représenter au scrutin électoral un homme aussi diminué, au risque de ridiculiser le pays, est en réalité la résultante de luttes internes à couteaux tirés et de pressions extérieures engendrant le statu-quo institutionnel. » Et de fustiger un pouvoir qui « est celui de dizaines de potentats et d’oligarques enrichis par la libéralisation en grand amorcée avant l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, et poursuivie par lui avec constance pour assouvir la course à la richesse de la bourgeoisie dans une situation qui avait vu l’explosion des recettes pétrolières au seul bénéfice des secteurs parasitaires, plongeant par là même la jeunesse dans le désespoir. » le PADS qui rappelle que le blocage actuel est imputable à « la chute des revenus pétroliers depuis 2015, la fonte des réserves de change tombées de plus de 200 à moins de 80 milliards de dollars fin 2018 a exacerbé la lutte de tous contre tous pour garder la part du lion. Ces frictions qui minent le pouvoir ne le mettent pas seulement en conflit avec les autres catégories de la bourgeoisie. Il subit  aussi les pressions du capital étranger mécontent, malgré les divers cadeaux reçus du pouvoir et les très bonnes affaires qu’il fait en Algérie, des lenteurs du régime à libéraliser encore plus l’économie pour satisfaire sa soif inextinguible de profits. Il est mécontent de la peur de ce régime à rayer toutes les lois sociales qui assurent encore un minimum de protection aux travailleurs. »

On comprend dès lors pourquoi « la préoccupation est d’éviter un soulèvement populaire général qui leur ferait perdre à tous les fruits pourris de leurs rapines et de l’exploitation forcenée des travailleurs qui ont mené à la constitution d’une classe économiquement puissante. Cette classe d’exploiteurs et de parasites n’hésitera pas à se débarrasser de Bouteflika si son maintien à la tête de l’Etat devient, face à la colère populaire, un danger pour la préservation de ses intérêts collectifs de classe exploiteuse. Les partis d’opposition ou les personnalités politiques très médiatisées qui n’ont que le mot « réformes » à la bouche agissent dans ce but. » Dès lors, « le problème n’est pas le 5ème mandat de Bouteflika ni le premier mandat de Benflis, du général à la retraite Guediri ou de « flen ou feltane ». Les problème est celui du contenu de classe des programmes et orientations des candidats médiatisés. » Pour le PDAS, « il ne s’agit pas simplement de changer d’hommes à la tête du pays, de remplacer Hadj Moussa par Moussa Hadj ou par Chab Moussa mais de renverser un ordre bourgeois qui a dilapidé les ressources du pays et le fruit du travail des producteurs, de le remplacer par un régime socialiste dirigé par la classe ouvrière et ses alliés, la paysannerie pauvre, les couches sociales populaires, un régime fondé sur la propriété sociale des moyens de production et la planification. »

De son côté, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, autre formation qui boycotte le scrutin, a lancé un appel aux membres du Conseil constitutionnel qui ont violé, dimanche, un article du règlement intérieur de cette même institution, lors d’une conférence de presse. « Décrétez l’état d’incapacité pour le candidat Bouteflika. Pour une fois, respectez les lois de la République. Ne participez pas à l’avènement du chaos et ne le provoquez pas dans notre pays.» L’article stipule que c’est le candidat en personne qui dépose son dossier de candidature. Or ce n’était pas le cas pour le président contesté. Elle demande ni plus ni moins que l’annulation du scrutin du 18 avril. «Ayez pitié pour ce pays, ayez pitié pour le moudjahid Bouteflika. Proclamez son incapacité de gouverner donc son incapacité à être candidat à la présidentielle. Laissez-le quitter le pouvoir paisiblement et maintenant. Ne jouez pas avec le feu. Ne provoquez pas l’irréparable», a averti la première dame du PT.

Consciente que le système en place ne partira pas de lui-même, L. Hanoune appelle à faire preuve de vigilance et à ne pas répondre aux provocations des partisans de son maintien. «Devant l’entêtement de ceux qui ont décidé de perpétuer une situation insoutenable, il nous faut continuer la mobilisation. Nous étions 8 millions le 1er mars, nous devons être chaque jour plus jusqu’à ce que ce système parte. Son départ est la condition pour que notre pays existe et pour que l’intégrité de l’Etat algérien soit préservée», a-t-elle plaidé. Et de défendre, en outre, son projet d’Assemblée constituante qui permettrait d’ouvrir le débat. Et de préciser que les Algériens opposés au 5e mandat écrivent l’histoire de l’Algérie de demain : «Ne les laissons pas plonger notre pays dans le chaos et le désordre. Décrétons ensemble que l’Algérie vivra. Pour cela, il faut chasser ce régime, ses symboles, ses pratiques et ses institutions complètement putréfiées, ceux qui ont pillé ce pays, les prédateurs et ceux qui ont confisqué la souveraineté du peuple algérien depuis l’indépendance de l’Algérie. »

De son côté, le RCD s’élève contre la candidature de Abdelaziz Bouteflika en violation de la Constitution. Ce parti, qui boycotte la présidentielle, estime que «l’opération de dépôt des dossiers de candidature à l’élection du 18 avril a fini d’avilir l’ensemble des institutions officielles».

«Le viol de la Constitution perpétré par la candidature illégale du chef de l’Etat est doublé d’un dépassement des procédures formelles exigées par le Conseil constitutionnel», réagit le parti de Mohcine Belabbas, qui estime qu’«aucun peuple, aucun groupe social, aucune personne ne peut accepter de supporter autant de mépris». Le RCD poursuit sa déclaration en affirmant encore que «nul ne peut insulter l’Histoire indéfiniment, nul ne peut opprimer le peuple impunément».

Ce parti rappelle que le propre de tous les pouvoirs tyranniques est de perdre contact avec le monde réel et la morale : «Leur isolement les empêche d’appréhender et d’entendre les besoins et les attentes du citoyen.» «Le système algérien, précise le RCD, ne fait pas exception à la règle. Autiste, il spécule sur l’essoufflement d’une dynamique citoyenne inédite, qui exige une rupture complète et radicale, et manœuvre pour tenter de survivre à travers la relance d’alternances claniques qui lui ont permis de traverser les turbulences engendrées par ses échecs et de passer outre les opportunités offertes par des conjonctures nationales, régionales et internationales favorables.»

Le RCD considère que «l’insurrection citoyenne qui se déroule sous nos yeux et qui fait déjà l’admiration du monde fait partie de ces événements qui surviennent une fois tous les siècles dans la vie des peuples». «La mobilisation exemplaire qui s’est exprimée dans toutes les villes et villages de notre pays nous oblige tous. Elle appelle et exige l’écriture d’une nouvelle ère», conclut ce parti, qui a maintes fois mis en garde contre les conséquences du maintien de l’option du 5e mandat.

Pour sa part, Abdelaziz Belaïd, patron du Front El Moustakbal, est revenu, hier, sur les marches de protestation contre le 5e mandat, le dépôt de sa candidature à la prochaine élection présidentielle, mais aussi sur la supposée lettre du Président, lue par son directeur de campagne, Abdelkader Zaalane.

D’emblée, A. Belaïd rappelle que son parti n’«a pas été dans les négociations avec le régime autour du scrutin parce que notre objectif est d’arriver au pouvoir. Nos militants ont bataillé pour collecter les signatures. Ils ont subi des menaces, ont été licenciés, poursuivis en justice, placés en détention.

Malgré la fraude, c’est grâce à eux que nous constituons, aujourd’hui, la troisième force politique. Je ne peux pas venir aujourd’hui leur dire c’est fini. La politique de la chaise vide n’est pas notre pratique». Pour A. Belaïd, le changement ne peut venir que par trois voies : «Par l’urne, mais la pratique a toujours été la fraude ; par le régime, mais nous l’avons payé cher au début des années 1990 ; par la rue que personne ne peut contrôler. Les partis politiques doivent prendre leurs responsabilités. Nous avons payé cher notre indépendance et donné plus de 200 000 martyrs pour retrouver la sécurité. Le peuple a marché par centaines de milliers et pacifiquement. Il a démontré sa maturité et sa prise de conscience.»

Le secrétaire général du Front El Moustakbal s’attaque au régime en disant : «Le changement ne peut être opéré par ceux qui ont commis le désastre. Il parle d’une nouvelle République, mais nous étions les premiers à lui demander il y a des années d’y aller. Mais qu’a-t-il fait ? Il a renforcé la machine de la fraude pour confisquer les voix des citoyens. » Voilà pourquoi l’appel au retrait du Président absent des élections est lancé. « Comment peut-il promettre des réformes en quelques mois, alors qu’il a eu 20 ans et qu’il n’a rien fait ? Le régime est responsable de toutes les dérives, il ne peut pas dire aujourd’hui qu’il va les corriger. Il veut nous mener vers une situation exceptionnelle qui l’arrange. Jusqu’à quand va-t-il décider à la place du peuple ? La solution à la crise est connue. Ce sont des élections sans le président absent.»

S’insurgeant contre la candidature de Bouteflika à sa succession, Belaïd déclare qu’elle s’est faite en violation de l’article 28 du règlement intérieur du Conseil constitutionnel qui oblige les candidats à présenter eux-mêmes les dossiers. Il explique que matériellement et techniquement, il est quasiment impossible de collecter 5 millions de signatures d’électeurs et celles de plus de 19 000 d’élus. «Nous refusons le report des élections. Une telle mesure risque d’avoir des incidences graves sur les institutions. Il faut respecter les rendez-vous électoraux, mais sans le Président absent, et je ne sais s’il va d’ailleurs revenir. Si sa candidature est confirmée, nous nous retirerons ! Et que le Conseil constitutionnel assume sa pleine responsabilité. »

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