La Libye réussira-t-elle l’examen de la normalisation à Vienne ?

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La conférence ministérielle sur la Libye s’est ouverte aujourd’hui, lundi, à Vienne, avec l’objectif de « stabiliser » le présent et l’avenir de ce pays en proie au chaos depuis la chute du régime de Kadhafi. Il s’agit de la deuxième conférence ministérielle du genre à intervenir après celle tenue le 13 décembre 2015 à Rome. La feuille de route annoncée vise à «consolider les efforts de stabilisation dans ce pays et conforter le soutien international au processus de règlement politique mené par les Nations unies pour le recouvrement de la paix, de la sécurité et de la stabilité», signale-t-on. A l’heure où l’on s’intérroge sur les limites du pouvoir d’Al Sarraj à pouvoir dépasser Tripoli et Misrata. L’offensive menée par Daech, le 5 mai dernier, sur le croisement de Bougrine (100 km à l’est de Misrata et menant vers le Sud) a terni l’image d’un gouvernement nouvellement installé et dévalorisé le potentiel militaire présumé de Misrata. La vulnérabilité de l’Exécutif libyen est aussi renforcée par la double rébellion de l’homme fort de l’Est libyen, le général Haftar, qui a refusé de recevoir l’envoyé spécial de l’ONU, Martin Kobler et du Conseil militaire de Zentane, l’expert militaire de la délégation de l’ONU en Libye, le général italien Paolo Serra, ayant essuyé le même refus.
Autant dire que l’Est libyen est uni sous l’autorité de Haftar et du Parlement de Toubrouk alors que l’Ouest est divisé entre Fayez Al Sarraj, le mufti Sadok Ghariani, outre la force militaire de Zentane et autres milices de Zouara».
Installé depuis fin mars, le gouvernement d’union dirigé par Fayez Al Sarraj et soutenu par l’ONU a annoncé la création d’une nouvelle force armée chargée de protéger les sièges gouvernementaux, les postes-frontières et les hautes personnalités. Basée à Tripoli, cette «garde présidentielle» sera exclusivement composée de soldats et de policiers «sélectionnés dans les différentes régions» libyennes, a annoncé le gouvernement d’union.
Elle devra sécuriser les «sièges présidentiels (…) et les bâtiments publics», en plus de la protection rapprochée des membres du gouvernement et des délégations étrangères. Elle aura aussi pour mission de protéger les «sites sensibles, y compris les postes-frontières maritimes, aériens et terrestres, les sources et le réseau de fourniture d’eau et les centrales électriques». Les infrastructures, notamment pétrolières, ont été attaquées à plusieurs reprises par l’EI qui a pris le contrôle de la région de Syrte, à 450 km à l’est de Tripoli.
Le 6 mai dernier, le gouvernement d’union a mis sur pied un commandement des opérations militaires contre l’EI interdisant à tous les groupes armés du pays d’agir sans avoir obtenu son autorisation. Il a aussi annoncé «la formation d’une cellule spéciale des opérations militaires» contre l’organisation djihadiste. Cette cellule coordonnera les opérations de lutte contre l’EI dans une zone s’étendant de Misrata à Syrte, fief de l’organisation djihadiste selon le gouvernement, en demandant à tous les groupes armés de s’abstenir d’agir sans son feu vert, à l’exception d’opérations de légitime défense.
Le commandement des opérations militaires est présidé par le général Bachir Mohamad Al Qadi ; il est composé de six membres et placé sous l’autorité directe du commandant suprême de l’armée libyenne. Les deux gouvernements préparent, chacun de son côté, la bataille de Syrte, aux mains des djihadistes depuis juin 2015. Et sans compromis politique entre les deux gouvernements, la perspective de l’impérieuse nécessité d’une coordination sur le terrain des opérations pour neutraliser l’EI est écartée.

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