Ligue arabe : Nouakchott, le rendez-vous manqué de plus

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Finalement, « le sommet de l’espoir » n’aura pas été au rendez-vous en terre mauritanienne. La bérézina qui marque de son fer l’échiquier arabe de l’Atlantique à Chott Al-Arab y est certainement pour quelque chose. Le 27è sommet de la Ligue arabe de Nouakchott restera dans les annales comme le rendez-vous le plus insignifiant : d’abord parce que la majorité des Chefs d’Etat n’ont pas jugé bon de s’y rendre. Et l’un dans l’autre, parce que la somme des divisions, qui consacre une redistribution des cartes qui n’a pas encore exprimé toutes ses dimensions, a contribué à en écourter la durée. Pourtant, l’ordre du jour comportait des questions qui ne sont pas sans intérêts comme les relations entre les pays arabes, le conflit israélo-palestinien, ainsi que les crises et les conflits se déroulant en Syrie, en Libye, au Yémen et en Irak. Autant dire que le momentum choisi pour la tenue d’un tel sommet a été mal choisi. Ce qui rappelle, sans doute, la pertinence du choix du Maroc de passer son tour pour accueillir un rendez-vous qui consacre plus la division que l’union. Rabat avait justifié son refus par le fait que « le sommet arabe ne peut être une fin en soi ou devenir une simple réunion de circonstance. Les conditions objectives pour garantir le succès d’un sommet arabe, à même de prendre des décisions à la hauteur de la situation et des aspirations des peuples arabes, ne sont pas réunies », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. La Mauritanie a choisi de sauter à pieds joints sur l’occasion pour accueillir, pour la première fois de son histoire, pareil rendez-vous panarabe. Et partant, solder ses propres comptes « régionaux » en présentant une carte régionale qui ampute le Maroc de son Sahara… De quoi consacrer, à n’en point douter, le morcellement que promet la révision des accords de Sykes-Picot.
Le défi du développement
Représentant le Roi à cet événement, c’est Salaheddine Mezouar, chef de la diplomatie marocaine, qui donna lecture au discours adressé par le chef de l’Etat à ses pairs arabes. Un discours dont la profondeur tranche avec les ronflantes des adresses de circonstance. « Le plus grand défi du monde arabe est de remporter le combat pour le développement en rattrapant le retard accusé au niveau des processus de construction des capacités permettant de remédier aux différentes formes de pauvreté et de précarité sévissant dans les pays arabes et de transcender les entraves à l’essor de leur coopération économique et commerciale », a affirmé le souverain. Tout en insistant sur « l’impératif de trouver et mettre en place une architecture de partenariats appropriés entre les membres de la maison arabe, en fonction des besoins, des priorités et des espaces ». Et de souligner que « le but est de renforcer le volet développement de notre action commune en mobilisant toutes nos capacités propres pour permettre au citoyen arabe de vivre dans la dignité et la quiétude. » Dès lors, devait ajouter le Souverain, « notre espoir est grand de pouvoir parler aujourd’hui avec un esprit de solidarité, et de voir nos enfants récolter demain les fruits de projets structurants, économiques et commerciaux, techniques, scientifiques et culturels, réalisés dans le cadre de la Ligue des Etats arabes. Celle-ci grandira ainsi aux yeux des citoyens arabes, accédera à la place qui lui échoit dans la dynamisation des échanges et de la coopération entre les autres groupements régionaux et impactera positivement l’économie mondiale ».
Le roi est allé plus loin en appelant à « un jihad destiné à bâtir la confiance et à assainir l’atmosphère pour parvenir à régler nos problèmes entre nous, loin des influences extérieures qui compliquent davantage ces questions et diffèrent leur règlement, avec ce qu’il en résulte comme dilapidation des efforts et épuisement des énergies et des ressources (…) Tel est le cercle vicieux dans lequel nous nous sommes fourvoyés, et qui a été l’une des principales raisons d’affaiblissement de notre rôle dans le règlement de nos questions arabes, comme la crise en Libye, au Yémen, en Syrie, en Irak et au Liban. Cette spirale a aussi entamé notre aptitude à contribuer, avec toute l’efficacité et la hauteur de vue nécessaires, au traitement du phénomène du terrorisme, qui ronge les esprits de certains de nos citoyens, et qui met à mal la sécurité et la sûreté de nos pays ». Comme il a souligné « qu’il se leurre celui qui pense être capable tout seul et par ses propres moyens uniquement, de se prémunir contre le terrorisme, sans coopération ni coordination avec son environnement et le monde autour de lui. Ce phénomène, tel que nous le connaissons, enjambe les frontières, tant et si bien qu’il n’y a d’autre moyen de l’éradiquer que d’œuvrer collectivement en faveur de la sécurité et du développement ».
Cycle saoudien
En fait de « déclaration de Nouakchott », il faut dire qu’elle a brillé par son insuffisance… A dépasser les clivages qui rendent difficile tout recollement des morceaux entre les pays arabes. Ainsi, sur le nœud gordien que représente la question palestinienne, tout au plus a-t-on fait valoir le bien fondé de l’initiative menée depuis Paris pour redynamiser un processus de paix israélo-palestinien en panne depuis des lustres. Mais les représentants des pays arabes réunis à Nouakchott n’ont pas hésité à souscrire, sans réserve, à l’appel saoudien qui dénonce les menées iraniennes déstabilisatrices pour les pays arabes. Même le représentant de l’Irak, pourtant réticent au départ à épouser une telle ligne de conduite, a fini par avaliser une telle décision. Alors que sa principale revendication appelant au retrait des troupes turques du sol irakien, étalée pour l’occasion, n’aura pas fait l’objet d’une résolution ferme qui conforte l’appel du conseil de la Ligue au départ des troupes irakiennes.
La Ligue arabe, cénacle créé par les Britanniques durant la première moitié du siècle dernier, montre dès lors des signes d’essoufflement que la permanence du « cycle saoudien » n’arrive toujours pas à endiguer. Surtout depuis que Riyad a fait montre d’une détermination à défendre le leadership du monde sunnite en montrant davantage ses muscles que son chéquier. Une realpolitik qui propulse des Etats dans les bras d’Israël suivant la logique simpliste de « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». On comprend dès lors pourquoi « le croissant chiite » qui s’étend, assure-t-on, occupe plus les radars de nombreuses capitales que les forfaits de l’entité sioniste dont l’arrogance semble sans limites.
Vers où s’achemine le monde arabe ? Le sommet de Nouakchott n’aura pas réussi à apporter la moindre réponse. Dommage !

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