L’immigration d’ici et d’ailleurs : Le Maroc peut mieux faire

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La gestion des flux migratoires n’est pas une sinécure. Mais le pays dont l’accueil est ancestral doit faire preuve de plus d’humanisme dans le traitement d’un phénomène qui fait désormais notre quotidienneté. Tel est le sacerdoce de Laila Naji qui mène un « combat humanitaire ».

Laila Naji vient de présenter, à Rabat, une étude consacrée à « La nouvelle politique migratoire au Maroc ». Cette consultante sénior, experte en questions d’immigration, pose les questions qui dérangent. Coordinatrice de plusieurs programmes, dont l’INDH, l’experte qui travaille en freelance s’est intéressée à « la chose migratoire » au début des années 2.000. C’est « la gente féminine » qui lui a permis de se pencher sur les drames sociaux induits par un phénomène appelé à prendre de l’ampleur. En Europe, la femme arabe dont on tait les traits caractéristiques dans l’appréhension du phénomène migratoire allait constituer son dada. Etudiantes, femmes de ménages, prostituées… devaient constituer « le matériau » sur lequel allait travailler L. Naji. Les questions du regroupement familial, les coupures d’avec les traditions « protectrices », sont autant de traits saillants sur lesquels l’intérêt de la chercheuse allait être focalisé. « On est face à un autre visage de l’immigration économique ». Mais c’est le drame de Melillia, de 2005, qui allait forcer l’experte à changer de focale pour se consacrer au phénomène migratoire subi par le Maroc. Un travail qui devait lui faire découvrir le degré d’impréparation dont le Maroc a fait preuve en terme de gestion des flux humains. La collaboration avec le Croissant rouge marocain et le HCR allaient guider ses pas sur un phénomène qui allait prendre de l’ampleur. « Un phénomène que l’on ne voit pas grandir sous nos yeux », assure-t-elle. D’où l’organisation d’une conférence régionale à Oujda, suivi de beaucoup d’autres, notamment à Rabat, pour démystifier un phénomène nouveau qui interpelle le Royaume et ses institutions. L. Naji devait répondre à un appel à candidature lancé par l’Union européenne dans le cadre d’un projet de promotion des valeurs internationales contre la xénophobie. Il fallait donc passer au crible la perception qu’ont les Marocains vis-à-vis des immigrés. Membre de la Fondation Orient-Occident, son crédo est l’accueil humain des immigrés. Pour ce faire, il n’y a pas de miracles: « il faut renforcer les capacités et ressources du pays, assurer la formation aux autorités qui vont au contact des immigrés et assurer la sensibilisation de masse autour du phénomène migratoire. » Car les immigrés ne sont pas à traiter comme de la marchandise en vrac. Ils ont besoin de centres d’accueil, de crèche pour enfants et, surtout, d’une écoute attentive. L’experte ne se contente pas de théoriser sur le phénomène. Elle met la main à la pate en se débrouillant pour que des contrats soient signés avec des immigrés dont le talent musicien n’est pas à négliger. Et tente d’arracher des cartes de séjour pour les plus chanceux.
Pour L. Naji, l’immigration ne doit plus représenter aux yeux des Marocain un simple phénomène plus qu’il ne s’agirait de se pencher sur un quotidien que le pays est appelé à gérer après le durcissement de la polit de voisinage définie par Bruxelles et la crise ouverte avec l’Algérie autour du « lâchage des immigrés ». On est face à une manipulation politico-diplomatique, s’indigne l’experte qui constate que « l’Europe se contente de régulariser selon ses besoins propres ». Laissant aux autres le soin de gérer un phénomène transnational. Une approche sélective dénoncée par L. Naji qui rappelle que l’Allemagne, par exemple, voudrait capter 300.000 immigrés de plus. A condition qu’ils soient ingénieurs ! Ni les crises économiques et politiques, ni les changements climatiques ne favorisent le tarissement des flux migratoires. C’est ce que l’on perçoit, depuis quelques mois, au Sud de l’Italie et en Grèce, là où échouent des embarcations, à raz-bord chargées de candidats à l’immigration.
Au Maroc, désormais pays d’accueil, la montée de la haine, nourrie par des médias, et la xénophobie rampante, a cédé la place à un apaisement. Depuis qu’une nouvelle approche a été adoptée par les pouvoirs publics, y compris en terme de régularisation de la situation des immigrés. Mais le flot est incessant et l’on estime leur nombre à 40.000 au moins, si on prend en considération les réfugiés en provenance de Syrie et d’Irak. S’il y a eu 27.000 demandes de régularisation, seuls 18.000 dossiers ont abouti… « On est loin du compte» assure L. Naji. Surtout si on y ajoute les ressortissants européens, français et espagnols, qui ont choisi de s’établir dans le Royaume. Pour l’experte, aucune politique «sélective» ne doit prévaloir dans la gestion des flux humains. Les droits humains étant indivisibles. Le Maroc qui est lié par des conventions internationales doit assurer aux immigrés un traitement dans les règles, leurs biens et papier ne doivent pas leur être confisqués, leur accueil doit se faire en présence d’interprètes, et il doivent bénéficier de délais pour quitter territoire et ne pas subir les affres de la détention. Des centres d’accueil, assurant gite, soins et éducation doivent être promus dans ce sens-là. « Enormes restent les défaillances de l’actuel gouvernement face à ce phénomène», rappelle l’experte. Politiques et syndicalistes restent sourds face à un phénomène qui appelle à un traitement des plus démocratiques. Pour le Maroc, pays d’accueil par excellence, le traitement des immigrés gagnerait à être plus humain. « Ce n’est pas trop demander », rappelle L. Naji pour un pays qui fait sienne l’ouverture sur l’Afrique.

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