L’insoutenable légèreté de la technostructure

Tout le monde se souvient de l’atterrissage impromptu de Mohamed Benchaaboun au sein du gouvernement El Othmani remanié pour plus de performance, avec plein de compétences. On a même cherché à chauler cet OPNI (pour Objet politique non identifié) aux couleurs d’un Ciel supposé sans nuage. Seulement voilà, le nouveau ministre des Finances dont l’habit technocratique n’a pas pris un pli s’est retrouvé par devers lui embarqué dans une situation inédite avec une pandémie globale. L’argentier qu’il est,  cache à peine les réflexes du banquier type, toujours près ses sous et se regardant par deux fois dans la glace pour se forger la ferme conviction que ce sont bien ses mains qui signent toute décision de décaissement. 

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L’insoutenable légèreté de la technostructure

Premier couac qui a fait jazzer plus d’un en cette période particulièrement éprouvante pour les nerfs, c’était lorsque le ministre avait gommé par magie des pans entiers de la population qui vivotent au jour le jour et qui ne sont même pas couverts par le fameux RAMED. Heureusement qu’il y a encore des esprits vifs dans ce pays qui ont pu visualiser le tsunami social prévisible en forçant l’argentier à revoir ses calculs. Et quoi qu’on dise aujourd’hui, il faut croire que les exclus du soutien social sont encore légion dans le pays. M. Bechaaboun pourra toujours faire des rapports du HCP ses lectures de chevet pour se mettre au diapason des défis actuels et futurs… 

Quelques semaines plus tard, le même ministre a récidivé en faisant grand cas des pertes que l’économie nationale cumule depuis l’amorce du confinement et de la loi d’urgence sanitaire avec une perte sèche d’un milliard de Dh/j. pour annoncer doctement que le PIB décroîtrait de 6 points au cours de cette année. En somme, il n’y aurait pas de quoi tirer la moindre gloriole lorsque le Grand argentier se retrouvera face aux bailleurs de fonds. Pour corriger un tant soit peu le tir, il lui faut faire preuve d’imagination et, pourquoi pas, d’initiative, quitte à se mettre à dos le duo ministériel qui domine la scène, l’Intérieur et la Santé. Voilà pourquoi l’argentier a pris sur lui de demander aux industriels de reprendre le travail une fois l’Aid Al Fitr consommé. 

Une autre sortie maladroite de M Benchaaboun ? Tout  le laisse présager et ce pour plusieurs raisons. D’abord, ce ministre grille la politesse à ses homologues qui s’échinent à vouloir éviter que le pays ne se transforme en mouroir à ciel ouvert. Le déconfinement annoncé par le chef du gouvernement n’est prévisible que le 10 juin. Et encore faut-il que la situation sanitaire soit favorable à la levée du « breakdown ». Ensuite, ses communicants lui ont certainement remonté toutes les infos liées à l’évolution de la pandémie dans le pays. Et parmi elles, il se trouve bien des exemples à ne pas suivre d’unités industrielles qui, en activité, ont constitué autant de foyers de contamination dans plusieurs villes du pays. L’argentier cherche-t-il de la sorte à passer en force sans le moindre égard pour les syndicats qui protestent, justement, contre le peu de cas affiché par nombre d’opérateurs à l’endroit de leurs salariés qui travaillent sans respect pour les règles d’hygiène que le coronavirus exige ? 

Sur ces questions-là qui interpellent, le ministre n’a pas fourni d’éclairage aux élus de la nation. Et encore moins à l’opinion publique qui se morfond par ces temps de confinement… Heureusement que le Maroc a un chef de gouvernement comme Saad Eddine El Othman pour se faire une idée de l’irresponsabilité liquide qui risque de noyer le pays. Dr Saad n’a-t-il pas claironné que le pays dispose d’une stratégie de déconfinement qui, valeur aujourd’hui, est toujours frappée du sceau du secret ? Que nous reste-t-il de cet ersatz si ce n’est la somme de tous les scénarios (invisibles) que le patron de l’Exécutif imagine pour le retour du pays à la normale. Pour pouvoir les lire, il faut passer maître dans le déchiffrage de l’alphabet de Damiat… 

 

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