L’Intérieur en pointe sur la crise d’Al Hoceima: L’Exécutif cherche à être audible

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Le rendez-vous était attendu depuis plusieurs jours. Et c’est un ministre de l’Intérieur imperturbable qui s’est présenté devant les parlementaires pour apporter les éclairages nécessaires sur la trajectoire prise par la fronde qui sévit toujours dans la région d’Al-Hoceima. « L’État est mobilisé pour répondre aux revendications sociales et économiques de la population » dans la ville d’El Hoceima, a une nouvelle fois affirmé, mardi 6 juin, le ministre marocain de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, venu au Parlement pour répondre aux questions des députés.
Les nombreux chantiers lancés ou relancés ces derniers mois par le gouvernement dans la région du Rif, secouée depuis sept mois par un mouvement de contestation, « répondent à 90% des demandes de la population », a indiqué le ministre qui reprend à son compte les promesses déjà faites par le gouvernement pour faire de cette aire géographique un « pôle de développement ». Il faut dire que la lenteur dans l’exécution de bien des projets a rendu ardu le processus de dialogue avec une population excédée. L’Exécutif réussira-t-il pour autant à regagner la confiance des manifestants qui ont monté en épingle le défaut de crédibilité de l’Etat ? En tout cas, face à la spirale de la contestation, « l’État n’avait d’autre choix que de faire respecter la loi », a par ailleurs justifié le ministre de l’Intérieur, en réaction à la tension qui sourd dans cette région où des villes comme Al Hoceima et Imzouren restent enclavées. Les arrestations se sont faites dans la « transparence et le respect de la présomption d’innocence », tandis que la presse n’a eu à subir « aucune entrave » dans sa couverture des événements, a estimé Abdelouafi Laftit. Selon un dernier bilan officiel, la police a mené 87 arrestations dans la région où le rythme de mobilisation a tendance à baisser. Les manifestants ne se comptent plus en milliers mais à quelques centaines seulement depuis trois jours et les rassemblements se déroulent toujours sous un quadrillage policier serré.
« Malgré les efforts fournis par l’État pour répondre positivement aux différentes demandes des habitants, l’obstination de certains de continuer à manifester quotidiennement pose question », a poursuivi Abdelouafi Laftit. « Qui a intérêt à ce que la porte du dialogue ouverte par le gouvernement soit fermée ? », s’est-il interrogé, dénonçant les « agissements » de « certaines parties » sur les réseaux sociaux et de ceux qui voudraient « faire perdurer le mouvement ».
Réagissant à ces propos, deux députés, intervenus en séance, ont rappelé que « le ‘Hirak’ est un mouvement pacifique, qui s’est toujours montré exemplaire. Les accusations selon lesquelles il servirait un agenda extérieur sont fausses », a rétorqué un représentant du parti Istiqlal, appelant à la « libération des détenus » et à un « véritable dialogue ». Un député du Parti justice et développement (PJD, islamiste) a lui aussi rejeté les accusations de « trahison » lancées contre les manifestants, remettant en question la couverture des événements par les télévisions publiques et demandant aux responsables politiques de « jouer leur rôle » dans la gestion de la crise.
De son côté, le ministre de la Justice, Mohamed Aujjar, a répondu aux questions des parlementaires sur les événements d’Al Hoceima. Ainsi, 87 personnes ont été interpellées à ce jour par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Les enquêtes en cours sont supervisées par le parquet de Casablanca. La majorité des personnes arrêtées, des jeunes principalement, sont en détention préventive au pénitencier de Oukacha. Le ministère de la Justice précise que « toutes les garanties légales ont été accordées aux suspects : contacts avec les familles et avocats et examens médicaux pour les personnes qui se plaignent de maltraitance ». Trois inculpés ont bénéficié d’une liberté provisoire soit pour passer les examens du bac ou pour maladie grave.
Durant la même journée du mardi, la défense d’une partie des personnes interpellées a demandé à ce qu’une expertise soit menée par la justice pour déterminer des faits présumés de mauvais traitements pendant la garde à vue. Ils ont tous déclaré qu’à la brigade nationale de police judiciaire ils n’ont subi aucune violence ni torture, mais que par contre lors de leur arrestation, on a exercé beaucoup de violences à leur encontre. Et la manière dont on les a transportés d’Al Hoceïma à Casablanca était pour eux inhumaine.

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