L’interprofession agricole se renforce: Des acquis et des défis

Le secteur agricole, où régnait une propension naturelle à fonctionner de façon fragmentée, vient de s’unir sous la bannière de la Comader.Doté d’un esprit rassembleur, le président de la Confédération marocaine de l’agriculture et du développement rural, Ahmed Ouayach, a réussi à convaincre.  Dans cet entretien, il explique les différents contours de la réorganisation de l’interprofession agricole tout en apportant différents éclairages sur le développement de l’agriculture. 

PERSPECTIVES MED : VOUS AVEZ TENU, RECEMMENT, UNE ASSEMBLEE GENERALE QUE L’ON A QUALIFIEE D’HISTORIQUE POUR VOTRE INTERPROFESSION EN TERMES D’ORGANISATION ET DE PROFESSIONNALISATION. ON AIMERAIT BIEN SAVOIR POURQUOI CET ATTRIBUT ET QUELS SONT LES ASPECTS MARQUANTS DE CETTE «REVOLUTION » ?
Ahmed Ouayach : L’Assemblée Générale de la COMADER du 20 Avril 2015 marque une nouvelle étape dans la construction et la consolidation de la profession agricole. La COMADER, depuis sa création en 2006, a initié une approche de rassemblement des familles agricoles en évitant tout ce qui est conflictuel. Avec le temps, les mentalités ont évolué et les politiques aussi grâce à la stratégie du Plan Maroc Vert, qui a privilégié l’organisation professionnelle des opérateurs pour travailler dans un cadre contractuel avec des engagements réciproques. Tout ceci a fait que les adhérents de la COMADER ont senti l’avantage de se grouper par filière en intégrant toute la chaine de valeur, ce qui a donné naissance à une vingtaine d’interprofessions qui constituent les vrais interlocuteurs des pouvoirs publics chacune dans sa filière. C’est pour cela que nous qualifions cette assemblée d’historique parce qu’elle a pu déboucher sur la décision importante et unanime de réorganiser le champ professionnel agricole, sans évidemment exclure personne, vu que chaque O.P.A se retrouve dans sa filière et dans son interprofession.
L’autre aspect important, est le volet juridique, cette restructuration va nous permettre d’anticiper et de nous mettre dans un proche avenir en conformité avec la nouvelle loi qui régit les interprofessions agricoles et qui permet d’apporter des solutions et des réponses à tous les problèmes rencontrés sur le plan technique, juridique, financier et de gouvernance. La COMADER, conformément aux nouvelles dispositions juridiques, est appelée à jouer un rôle de coordination, de concertation et de conciliation entre les interprofessions et en même temps se charger des dossiers transverses et communs à toutes les interprofessions.
QUEL IMPACT POURRAIT AVOIR CETTE DYNAMIQUE INTERPROFESSIONNELLE SUR LA DECLINAISON DE LA STRATEGIE PLAN MAROC VERT (PMV) ET SUR LE SECTEUR DANS SA GLOBALITE ?
A.O : La restructuration de la COMADER en interprofessions par filière répond à un impératif réglementaire, mais aussi aux objectifs de la stratégie PMV et ce à plusieurs égards :
-Institutionnaliser l’unicité de l’interlocuteur de chaque filière vis-à-vis des pouvoirs publics et vis-à-vis de différents partenaires.
-Mettre en synergie les différentes organisations professionnelles qui existent à l’intérieur de chaque filière, qui brassent aussi l’amont que l’aval pour plus de concertation et plus de coordination au sein des interprofessions.
-Répondre aux aspirations de la stratégie PMV qui a mis en place des contrats programme entre le gouvernement et la profession.
QUELLE APPRECIATION FAITES-VOUS DU PMV QUI EST A SA HUITIEME ANNEE ?
A.O : Le PMV est à mi-chemin de sa première échéance fixée à l’horizon 2020, il a déclenché une dynamique qui sera certainement poursuivie au delà de cette date, peut être sous d’autres formes plus améliorées pour apporter des réglages aux différentes contraintes qui apparaissent avec le temps. Mais globalement, nous sommes satisfaits, les suivis et évaluations périodiques opérés par les opérateurs professionnels et le gouvernement, notamment le Département de l’Agriculture ont montré d’excellents résultats, et parfois un dépassement des espérances et des objectifs tracés. Evidemment, comme toutes les stratégies, il y a des obstacles et des imprévus. Nous nous efforçons de conjuguer nos efforts pour les surmonter. Ce qui fait plaisir, en tout cas, c’est que les choses bougent sérieusement dans tous les secteurs et dans toutes les régions.

Jusqu’à présent, l’agrégation fait son chemin, même modérément. Le contexte marocain doit s’ouvrir davantage sur cette approche et faire dissiper les contraintes plutôt liées à l’homme qu’au système lui-même.

S’AGISSANT DE LA MISE EN ŒUVRE DE CETTE STRATEGIE, VOYEZ-VOUS QUE LA DECLINATION SUR LE TERRAIN DU PMV A SUIVI UN RYTHME LOGIQUE ? EST-CE QUE CELUI-CI A ETE LENT ?
A.O : Le niveau d’exécution est satisfaisant sur le terrain, il est peut être variable d’un secteur à un autre ou d’une région à l’autre. Evidemment, les filières les plus organisées et les mieux entrainées ont réussi à relever le défi et réaliser des avancées spectaculaires. D’autres filières plus complexes et moins préparées ont besoin d’un temps de démarrage, mais, elles ne tarderont pas à connaitre le même essor. Ceci dit, la stratégie PMV est entrain d’accompagner tout le monde en restant fidèle à ses principes fondamentaux d’inclusion de tous les secteurs et de toutes les régions.
COMMENT EVALUEZ-VOUS LE PROCESSUS DE MECANISATION DU SECTEUR AGRICOLE, NOTAMMENT EN TERMES D’UTILISATION DES NOUVEAUX PROCEDES D’IRRIGATION (MICRO IRRIGATION) ? LE GOUVERNEMENT A T-IL LA CAPACITE D’HONORER SES ENGAGEMENTS ? MET-IL LES MOYENS QU’IL FAUT A DISPOSITION DES OPERATEURS ?
A.O : La mécanisation est devenue un facteur de production incontournable pour l’agriculture marocaine. Le PMV a mis l’accent particulièrement sur les équipements hydro-agricoles notamment l’irrigation par le système goutte à goutte et l’équipement des exploitations en matériels de labour, d’entretien et de récolte. Le programme fixé pour l’irrigation localisée est en bonne voie de réalisation, il est soutenu financièrement, par les subventions de l’Etat, mais aussi il a des retombées techniques et économiques appréciables pour les producteurs surtout en ce qui concerne les arbres fruitiers. En plus de cette technique qui a l’avantage d’économiser l’eau, le PMV encourage d’autres systèmes comme les centres Pivots, l’irrigation par aspersion ou encore la reconversion des modes d’irrigation. Pour ce qui est du matériel agricole, le parc des tracteurs a presque doublé en quelques années, idem pour les autres matériels d’accompagnement qui progressent quantitativement et qualitativement comme l’introduction pour la première fois de nouveaux engins de récolte d’olive, de traitement des récolte, etc…
QU’EN EST-IL DE L’AGREGATION ?
A.O : L’idée d’agrégation est excellente sur le plan conceptuel, c’est l’un des piliers importants du PMV. Le concept d’agrégation a réussi dans beaucoup de pays. Chez nous, il peut donner d’excellents résultats en termes d’apport de solutions aux principales contraintes de notre agriculture comme les problématiques du foncier, du financement et d’écoulement de la production. Jusqu’à présent, l’agrégation fait son chemin, même modérément. Le contexte marocain doit s’ouvrir davantage sur cette approche et faire dissiper les contraintes plutôt liées à l’homme qu’au système lui-même.
L’IMPOSITION DU SECTEUR AGRICOLE EST A SA DEUXIEME ANNEE, EN L’OCCURRENCE, POUR LA PREMIERE TRANCHE CONSTITUEE DES GRANDES EXPLOITATIONS AGRICOLES DONT LE CHIFFRE D’AFFAIRES EST EGAL OU SUPERIEUR A 35 MDH. QUEL IMPACT A-T-ELLE EU SUR L’ACTIVITE DE CES ENTREPRISES ?
A.O :L’instauration de la fiscalité agricole a été précédée par de fructueux débats avec les départements institutionnels concernés. Les préoccupations des opérateurs agricoles et les spécificités du secteur ont été pris en contact. A ce jour, nous n’avons pas constaté d’impact négatif sur les entreprises éligibles à l’imposition. Mais nous continuons à travailler et à collaborer avec les pouvoirs publics pour mettre en place des mesures d’accompagnement qui permettent le passage en douceur de la phase d’exonération à la phase d’imposition.
POURQUOI CRAINT-ON AU SEIN DE VOTRE INTERPROFESSION, A CHAQUE FOIS QUE LES ELECTIONS APPROCHENT, LE DEPART DU MINISTRE DE L’AGRICULTURE ET DE LA PECHE MARITIME AZIZ AKHENOUCH ?
A.O : Il s’agit plutôt de notre souci de continuité pour aller au fond des choses. Au Maroc, malheureusement ce qui est constaté historiquement à chaque fois qu’un ministre arrive, soit carrément un changement de politique soit des pratiques qui n’encouragent pas la capitalisation des acquis. C’est dans ce sens que nous plaçons notre crainte. Nous sommes même favorables pour mettre en place un code agricole et rural afin d’asseoir une visibilité et éviter les fluctuations des politiques agricoles. Nous revendiquons la mise en place d’un code idoine.

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