L’ONU alerte sur les risques de violences interethniques en Ethiopie

Un massacre d’Ethiopiens appartenant à l’ethnie Amhara, des arrestations de Tigréens… Le conflit en Éthiopie pourrait rapidement devenir incontrôlable prévient l’ONU, qui craint de nombreuses victimes, des destructions et des déplacements massifs de population. D’après certaines ONG et certains réfugiés, les exactions s’intensifient dans le Tigré. 

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L’ONU alerte sur les risques de violences interethniques en Ethiopie

L’Éthiopie a accusé les forces du Tigré d’avoir tiré dans la nuit de vendredi à samedi des roquettes sur la région de l’Amhara. Cela intervient onze jours après que les combats ont eu lieu dans la province du Tigré, au nord du pays. Les observateurs craignent une guerre de grande ampleur qui se déroule dans le silence et loin des regards depuis la coupure complète des télécommunications.

Après le massacre de Mai-Kadra en début de semaine attribué aux soldats tigréens, les réfugiés passés au Soudan ont eux aussi fait part d’atrocités, d’exactions, de violences interethniques ainsi que civils tombés sous les bombardements des forces gouvernementales.

L’ONU s’alarme par la voix de sa Haute-Commissaire aux droits de l’homme Michelle Bachelet, qui parle d’éventuels crimes de guerre. Elle a réitéré son appel au cessez-le-feu, tout comme Tibor Nagy le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires africaines. Les combats continuent pourtant dans le Nord. Le ministre des Affaires étrangères Demeke Mekonnen estime même que la victoire sera très rapide.

Avec ces massacres, les observateurs craignent une escalade des tensions interethniques. Dans un rapport cité par Reuters, le Programme alimentaire mondial (PAM) indique que la police éthiopienne lui a demandé de présenter une liste de ses employés d’origine tigréenne. Ce que récuse le gouvernement qui assure avoir voulu arrêter des agents du TPLF infiltrés dans les organisations internationales. Les contrôles d’identité sont aussi très poussés à l’aéroport d’Addis Abeba. Plusieurs sources font état de vérifications sur une base ethnique qui ont déjà débouché sur un refus de sortie du territoire pour plusieurs individus.

L’Union africaine a limogé son chef de la sécurité mercredi sur demande du gouvernement éthiopien. Le général tigréen serait déloyal au gouvernement. La requête a été accepté par l’UA en 24h.

Depuis deux jours, les combats dans la région du Tigré ne sont plus audibles du côté soudanais. A la frontière, l’afflux des réfugiés est incessant. En moins d’une semaine, ils sont environ 15 000 à l’avoir franchi. Et toujours selon l’agence de l’ONU pour les réfugiés, près de la moitié sont des enfants. Dans l’urgence, des ONG ont installé quelques tentes. Mais beaucoup dorment dans des abris de fortune ou à même le sol.

Les autorités soudanaises ne souhaitent pas qu’ils s’installent aussi près de la frontière. Elles ont décidé de les transférer à 70 kilomètres de là, au sud, dans le camp d’Um Rakuba. Le Croissant-Rouge soudanais est à pied d’œuvre pour préparer le terrain. L’ONU a proposé d’affréter des avions pour les transporter, mais les équipes du Croissant-Rouge affirment qu’il serait extrêmement compliqué de les faire atterrir aux alentours. Reste l’option de les transférer par la route, certains sont déjà en chemin, mais le trajet prendrait une dizaine d’heures sur des routes cahoteuses.

Côté éthiopien, le Premier ministre Abiy Ahmed a assuré avoir repris le contrôle de la zone frontalière et a appelé les réfugiés à rentrer au pays. Mais cela n’arrête pas l’exode d’une partie de la population éthiopienne vers le Soudan qui craint de devoir accueillir jusqu’à 200 000 réfugiés, dans les semaines qui viennent.

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