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L’or noir à son plus bas niveau:  Que cache le bras de fer entre Moscou et Riyad ?

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Face à la guerre des prix du pétrole, le président russe Vladimir Poutine reste stoïque tout en se déclarant suffisamment armé pour remporter la bataille. Il promet, en sus, d’investir massivement pour relancer la croissance et, partant, enrichir les Russes. Il faut dire que les prix du pétrole ont connu ces derniers jours une baisse historique consécutive à l’échec des négociations engageant la Russie et l’Opep. L’issue de ce bras de fer a amené Riyad à baisser fortement ses prix de brut tout en ouvrant ses vannes pour sanctionner l’attitude intransigeante de Moscou face au cartel des pays pétroliers. 

Les assurances du Maitre du Kremlin réitérées mercredi ont pour écho celles des autorités russes qui affirment que des années d’austérité budgétaire et des finances publiques irréprochables ont permis de constituer un trésor de guerre considérable, le Fonds souverain justement prévu comme réserve en cas de chute des prix du pétrole.

Très dépendante de ses exportations d’or noir, la Russie calcule son budget fédéral avec prudence, prenant comme estimation un baril à 42 dollars pour le budget actuel. Tous les revenus supérieurs à ce prix sont reversés au Fonds souverain. Celui-ci a ainsi accumulé 150 milliards de dollars, soit 9,2% du PIB. De quoi tenir entre 6 et 10 ans si le pétrole devait chuter durablement à 25-30 dollars le baril, assure le ministère des Finances.

Selon des analystes, la chute des cours ne devrait dès lors pas avoir d’impact sur les ambitieuses dépenses annoncées par le chef du Kremlin pour moderniser le pays, relancer la croissance, le pouvoir d’achat et la démographie. Après des années difficiles de récession puis de croissance molle, 25 700 milliards de roubles d’investissements (318 milliards d’euros au taux actuel) sont prévus d’ici 2024, soit la fin de mandat de Vladimir Poutine, qui devrait alors pouvoir se représenter grâce à une réforme constitutionnelle en cours.

Mais la croissance devrait néanmoins souffrir, alors qu’un redémarrage a été promis par V. Poutine, dont l’objectif est un taux supérieur à 3%.

Proche de 70 dollars en début d’année, le baril de Brent a perdu près de la moitié de sa valeur, et s’échangeait mercredi autour de 37 dollars, entraînant dans sa chute le rouble, qui a perdu plus de 10% de sa valeur face au billet vert depuis le début de l’année.

La prévision de croissance du PIB de Renaissance Capital pour 2020 – de 2,6% avant le crash des prix du pétrole – est désormais de 1,5% pour un baril à 40 dollars en moyenne sur l’année. Si celui-ci devait être de 30 dollars, la croissance plafonnerait à 1,1%. À 25 dollars ou moins, selon les experts, la Russie pourrait commencer à se trouver dans une situation très difficile.

Malgré les promesses du Kremlin, la population russe pourrait bien avoir à se serrer la ceinture, elle qui souffre déjà d’un pouvoir d’achat en baisse depuis l’instauration de sanctions occidentales suite à l’annexion de la Crimée en 2014.

Dans un éditorial intitulé « La nouvelle guerre du Kremlin », le quotidien économique russe Vedomosti affirme que « si cette guerre est gagnée, ce serait une victoire (pour le Kremlin) mais pas pour les gens ordinaires. Les habitants devront s’habituer au moins au nouveau taux de change du rouble », regrette le journal.

En plus d’une probable inflation à domicile et des sacrifices qui en découlent, les Russes devront également composer avec un pouvoir d’achat plus faible à l’étranger et des produits importés hors de portée de nombreuses bourses.

En dépit de tout cela, le président russe reste « certain » que l’économie russe sortirait « renforcée » de la guerre des prix du pétrole en cours avec l’Arabie saoudite, qui a provoqué une chute massive des prix du brut.  « Il y a toutes les chances pour que les secteurs clés de la production (russe) sortent de cette situation beaucoup plus forts », a-t-il déclaré lors d’une réunion avec des investisseurs publiée sur le site du Kremlin. « Je suis certain que la Russie traversera cette période turbulente avec calme et dignité », a ajouté le président russe.

Deuxième producteur mondial mais non membre de l’OPEP, la Russie s’est opposée la semaine dernière à une nouvelle réduction de son offre de 1,5 million de barils par jour. En réplique, l’Arabie saoudite a abaissé ses prix à un niveau record en 20 ans, provoquant le plongeon des marchés financiers qui a particulièrement touché Moscou.

Mercredi, les cours du pétrole étaient repartis à la baisse après l’annonce du géant saoudien Aramco qu’il allait encore augmenter sa capacité de production de pétrole. Dans le sillage des Saoudiens, on retrouve les Emiratis qui se déclarent prêts à augmenter leur approvisionnement en pétrole de plus d’un million de barils par jour (Mb/j), a annoncé mercredi Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc).

Si la position de Riyad et d’Abou Dhabi, deux alliés importants au sein de l’OPEP, s’inscrit en apparence dans le cadre d’un bras de fer avec Moscou, il faut croire que le bras de fer ainsi engagé par les pétromonarchies n’est pas éloigné des pressions US. Celles qui ciblent la Russie qui, en dépit des sanctions US attendues, n’a pas hésité à investir dans le Nord-Stream-2. En refusant de réduire sa production, Moscou ne fait que défendre ses intérêts économiques au risque d’entrainer les pétromonarchies dans une guerre d’usure. Qu’en sera-t-il de l’issue de cette guerre ouverte qui affecte aussi la production US en pétrole de schiste ? Wait and see

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