L’USFP adresse un mémorandum au Souverain : «Des phénomènes dangereux ont dénaturé la compétition électorale »

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Après avoir fustigé les irrégularités qui ont entaché le scrutin du 7 octobre, le Bureau politique de l’USFP, réuni hier lundi pour examiner le déroulement et l’organisation des épreuves votatives et évaluer les résultats qui en ont découlé, a sorti un communiqué exprimant son scepticisme face la « bipolarité artificielle PJD-PAM». Soulignant que le parti vainqueur également « chargé de la supervision des élections mettait lui-même en doute la transparence de ces élections et les institutions de l’Etat», le parti a décidé d’adresser un « mémorandum à Sa Majesté le Roi Mohammed VI conformément aux dispositions de l’article 42 de la Constitution vu que le Souverain est l’arbitre suprême entre les institutions ».
Rappelant d’emblée sa conviction que c’est « le contrat liant l’institution monarchique aux partis nationaux » qui a permis « la consolidation du processus démocratique », l’USFP a fortement critiqué le paysage politique qui a découlé des dernières législatives. Rappelant qu’il « avait déjà exprimé son scepticisme face à la bipolarité artificielle », le parti de Mehdi Ben Barka considère que celle-ci « n’a pas de fondement politique ou basée sur des choix économiques et sociaux » et qu’elle est fruit d’un modèle « clientéliste fondé essentiellement sur l’argent, les «dons» en nature sous couvert de l’assistanat ». Ceci dit, les résultats annoncés n’ont pas permis, de son point de vue, « d’établir une ligne nette entre la majorité et l’opposition ». Car, selon les chefs Ittihadis, les « deux partis respectifs de la majorité et de l’opposition (PJD et PAM) ont devancé les autres formations politiques qui ont accusé un net recul, qu’elles appartiennent à la coalition gouvernementale ou non ».
Ayant l’air d’un pourfendeur du multipartisme, l’USFP rappelle qu’il a présenté « des propositions au sujet de la réforme des lois électorales comme étant une partie intégrante de la réforme politique ». Lesquelles lois étaient censées, selon lui, « accompagner la Constitution de 2011 ». D’après le communiqué rendu public à l’issue de cette réunion, ces lois devraient « garantir une réelle représentativité des partis politiques », mais aussi « la crédibilité des élections, la révision totale du découpage des circonscriptions, le nombre de listes et de bureaux de vote, la procédure de supervision et de contrôle de ces derniers, le choix d’une autre journée de vote autre que le vendredi souvent exploité sur le plan religieux dans les élections ». Et d’ajouter qu’elles devraient également garantir la mise en place d’une loi « rendant le vote obligatoire », d’autant plus qu’un « abandon des électeurs et une faible représentativité ainsi qu’une manipulation frauduleuse des listes électorales ».
C’est dans ce cadre que le parti avait mis un accent particulier sur les « innombrables fraudes qui ont entaché les élections locales et régionales du 4 septembre 2015 dont les répercussions judiciaires continuent à ce jour », rappelle le communiqué du BP. Pis, selon la même source, « le parti qui a remporté les dernières élections alors qu’il était chargé de les superviser à travers aussi bien la présidence du gouvernement que la commission ad hoc, « mettait lui-même en doute la transparence de ces élections et les institutions de l’Etat ».
Tout en affirmant que ses propositions concernant les lois électorales « avaient pour objectif de dégager une véritable représentativité des formations politiques », l’USFP remet en cause « le refus catégorique du chef du gouvernement et de sa majorité » qui a abouti à « la bipolarité artificielle » que connait le champ politique d’après les élections. Celle-ci ne peut en aucun cas « réduire à néant les partis du mouvement national, car ceux-ci « sont issus du peuple marocain et ne sont guère « des formations créées de toute pièce, à caractère éphémère que dictent la volonté de domination ou les contraintes des équilibres stratégiques ».
Le parti des forces populaires s’est attaqué ouvertement au parti vainqueur en dénonçant, entre autres, « l’exploitation des associations de prédication dans la mobilisation électorale, à travers des réseaux de distribution d’argent et de dons, les dépenses de sommes colossales dont on ignore l’origine et la légalité de leur réception et distribution ». Ces sommes « ont été également utilisées pour la couverture médiatique, les déplacements et les meetings… », ajoute le communiqué. Le parti de la rose a fustigé également « l’exploitation des lieux de culte et la propagation de discours de haine et d’incitation contre les adversaires politiques ». Les critiques acerbes du parti d’Abderrahim Bouabid n’ont pas concerné que le parti islamiste, mais aussi le parti du tracteur. Dans ce sillage, il a aussi précisé que « l’argent a été consacré pour l’achat des voix, sans pour autant que ceux qui étaient derrière ces pratiques illégales ne soient inquiétés » en constatant que « certains agents d’autorité et auxiliaires ou de présidents de bureaux de vote ont eu recours à la triche électorale ». Le « débat politique approfondi » de la réunion du lundi qui a porté également sur « la dangerosité du phénomène d’abstentionnisme électoral », induit que « l’opérationnalisation réelle de la Constitution ne peut avoir lieu sans une participation active du peuple dans la vie publique ».
A travers son communiqué, l’USFP qui « prend note du fait que le parti qui a pris la tête lors des législatives continue à déprécier les institutions constitutionnelles » se dit être victime de « cette campagne de dévalorisation » et « d’une machination infernale »
Assurant que le PJD continue à ne pas respecter les usages démocratiques, tout en essayant d’interpréter négativement la Loi suprême, le parti de Driss Lachgar annonce qu’il a décidé, « face à cette situation », d’adresser un mémorandum au Souverain « conformément aux dispositions de l’article 42 de la Constitution vu que le Souverain est l’arbitre suprême entre les institutions, qu’il veille au respect de la Constitution, au bon fonctionnement des institutions constitutionnelles et à la protection des droits et libertés des citoyennes, des citoyens et des collectivités ».
Le parti considère qu’il a, ainsi, assumé ses responsabilités en dévoilant au grand jour « des phénomènes dangereux qui ont dénaturé la compétition électorale ».

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