Manifs de Jerada: Le HRW dénonce la gestion répressive

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Le rapport publié en début de semaine par Human Rights Watch (HRW) sur le hirak de Jerada dénonce les violences des autorités marocaines contre les manifestations qui ont secoué la ville minière depuis décembre dernier. Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme, les forces de l’ordre ont fait un usage excessif de la force contre les manifestants, percuté certains d’entre eux avec une fourgonnette de police conduite de manière irresponsable et ont procédé à l’arrestation des leaders du mouvement de protestation qui auraient ensuite été maltraités en détention. « La répression à Jerada est allée bien plus loin qu’un simple effort visant à traduire en justice des manifestants prétendument violents. Il semble qu’elle visait plutôt à réprimer le droit de manifester pacifiquement contre la situation socio-économique de la région», a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

L’organisation dénonce aussi les incidents survenus lors des manifestations du 14 mars qui ont agité la même ville de l’Oriental. Et un incident en particulier a retenu son attention. En effet, dans une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux et soulevé une vive polémique, on voyait des véhicules de police foncer sur les manifestants avec l’intention manifeste de blesser nombre d’entre eux. La plus jeune victime serait un adolescent de 16 ans, Abdelmoula Zaiqer, qui a été gravement blessé. Bien que le lien entre ses blessures et les agissements des forces de l’ordre n’ait pas été établi, la fiche d’hospitalisation de l’adolescent stipule qu’il souffre de traumatismes à la tête, aux hanches, aux pieds et à la colonne vertébrale, suite à un « accident de la voie publique, (…)». Aux dernières nouvelles, les médecins n’étaient pas encore en mesure de déterminer si le jeune homme pourra remarcher un jour. La Délégation Interministérielle des Droits de l’Homme (DIDH) a déclaré de son côté que Zaiqer avait été « blessé accidentellement ». La mère de la victime, elle, a affirmé à HRW que les autorités avaient fait pression sur elle pour qu’elle évite tout contact avec des journalistes et des activistes. De plus, l’organisation internationale a expliqué qu’une voiture a pris en filature l’équipe de HRW quand elle a tenté de rendre visite à Zaiqer et à sa mère, le 6 avril, dans un hôpital près de Casablanca où le jeune homme avait été transféré.

Le 4 avril, des chercheurs de Human Rights Watch, qui ont visité Jerada, expliquent qu’ils ont été stoppés et interrogés à deux postes de contrôle. Ils ont été suivis de près toute la journée par une voiture avec trois hommes en civil à son bord, ce qui a apparemment conduit des témoins, que les chercheurs comptaient rencontrer, à annuler leurs rendez-vous. Les chercheurs ont aussi observé une forte présence des forces de sécurité : des policiers en uniforme et armés déployés dans chaque rue et place importantes de cette petite ville, et plus de 100 fourgonnettes de police et autres forces armées stationnées dans les alentours. Les chercheurs ont par ailleurs rencontré des activistes des droits humains, ainsi qu’Abdelhak Benkada, l’avocat de nombreux manifestants, dans la ville voisine d’Oujda le 3 avril. Ces derniers ont affirmé à HRW que depuis le 14 mars, des agents de police ont forcé les portes et brisé les fenêtres de plusieurs maisons à Jerada, frappant et interpellant plusieurs hommes sans présenter de mandats d’arrêt ni de perquisition. Ces opérations se sont poursuivies, selon le rapport de HRW, jusqu’à très récemment, avec 23 arrestations recensées entre le 12 et le 27 mai. Au 31 mai, 69 manifestants, dont trois mineurs, étaient en prison ou en détention préventive. Abdelhak Benkada a affirmé que quatre d’entre eux, dont deux leaders des manifestants, étaient détenus en isolement depuis plus de deux mois. Dans sa communication du 30 mai, la DIDH a nié que les quatre détenus en question étaient « actuellement » en régime d’isolement cellulaire, affirmant que les trois premiers étaient dans des cellules collectives et que le dernier avait été placé, à sa demande, dans une cellule individuelle.

Il est à rappeler que les manifestations à Jerada ont commencé après la mort accidentelle, le 22 décembre 2017, de deux ouvriers dans une mine de charbon où ils travaillaient dans des conditions décrites comme insalubres et dangereuses.

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