Mezouar et Sahara: partis-pris et couacs évitables

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L’évolution de la question du Sahara passe par une période charnière qui implique, en principe, une communication ciblée et qui ne prête guère le flanc aux dérives de l’amateurisme. Car le dossier de l’intégrité territoriale du pays, dans lequel toutes les forces vives doivent être impliquées, ne saurait s’accommoder d’une quelconque approche approximative, éloignée des normes de la rigueur et du professionnalisme, qui s’allierait les services de quelques « plumes sûres » qui tout en étant dans les petits papiers de quelques responsables agissent aux ordres. La diplomatie marocaine, engagée dans une bataille ardue et de longue haleine, a intérêt à s’affranchir de la logique étriquée et étroite des « copains et des coquins » pour apporter tout l’éclairage nécessaire sur la dynamique nouvelle imprimée à la gestion du dossier saharien. Car il n’y a de bataille de gagnée que celle qui repose, essentiellement, sur l’adhésion consciente d’une opinion publique éclairée. Nul besoin de rappeler, à ce propos, le nécessaire maintien de la mobilisation nationale sur une question de vie ou de mort pour un Royaume qui est, comme l’a rappelé le Souverain lors du dernier sommet du CCG, objet de tentatives de déstabilisation. Le retour programmé du Royaume dans le giron de l’Union africaine gagnerait à être conforté par une adhésion populaire qui ne saurait être l’apanage des relais traditionnels qui montrent d’ores et déjà des signes de défaillance. Le silence assourdissant des formations politiques autour de l’initiative royale, appuyée sur une adresse des plus didactiques, paraît pour le moins « assourdissant » en cette période. L’unanimisme ambiant (si l’on excepte la réaction de la Jemaa d’Al Adl qui considère le contraire) ne doit pas faire l’économie d’un effort supplémentaire d’explications des tenants et aboutissants de la réconciliation du pays avec le Continent africain et son organisation de laquelle le Maroc s’était retiré depuis 1984. Surtout qu’un tel come back n’est pas à considérer comme un simple acquis ne serait-ce qu’au regard des réactions des adversaires de la marocanité du Sahara. Ceci est d’autant plus vrai que le Roi a rappelé, à plusieurs reprises, que la question du Sahara n’est pas l’apanage d’une quelconque partie au détriment des autres, toutes les autres. Bien au contraire.
Tout récemment, le chef de la diplomatie marocaine a essayé, après avoir absorbé les effets de tout jet-let, de jeter la lumière sur la nouvelle démarche marocaine auprès de l’U.A. Réconfortant, à coup sûr, est son discours qui fait état de la volonté de Rabat de déposer très prochainement auprès de l’Union africaine (UA) sa demande officielle de réintégration et ce dans le cadre d’une procédure « normale ». Salaheddine Mezouar a même assuré qu’outre les 28 pays qui ont publiquement demandé à la présidence de l’UA de suspendre la pseudo RASD, «un grand nombre d’autres pays, qui n’ont pas signé cette motion, sont également du côté du Maroc comme l’Egypte, la Tunisie, le Niger, le Mali et la Mauritanie». Pour le patron de la diplomatie marocaine, « ceux qui n’ont pas signé, à l’exception des farouches pays hostiles à l’intégrité territoriale du royaume, soutiennent malgré tout le Maroc et demandent à le faire clairement et officiellement dans une seconde étape ». Mais S. Mezouar a profité de l’occasion pour décocher ses flèches à l’endroit de quelques relais médiatiques en les invitant à ne pas faire « d’amalgames et d’éviter les interprétations erronées ». Mais comment en serait-il autrement lorsque les mêmes services du ministre établissent des listes restrictives des médias qui devraient être associés à des événements (et la préparation de la COP 22 est là pour le rappeler) sans les autres ? Le réflexe pavlovien qui renvoie aux cycles dépassés de la Pravda ou des médias embedded doit céder le pas à une approche de communication plus professionnelle et moins marquée « idéologiquement » parlant. Surtout pour des dossiers nationaux (à dimension internationale of corse !) où seuls les critères de la compétence doivent primer sur toute autre considération pour mieux emballer une offre de discours en compétition sur un marché qui, fort malheureusement, dévalue les meilleurs pour faire le buzz avec les médiocres. Le résultat des courses, la multiplication des mises au point qui parasitent l’essentiel d’un discours. C’est à méditer… « La réintégration du Maroc est une question de temps, la suspension de la pseudo RASD est aussi une question de temps », a assuré S. Mezouar. Prendra-t-il le temps, et c’est impérieux, pour mieux communiquer ?

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