Moscou se retire de la CPI : Une affaire de crédibilité…

0
La Russie a décidé d’emboîter le pas au Burundi, à la Gambie et à l’Afrique du Sud qui ont pris, récemment, la résolution de se retirer de la Cour pénale internationale (CPI). Moscou a, en effet, fait part de son souhait de retirer sa signature du traité fondateur de la CPI. Moscou reproche à cette instance de ne pas être «véritablement indépendante» et de ne pas avoir été à la hauteur des espoirs placés en elle.
La diplomatie russe regrette également que la CPI se focalise sur les crimes présumés commis par les milices ossètes et les troupes russes en Géorgie lors de la guerre ayant opposé les deux pays en août 2008, passant, selon elle, sous silence ceux commis par les troupes géorgiennes. «Dans de telles circonstances, on ne peut guère parler de la crédibilité de la Cour pénale internationale», a affirmé le ministère russe des Affaires étrangères. Le département dirigé par Sergueï Lavrov a reproché, en outre, à la CPI de n’avoir prononcé en 14 ans d’activité que quatre verdicts en dépensant malgré cela plus d’un milliard de dollars.
Comme les Etats-Unis et Israël, la Russie a signé mais n’a jamais ratifié le statut de Rome créant la CPI, juridiction pénale chargée de juger les personnes accusées de crime contre l’humanité et de crimes de guerre. «Le président Vladimir Poutine a signé un décret sur l’intention de la Russie de ne pas être Etat partie au statut de Rome de la Cour pénale internationale. La notification parviendra bientôt» à la Cour, a indiqué en outre le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.
A rappeler que les pays africains qui ont décidé de quitter la CPI reprochent le «deux poids deux mesures» d’une cour «néocolonialiste». Créée en 1998 par l’adoption du statut de Rome, la CPI est la première et la seule juridiction permanente et universelle. Cent vingt deux pays sur 193 y ont adhéré. Malgré cette universalité de principe, sur les dix affaires actuellement instruites par la Cour, neuf sont africaines : l’Ouganda, la République démocratique du Congo, la République de Centrafrique deux fois, le Darfour, le Kenya, la Libye, le Mali et la Côte d’Ivoire.
En réalité, la contestation en Afrique gronde depuis longtemps. Mais c’est à partir de 2014 que la colère africaine contre la CPI prend un tournant avec la mise sur le banc des accusés d’Uhuru Kenyatta, le président kényan incriminé d’avoir joué un rôle dans les violences post-électorales qui ont coûté la vie à 1300 personnes en 2007. La défense du chef de l’Etat a été celle d’un «procès de rupture» : il a accusé la CPI de concentrer ses enquêtes uniquement sur les dirigeants africains et a demandé une réforme du statut de Rome. Les charges ont été abandonnées faute de preuves. L’Union africaine elle-même a ouvertement critiqué la CPI. A l’issue d’un sommet en 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, avait dénoncé une «chasse raciale».

Ce site Web utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que vous êtes d'accord avec cela, mais vous pouvez vous désinscrire si vous le souhaitez. Accepter Lire plus