Normalisation maroco-israélienne, la question qui fâche…

Il faut plaindre le pauvre Saad Eddine El Othmani. Il a suffi qu’il se prononce sur le rejet de toute normalisation avec l’entité israélienne pour que des voix s’élèvent, outrées, par la propension du leader islamiste et chef de la majorité aux affaires à la fois, à « violer » le sacro-saint domaine réservé de la diplomatie du Royaume. Un site officiellement officieux, le 360 en l’occurrence, s’est mobilisé pour tendre la perche à l’actuel chef du gouvernement pour qu’il puisse rectifier le tir. En d’autres plus explicites, qu’il ré-ingurgite ses déclarations faites devant les militants de sa formation qui rejette toute normalisation entre Rabat et Tel-Aviv.

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Normalisation maroco-israélienne, la question qui fâche...

Dans les réseaux sociaux, une véritable cabale a eu lieu à ce propos et beaucoup de commentateurs « patentés », experts en tout et en rien, se sont même évertués à ressortir des tiroirs la fameuse tirade toute prête : Taza avant Gaza. En d’autres termes, en appelant leurs compatriotes à se focaliser sur les problèmes maroco-marocains plus qu’à ergoter sur le mouvement des pions sur le Grand échiquier proche-oriental que l’administration US s’ingénie à orchestrer sans demander le reste à personne.

Si ce n’est en prêtant ses oreilles aux desseins préprogrammés pour la région d’une camarilla sioniste qui tue, dans l’impunité, le Palestinien, isole le Libanais, bombarde le Syrien, fait pression sur le Jordanien et extorque les pétromonarchies.

Alors face à autant d’injustice, la logique développée par les apprentis-sorciers sous nos Cieux voudrait que nos décideurs se détournent de la somme de toutes ces injustices, inhumaines et donc blâmables à souhait, et passent leur chemin comme si de rien n’était.

En restant, cela va de soi, ouverts à tous les courants que ventile la diplomatie US pour servir et valoir la paix régionale. Mais nos grands analystes et puissants stratégistes se trompent de voie puisque la concorde souhaitée par l’establishment américano-sioniste, l’un se nourrissant de l’autre, ne cherche qu’à sauver l’entité sioniste, une greffe toujours rejetée par le corps arabe en dépit des multiples cataplasmes imaginées dans de sombres laboratoires sécuritaires qui ne jurent que par les intérêts de l’Occident, anciennes puissances tutrices dans la région.

La preuve, diriez-vous ? Qu’en est-il advenu des termes de la Pax Americana qui a conduit l’Egypte à parapher les accords de Camp David ? Le peuple égyptien ne s’est nullement détourné de la cause palestinienne, en dépit du jeu obscur joué par le système égyptien dans l’étouffement de Gaza, et persiste à rejeter les termes de l’équation d’une paix tronquée. La normalisation a du mal à passer. Et ce qui court en Egypte court aussi en Jordanie où l’accord de paix de Wadi Araba n’a en rien entamé la flamme déclarée par les Jordaniens à leurs frères palestiniens qui endurent les affres du stade suprême de l’impérialisme : son inhumanité flagrante ! Plus, même nos frères palestiniens qui ont été bercés par des lendemains qui chantent depuis le démarrage du processus de Barcelone, auquel a succédé le processus d’Oslo, reviennent sur terre en déclarant, et ce sont les représentants de l’Autorité palestinienne qui l’affirment sans ambages, la mort de cette dynamique. Celle qui a fini par enfanter ce que l’actuelle administration US appelle « Deal du siècle ». Rebaptisé à juste titre par Mahmoud Abbas « Gifle du siècle », Palestiniens et arabes, tous autant qu’ils sont (plus de 300 millions d’âmes, pardi!), devaient en tirer les conclusions qui s’imposent. 

Dans ce décorum, de quoi est faite la position officielle du Maroc qui, s’acharne-t-on à nous rappeler, dispose d’un réservoir de voix en Israël même, fait de 800.000 de juifs « marocains » ? Il suffit de revenir aux positions claires réaffirmées par écrit, et non plus à titre de slogans, par le Roi lui-même lorsqu’il adressa un double message une fois que les grandes lignes du fameux « Deal du siècle » ont été connues. A l’hôte actuel de la Maison Blanche et au patron de l’ONU, le Royaume du Maroc a solennellement exprimé son rejet du projet américain qui fait d’Al-Qods la capitale éternelle de l’État juif alors que sa partie Est devait accueillir la capitale de l’État palestinien toujours en gestation !

Faut-il s’offusquer dès lors que S.E. El Othmani fasse preuve de suite dans les idées en érigeant en « lignes rouges » à ne pas transgresser toutes les tentatives de normalisation avec Israël ? Il faut croire qu’une certaine culture de la paresse semble s’être emparée de l’intelligentsia marocaine qui s’empresse de gober tout ce que les concepteurs de contenus défaitistes fournissent comme constantes mainstream.

Nombreux (combien de divisions, est-on tenté de dire) sont les commentateurs qui s’agitent dans leurs bocaux, tels des « poissons rouges » pour affirmer du haut de leurs certitudes (intéressées?!) que le Maroc a tout à gagner en souscrivant à la Pax Americana. Afflux d’IDE inimaginables, transfert de technologies de pointe, etc. Sauf que tout ce qui brille n’est pas or. Et que tout brin de réalisme devrait pousser les « poissons rouges » à évaluer les pertes cumulées par les pays qui ont déjà pactisé avec Israël. L’Egypte est à genoux et la Jordanie n’offre nullement l’image du royaume radieux.

Dans ces deux pays, on comprend pourquoi il y a autant de nostalgiques du passé récent, antérieur aux boulets de la Pax Americana. Le Caire était plus qu’audible et Amman était incontournable. Où en est-on aujourd’hui ?

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