Pas de raz-de-marée au SIEL: Ode à l’inculture…

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Ils étaient 5000 visiteurs de plus au SIEL cette année. Pour une affluence d’un peu plus de 345.000 visiteurs au total. Le tout étalé sur une dizaine de jours et avec une offre qui frôle le seuil, assure-t-on, de 100.000 titres. On n’a pas entendu parler de surbooking à Casablanca. Comme on n’a pas vu de navettes spéciales desservant la fameuse Foire des expositions. Même les annonceurs qui polluent les artères n’ont pas jugé bon de faire grand cas de l’événement passé pour un non-événement.
Le ministre de la Culture en fin de mandat y verra la moitié pleine du verre. Mais à y voir de plus près, et au-delà de la consécration africaine de l’événement, il faut croire que les Marocains développent un complexe vis-à-vis de la chose écrite. Car ne voilà-t-il pas que le bilan établi du Salon du livre par excellence qui assure que le Marocain moyen ne fait malheureusement pas partie de la communauté des papivores. Pour une population légale de 32 millions d’habitants, l’affluence vers Casablanca est loin de traduire un quelconque intérêt pour le livre. Serait-ce parce que les livres coûtent cher, en l’absence de toute politique d’encouragement de la lecture digne de ce nom ? Où est-il question, plus prosaïquement, du dédain dans lequel est jetée toute action intellectuelle par trop élitiste et, partant, éloignée des préoccupations plus terre-à-terre du commun des mortels ?
Quoi qu’il en soit, bien des éditeurs, surtout ceux qui ont l’habitude d’étaler des rayonnages à l’infini de « livres jaunes », diront que la moisson fut bonne et le chiffre d’affaires brassé à l’occasion valait la peine de meubler l’espace de la FEC. Mais tout cela reste éphémère face à l’interrogation de fond qui taraude tous les observateurs. Et la question nodale est pourquoi le public se détourne tant de l’écrit qu’il soit sous forme de livre et/ou de presse ? Les chiffres établis par le Haut commissariat au plan ont de quoi donner le tournis : en moyenne, tout marocain qui se respecte passe deux minutes à consulter un livre et autant d’espace-temps, à multiplier par 40, à regarder la télévision. Phénoménal décrochage s’il en est à l’heure où la jeunesse marocaine qui traine un mal de vivre sur les bancs d’une école publique en déshérence boucle ainsi la boucle en repoussant le désir du savoir. Voilà de quoi meubler les nuits blanches des sociologues, anthropologues et autres psychologues qui se sentiraient d’attaque pour apporter l’éclairage nécessaire à ce vague à l’âme ambiant. Cela sans parler des politiques qui ont pour mission de remplir les cases vides qui empêchent tout rapprochement entre le peuple et ses élites (sans oublier les autres comme l’exige l’altérité). Nul n’ignore que le meilleur des écrivains nationaux n’arrive à vendre que quelques dizaines d’exemplaires. Et que la presse n’a jamais aussi bien raboté ses tirages. Cela ne fait tiquer personne. Du moment qu’elle tourne, cette terre qui nous a enfantés. Dans l’inculture générale et généralisée.
En attendant des lendemains meilleurs, ode à l’inculture !

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